plainte

Mourir d’ennui

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arnould-lauraguaisVivement épris de la célèbre actrice Sophie Arnould,  et ennuyé de la présence assidue près d’elle de certain prince, assez sot, d’ailleurs, qui était son rival, le comte de Lauraguais alla gravement chez un médecin et lui demanda s’il était possible de mourir d’ennui. 

—  Cet effet de l’ennui, dit le docteur, serait vraiment bien étrange et bien rare.
—  Je vous demande, reprit le comte, s’il est possible.

Le médecin ayant répondu qu’à la vérité un trop long ennui pourrait donner un mal tel que la consomption amènerait à la mort, il exigea et paya cette consultation signée. De là, le comte de Lauraguais allait chez un avocat, lui demandant s’il pouvait accuser en justice un homme qui aurait formé le dessein, par quelque moyen que ce fût, de le faire mourir. L’avocat dit que le fait n’était pas douteux et, sur les instances du comte, il écrivit, puis signa cette déclaration.

Muni de ces deux pièces, de Lauraguais portait une plainte criminelle devant la justice contre ce prince qui, prétendait-il, le voulait faire mourir d’ennui, ainsi que Sophie Arnould.

Ajoutons que cette bizarre affaire n’eut aucune suite mais qu’alors elle fit grand tapage.

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1910.

Du prud’homme qui retira de l’eau son compère

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jugement

Un pêcheur était occupé à jeter ses filets en mer. Il voit quelqu’un tomber dans l’eau. Il vole à son secours, cherche à l’accrocher par ses habits avec sa perche et vient à bout de le retirer. Mais par malheur il lui crève un oeil avec le croc.

Le noyé était son compère qu’il reconnaît. Il l’emmène chez lui, le fait soigner et le garde jusqu’à ce qu’il soit guéri. Celui-ci n’est pas plus tôt sorti qu’il forme plainte contre le pêcheur pour l’avoir blessé. Le bailli leur assigne un jour auquel ils doivent comparaître. Chacun expose ses raisons, et les juges au moment de prononcer, se trouvent embarrassés, quand un fou qui était là élève la voix.

Messieurs, dit-il, la chose est aisée à décider. Cet homme se plaint qu’on l’a privé d’un œil. Eh bien ! faites-le jeter à l’eau au même endroit. S’il s’en retire, il est juste qu’il obtienne des dédommagements contre le pêcheur, mais s’il y reste, il faut l’y laisser et récompenser l’autre du service qu’il a rendu.

Ce jugement fut trouvé très équitable. Mais le noyé, qui eut peur qu’on ne l’exécutât, se retira bien vite et se désista de sa demande. C’est temps perdu que d’obliger un ingrat, il ne vous en sait nul gré. Sauvez un larron de la potence, vous serez fort heureux si le lendemain il ne vous vole pas.

« Fabliaux et contes du moyen âge. »  1913.

Un procès bizarre

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cniches-tableau

Ces calendriers perpétuels assez répandus maintenant, sur lesquels on voit trois caniches tirant la langue avec laquelle ils indiquent le quantième et la date, ont donné lieu à un procès assez amusant.

Une dame P…, possédant trois caniches qu’elle affectionnait, les fit photographier. Un beau jour, elle aperçut l’effigie de ses trois caniches reproduite sur un calendrier perpétuel.

Colère de Mme P…. à l’idée que des indifférents tireraient chaque matin la langue de ses pauvres toutous. Elle intenta un procès, attaqua l’imprimeur… Mais sa demande fut rejetée par un jugement du tribunal civil de la Seine.

Le tribunal jugea que le respect dû à la personnalité canine n’allait pas jusqu’à interdire de publier l’effigie d’un chien, sans l’autorisation de son maître. Quant aux caniches, il est présumable que la décision du tribunal leur était assez indifférente.

« Le Petit Français illustré. »  A. Colin et Cie, Paris, 1899.
Illustration : montage fait maison.

Justice rigoureuse

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chute-clocher

Un couvreur était monté au plus haut d’un clocher pour la raccommoder. Il eut le malheur de tomber en bas, et en même temps il fut assez heureux pour ne se faire aucun mal. Mais sa chute devint funeste à un homme qu’il écrasa en tombant.

Les parents du défunt attaquèrent en justice celui qui était tombé du clocher, l’accusant de meurtre, et prétendant le faire condamner à de forts dommages et intérêts.

L’affaire fut plaidée. Il fallait accorder quelque satisfaction aux plaignants. D’un autre côté, le juges ne pouvaient punir un homicide dont un accident malheureux était la seule cause.

Il fut ordonné à celui qui demandait vengeance de monter au haut du clocher et de se laisser tomber sur celui qu’il poursuivait, lequel serait tenu de se trouver précisément au-dessous, dans la même place où le défunt avait perdu la vie.

Un pareil jugement fut la fin du procès.