physionomie

Les tests

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testsOn sait la confiance que les Américains avaient accordée jusqu’ici aux « tests » ou expériences psychométriques instituées chez nous par  Binet et en Suisse par Claparède et qui servent aux Etats-Unis à déterminer les  aptitudes mentales des étudiants dans les Universités, ou encore, à l’armée, des recrues d’origines ethniques diverses. 

Or, voici qu’un éminent psychologue américain, le docteur John E. Watson, de New York, proclame les « tests » absurdes (meaningless) et sans valeur. Parlant au Congrès National de la Publicité qui s’est tenu dernièrement dans cette ville, le docteur Watson a déclaré :

Aucun moyen n’a encore été inventé de découvrir si un homme dit la vérité, s’il a peur, est victime de la compassion qu’il a pour lui-même, s’il considère qu’il est trop tôt à neuf heures et trop tard à cinq heures du soir.  Les grandes compagnies qui font mesurer par des spécialistes le crâne de ceux qui sollicitent des emplois chez elles ou qui demandent à des experts un rapport sur la couleur des cheveux des candidats, sur la forme de leur nez et l’aspect général de leur physionomie, auraient besoin d’être examinées elles-mêmes au point de vue mental.  

On ne saurait mieux dire. 

« Figaro : journal non politique. » Paris, 1927.

Les bons de tabac

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maréchal-Canrobert.

Il est des anniversaires qui semblent insignifiants et qu’il convient pourtant de rappeler. Voici soixante ans que fut institué le bon de tabac par l’illustre maréchal Canrobert.

L’affection et l’amour du maréchal pour les soldats sont connus. Sa préoccupation constante était d’assurer leur bien être matériel. C’est pourquoi il provoquait fréquemment leurs réclamations. En 1854, au cours d’une tournée d’inspection qu’il faisait à Lunéville, il avise dans les rangs un soldat à la physionomie franche et intelligente et lui pose les questions d’usage :

Es-tu content de l’ordinaire ? La soupe est-elle bonne ?
Enchanté, monsieur le maréchal. Mais ça manque de tabac !
Comment, ça manque de tabac ?
Mais oui, monsieur le maréchal, on nous interdit d’en acheter aux contrebandiers et celui de la régie coûte cher. Dame ! un sou par jour !
C’est bien, dit le maréchal : tu auras satisfaction.

De retour à Paris, le maréchal n’oublia pas sa promesse. Quinze jours après, une décision ministérielle instituait les bons de tabac. Et depuis lors, les bons ont été distribués régulièrement.

Le troupier français, qui en bénéficie tous les dix jours, a-t-il encore un souvenir pour le brave Canrobert ?

« Nouvelles de France : chronique hebdomadaire de la presse française. » Paris, 1914.

Physionomie délirante

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physionomie

La métoposcopie, ou l’examen plus ou moins exact de la physionomie, est une science vaine et frivole, absolument parlant; les faits vérifient pourtant quelquefois ses conjectures les plus hasardées. On a observé, par exemple, qu’un front trop grand, trop découvert, représente un menteur; s’il est. ridé, abattu sur les sourcils, c’est la marque d’une personne cruelle, telle que Néron nous est représenté; s’il est trop gras, il témoigne un esprit grossier; s’il est trop long, que le reste du visage soit de même, et que le menton soit court, c’est un signe de tyrannie et de cruauté; mais si avec cela les sourcils viennent a se loucher et à s’épaissir auprès du nez, c’est encore la marque d’un méchant homme; au lieu que s’ils sont médiocrement épais, d’un poil délicat, brun et bien arrangé, c’est l’annonce d’un caractère calme et modéré.

On prétend encore que les yeux servent à découvrir le naturel des personnes; s’ils sont bien fendus et brillants, ils annoncent une âme bien saine, au lieu que ces gros vilains yeux qui sortent de la tête et qui semblent tomber ne signifient rien de bon; l’on tient que ceux qui les ont de la sorte sont ordinairement ou grossiers ou impudiques, ou paresseux; les yeux trop enfoncés dénotent un homme envieux; ceux qui sont serrés et trop près l’un de l’autre représentent un homme cruel; un nez long et crochu est bon à figurer un railleur, un avare, un traître; mais les personnes qui ont le nez bien fait et un peu élevé sur le milieu sont pour l’ordinaire éloquentes, libérales, courageuses; celui qui a le nez large, un peu renfoncé par le milieu, et relevé par le bout, est ordinairement fier, arrogant et cruel; le nez aquilin, tel qu’était le nez d’Alexandre, est, dit-on, le nez des héros, de ceux qui ont des génies sublimes.

La bouche trop grande et ouverte peut servir à représenter une personne remplie de mauvaises qualités. Au contraire, celle qui est bien faite est la marque d’un homme secret, modeste, posé, sobre, chaste et libéral. Outre que les lèvres bien tournées servent à former une belle bouche, elles sont encore un témoignage de bonté. On a observé que ceux qui les ont grandes et grosses, et à qui celle de dessous pend en bas, sont ordinairement lourds, étourdis, bêtes, méchants et lascifs, semblables aux satyres que l’on peint avec une bouche de ce genre. On peut dire du nez camus, qu’il est la marque d’un homme vain et orgueilleux. Un homme né plaisant disait qu’il s’imaginait voir le diable d’orgueil à califourchon sur ces nez, afin de nasarder tout le genre humain.

A l’égard des cheveux roux, la haine qu’ils inspirent est répandue par toute la terre. On prétend qu’ils sont le symbole d’un homme traître, sans doute parce que Judas avait les cheveux de cette couleur; cependant David, ce prince selon le cœur de Dieu, était roux. On aurait bien de la peine à rendre raison de l’aversion que l’on a pour cette couleur de cheveux. Les Égyptiens ne pouvaient voir un homme roux sans l’injurier et l’outrager; au lieu de se servir des ânes de cette couleur, ils les jetaient dans des précipices.

Un homme roux qui voyageait en bonne compagnie en Amérique, tomba entre les mains des sauvages. Il fut le seul qu’ils épargnèrent. Ils mangèrent ses camarades et ils ne le conservèrent que par le dégoût et la répugnance qu’ils ont pour les personnes de cette couleur. Il passa plusieurs années avec eux dans leur pays, d’où il revint fort instruit de leur langue et de leurs mœurs, et de la nature du climat.

Cela justifie le proverbe, « A quelque chose malheur est bon ».

Hilaire Le Gai, Passard, Paris, 1852.