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Adam Salomon

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adam-salomonAdam Salomon est mort dans son bel hôtel de la rue de la Faisanderie, près l’entrée du Bois de Boulogne à Paris, où tant de sommités artistiques se sont donné rendez-vous  pour admirer autant ses œuvres photographiques que ses œuvres de sculpture. 

Devenu pensionnaire de la ville de Fontainebleau après des débuts pénibles, comme tant d’hommes de valeur, Adam Salomon produisit une série d’œuvres remarquables qui popularisèrent son nom. Citons, entre autres, les bustes célèbres de Mme de Girardin, Scribe, Halévy, Jules Janin, les bas-reliefs de Béranger et de Charlotte Corday, les tombeaux de Lamartine et du duc de Padoue, le Génie de l’Etude et la Musique au Louvre

On sait que cet artiste de talent a beaucoup voyagé pour faire les portraits photographiques des souverains et des illustrations contemporaines. Une biographie raconte à propos de cette période de sa vie, une anecdote assez curieuse : 

Lors de son voyage à Rome, il fut autorisé à photographier Pie IX. L’opération terminée, le pape mit la conversation sur la sculpture et félicita l’artiste sur le mérite et le nombre de ses oeuvres. 

Je n’ai qu’un regret, lui dit-il, c’est que l’auteur de si belles choses soit un juif. 

Le sculpteur fut légèrement interloqué, mais se remit bientôt, et l’artiste et le pape devinrent si bons amis qu’ils se virent tous les jours durant un mois. Les familiers du Vatican pensaient que Pie IX voulait convertir l’israélite et considéraient déjà cette conversion comme chose faite. Un beau jour, cependant, le cardinal Nina entra brusquement chez Pie IX, qui paraissait avoir un entretien très animé avec Adam Salomon. 

Evidemment, le Saint-Père instruisait son néophyte. 

Le cardinal s’approche et s’aperçoit que le pape était en train de jouer avec l’artiste à la morra, un jeu très répandu chez nos voisins d’Italie. 

Adam Salomon resta bel et bien juif. 

Il était né à la Ferté-sous-Jouarre en 1818 et avait été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1870. 

Adam Salomon est mort ce jeudi 28 Avril 1881 , et ses obsèques ont eu lieu à Paris, le Dimanche 1er Mai, à une heure, au milieu d’une grande affluence d’amis et d’admirateurs de son talent. 

K. Versnaeyen. « Revue photographique. » Le Havre, 1881.
Illustration : Autoportrait.

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La maison roulante du Polonais

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Les Prussiens prétendent qu’ils veulent libérer la Pologne. Or, les journaux illustrés de 1907 nous content une anecdote, qui n’est qu’un épisode de l’implacable duel engagé entre le gouvernement allemand et la malheureuse Pologne.

Michal Drzymala, paysan polonais, avait acheté une pièce de terre de trois arpents. Il voulut y édifier une chaumière, mais l’administration, armée d’une loi de circonstance, défendit au nouveau propriétaire de bâtir. Voulant occuper quand même le terrain péniblement acquis, Drzymala eut recours à un expédient : il se procura une roulotte assez confortable, l’installa dans son enclos et y vécut en paix.

Du coup, le paysan devint célèbre; il personnifia la résistance spirituelle à la tyrannie, et la photographie de la maison roulante s’est vendue à des milliers d’exemplaires.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1916.

La censure aux Etats-Unis

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Theodore-Roosevelt

Elle est la même partout, c’est-à-dire aussi godiche, même dans ce pays de liberté qu’a la prétention d’être l’Amérique.

Il existe des photographies de M. Theodore Roosevelt qui le représentent chassant dans le Colorado, vêtu en cow-boy. Mais, parmi ces photographies, il s’en trouvait une qui le montrait en train de se laisser interviewer par une reporteresse, miss Gertrud Dunn, et cette épreuve avait deux défauts : d’abord, le cliché avait été pris de telle façon que le président n’y occupait pas la place principale. En second lieu la reporteresse, qui se trouvait à cheval aussi, était montée à califourchon et montrait un peu trop de jambe au-dessus de ses chevilles.

Par pudeur… et par respect pour le protocole, le cliché a été détruit. Il est probable que M. Roosevelt, qui est un homme intelligent, n’en a rien su.

« Gazette Française. » Paris, 1905.

La photosculpture

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Claudius Givaudan et sa machine de photosculpture
Claudius Givaudan et sa machine de photosculpture

Pour obtenir un plan en relief, on se sert des courbes de niveau, dont on établit les contours; on les reporte en épaisseur par plans successifs. Si, de même, nous décomposons la tête d’une personne, en la sectionnant au moyen de plans verticaux très rapprochés, nous aurons sa reproduction exacte en accolant les diverses coupes ainsi obtenues.

Le procédé de la photostéréo-synthèse de Lumière est basé sur ce principe. Récemment, un ingénieur, M. Claudius Givaudan, a combiné un appareil pour réaliser une sculpture rapide par des procédés photographiques. Avec un appareil de prises de vues cinématographiques, il photographie le sujet, pendant qu’un plan lumineux se déplace et éclaire successivement des tranches parallèles. La série de clichés, puis d’épreuves obtenus, reproduit donc des profils étagés; on les découpe et on les colle en les empilant, ce qui restitue la forme en relief.

En ne gardant de l’épreuve que la partie extérieure, après avoir découpé le profil, on prépare, suivant le même procédé, un moule en creux, qui sert ensuite à des reproductions.

« Les Annales politiques et littéraires. »  Adolphe Brisson, Paris,1927.

La photographie avant les photographes

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montage photo
montage photo

Nous trouvons dans les Mélanges d’histoire naturelle, publiés en 1765 par Alléon Duval, la mention d’une série de faits qui, sans avoir pu influer en rien sur l’importante découverte de Talbot, de Niepce et de Daguerre, nous ont semblé devoir être rappelés comme curiosité appartenant à l’histoire de la photographie.

Un seigneur danois partit de Copenhague dans son carrosse avec sa femme et une fille de chambre, le 17 janvier 1744. Après avoir couru tout le jour les glaces fermées, ils arrivèrent à Corseur, et le soir même on mit le carrosse, dont les glaces étaient toujours fermées, dans le navire où il devait traverser le Belt le lendemain. Quand les voyageurs entrèrent dans leur carrosse pour partir, ils remarquèrent que les glaces étaient couvertes de gelée blanche, comme cela arrive souvent en hiver aux vitres des maisons.

Mais, ce qu’il y avait de singulier, c’est que sur cette légère couche de glace on découvrait un paysage parfaitement dessiné, comme pourrait être une estampe. Ce seigneur, s’étant douté que ce paysage pouvait ressembler à celui des environs, vit, en l’examinant de plus près, qu’il n’y avait pas un trait dans le dessin en glace qui ne répondit aux objets situés entre la ville de Corseur et le rivage, les pieux du môle, les bergeries, les huttes du voisinage. C’était les formes, les proportions, en un mot, tout ce qu’aurait pu être l’image dans une chambre obscure, excepté la couleur.

Le voyageur se ressouvint alors d’avoir ouï raconter à M. de Korff, envoyé de Russie à Conpfenhague, qu’étant à Pétershorf, dans l’antichambre de l’impératrice, il avait vu l’allée d’arbres, qui est vis-à-vis, dessinée par la gelée sur les vitres. Depuis l’observation de Corseur, on a appris qu’un des officiers de la maison du roi avait vu sur les vitres du château, les rames et les antennes des bâtiments qui étaient à cent pas de là dans le canal. Une autre personne avait aussi reconnu la tour, le faîte et le toit de l’église du Holm, qui est plus loin encore. Le célèbre poëte de Hambourg, M. Brockes, a déjà décrit un semblable phénomène dans ses Irdisches Vergnügen in Gott. Part. I, page 331.

Au commencement de 1745, on a vu aussi à Copenhague, sur les vitres de la maison d’un particulier, le jardin si bien représenté qu’on pouvait y distinguer un homme portant du bois. Enfin, le Giornale di litterati in Italia, t. XXXVI, p.367,raconte un fait pareil avec les circonstances les plus capables de lui donner du poids. On y trouve seulement cette différence, qu’au lieu de voir sur les vitres l’image des objets extérieurs, il s’y trouvait la représentation de plantes renfermées dans une serre. C’est d’après ces faits que le savant M. Gramm a composé l’article des Mémoires de la Société royale de Copenhague, intitulé: Images formées naturellement sur les vitres gelées.

Deux savants étrangers, consultés sur le fait de Corseur, l’ont attribué, l’un tout à fait, l’autre en partie, à la force de l’imagination des observateurs, qui leur a tracé des ressemblances, dont cette faculté de leur âme a presque fait tous les frais. Le dernier de ces deux savants a pourtant eu recours à une hypothèse physique pour rendre raison de ce phénomène.

M. Gramm est persuadé qu’on ne peut former aucun doute raisonnable sur la réalité du fait; il s’attache à en développer la possibilité, et il augure qu’il pourrait bien en être comme de l’électricité, qui, après avoir été si longtemps négligée par les physiciens, est devenue un des plus grands objets de leur attention.

 La Mosaïque : revue pittoresque illustrée de tous les temps et de tous les pays.  Paris, 1874.

La photographie au VIème siècle

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Constantin Simonides
Constantin Simonides

On sait qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil; mais voici qui a bien le droit d’étonner: la photographie remontant jusqu’au sixième siècle !

C’est pourtant ce qui résulterait d’un manuscrit ayant pour titre: Instructions chimiques du moine Pansélénus de Piorime, à Constantinople, et qui fait, dit-on, partie de la riche bibliothèque du couvent Dionysius, au mont Athos. Le moine Pansélénus vivait de 441 à 521. D’après la traduction, peut-être un peu libre, qu’on a faite de ce document écrit en mauvais grec, l’auteur aurait, avant J.-B. Porto, découvert la chambre noire.

En effet, il se servait d’une sphère creuse en cuivre étamé d’un côté et peinte en noir de l’autre, munie de deux petites portes opposées l’une à l’autre. Le système optique se composait d’une lentille de verre blanc placée au centre de la partie creuse de la sphère, d’un miroir de cuivre poli en avant, d’un verre jaune d’ambre plaqué d’or en arrière, et enfin d’un verre vert de grenouille. Le tout était supporté par un pied à trois branches. Les plaques sur lesquelles « l’image ressemblante»   des objets était reproduite, se composaient de cuivre argenté. Après les avoir nettoyées et polies, on les sensibilisait en les soumettant successivement aux vapeurs de deux corps dont les noms sont intraduisibles, mais qui agissaient identiquement comme l’iode et le bronze, découverts seulement en 1812 et 1826. Enfin on fixait à l’aide du vif-argent.

Ce curieux document a été reproduit dans l’introduction d’un ouvrage publié en 1864 sous le titre Fac-similé de certaines parties de l’Évangile de saint Mathieu, par le docteur, qui ne craint pas d’accuser ouvertement Daguerre de plagiat. Dans un voyage au mont Athos, il se serait approprié tout simplement l’invention de Pansélénus.

C’est le cas ou jamais de finir par la locution consacrée:  « Sous toutes réserves. »

« Musée universel »  A. Ballue, Paris, 1873.