Pierre Louys

Corneille, le nègre de Molière ?

Publié le Mis à jour le

moliere_corneilleMolière ne serait pas Molière. De même que Shakespeare aurait servi de prête-nom à Bacon ou à Lord Stanley, Molière aurait servi de prête-nom à… Corneille. Le vrai Molière aurait bien été incapable d’écrire les vers du Misanthrope ou ceux de Tartuffe.

C’est du moins ce qu’affirme quelqu’un.

Le plus piquant dans cette curieuse affaire est que l’accusateur, M. Cardinne-Petit, est le secrétaire général de la Maison de Molière. A vrai dire, M. Cardinne-Petit ne fait que rapporter la thèse de Pierre Louys dont il fut le secrétaire. De son vivant, Louys avait déjà lancé cette accusation contre Molière, il y a une trentaine d’années. M. Cardinne-Petit la reprend avec une abondance d’arguments sinon convaincants au moins troublants. 

Pour ne prendre qu’un exemple, on ne possède pas une seule ligne de Molière se rapportant à Amphitryon aux environs de 1650. On possède bien dix lignes de lui, mais ce ne sont que deux reçus et chacun d’eux prouve qu’à 28 ans Molière ignorait les règles les plus simples de la grammaire.

corneille_moliere

 » Un auteur qui a écrit accordez pour accordée, a dit Pierre Louys, est incapable d’écrire et même d’entendre un alexandrin. Il ne sait pas où sont les muettes, où respire le vers de Corneille. En 1650, Corneille, lui, refait un Amphitryon, qu’il a déjà écrit quatorze ans plus tôt et qu’il terminera en 1667, avec des ajoutés de Molière et sous la signature de Molière. » 

Si l’on en croit Pierre Louys et M. Cardinne-Petit, c’est en 1658 à Rouen qu’aurait été passé entre Corneille et Molière ce singulier marché.

Voilà qui surprendra ou même irritera bien des moliéristes. Nous aurons sans doute une querelle Molière comme il y a une querelle Shakespeare.

« 7 jours : grand hebdomadaire d’actualités. » Lyon, 1940.
Peinture : « Une collaboration« , Jean-Léon Gérôme (1874).

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