poésie

Derrière la fenêtre

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Pierre Albert-Birot

Pluie de gris de pluie.
Mugissementtournantdeferfrotté
Pierresquitremblent
Untramwaytourneaucoin
Electricité
Sceptremoteur
Sceptrelumière
Sceptre humain porteur de volonté
Terremersespaceprofondeurs
Journuit
Pluiesoleil
Infini
Absolu
Un che-val-tour-ne-au-coin
Vieille mécanique
Pluiedegrisdepluie 

Untramwayélectrique 

 Pierre Albert-Birot.

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Concours

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cabinet-lectureA l’occasion de l’anniversaire de la fondation de la ville, l’Association littéraire artistique de Dortmund avait organisé un concours de poésie, qui devait décerner trois prix aux meilleurs envois. 

Les trois prix furent distribués, sans hésitation, et, avec quelque dédain, le jury voulut bien accorder une mention à un quatrième poème. 

Or, ce poème, qu’un farceur avait très tranquillement copié, en y apposant sa plus belle signature, était de… Goethe, tout simplement. 

On n’a pas fini de faire des gorges chaudes à Dortmund, sur le jury de l’Association littéraire et artistique.

Peinture de Johann Peter Hasenclever.

La vérité avant tout

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gustave-flaubert

M. Maxime du Camp a écrit dans la Revue des Deux Mondes ses très intéressants souvenirs littéraires. J’en extrais quelques lignes à propos de Gustave Flaubert. L’auteur de Madame Bovary avait surtout le culte des lettres. Toute considération disparaissait quand il s’agissait d’une vérité littéraire. Voici l’anecdote :

A cette époque, il fut invité à Compiègne. On avait oublié que l’ordre de poursuivre Flaubert pour outrage à la morale, publique et religieuse était parti du cabinet de l’empereur. Flaubert l’oublia aussi et fit bien. Du reste, les grandeurs ne lui déplaisaient pas, et quand il était à sa place, il ne se sentait pas déplacé.

Dans ce monde soumis et rectiligne, il porta l’esprit d’indépendance littéraire qui était en lui plus qu’en tout autre. Un soir, au cercle particulier de l’impératrice, quelqu’un parla de Victor Hugo avec irrévérence. Je ne sais si les paroles exprimaient une conviction sincère, ou si elles n’étaient qu’une tentative de flatterie, Gustave Flaubert intervint et il ne se modéra pas :

Halte-là ! celui-là est notre maître à tous, et il ne faut le nommer que chapeau bas.

L’interlocuteur insista :

Mais cependant, vous conviendrez, monsieur, que l’homme qui a écrit les Châtiments

Flaubert, roulant des yeux terribles, s’écria :

 Les Châtiments ! il y a des vers magnifiques. Je vais vous les réciter si vous voulez.

On ne jugea pas à propos de pousser l’expérience jusqu’au bout. La discussion fut interrompue, et un des assistants se hâta de donner un autre cours à la conversation. Ce n’est point par esprit d’opposition, comme on pourrait le croire, que Flaubert se jetait ainsi dans la dispute, c’était par devoir professionnel, pour ainsi dire, et par respect pour la poésie.

Sur de tels sujets, il était intraitable, au risque de ce qui pouvait advenir, et savait que c’est se diminuer que de cacher son opinion.

« Le petit Journal. »18 août 1882.

Lorgnette et Poésie

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Mary-Cassatt

Dans plusieurs théâtres, on a installé depuis quelque temps à chaque fauteuil, et même dans les loges, un écrin automatique en velours rouge, offrant une jumelle au spectateur qui veut bien introduire une pièce de 50 centimes dans une petite ouverture et presser ensuite un bouton.

Sous l’écrin se trouve cet Avis bienveillant, adressé, dans la langue des dieux, aux personnes qui font usage de ladite jumelle.

0 toi qui m’as surprise en mon lit de retours,
Songe bien qu’il faudra me remettre toujours
Dans mon rouge réduit quand aura sonné l’heure
Du dénouement qui fait que l’on rit ou qu’on pleure !

Car si, par aventure, en ta poche, ce soir,
Tu m’oubliais, ami, songe à mon désespoir !

Et puis, le noir remords, spectacle épouvantable,
Hanterait, nuit et jour, ta cervelle coupable !
De plus, ma forme unique et connue, il parait,
De l’univers entier trahirait ton forfait,
Dénonçant au grand jour ta mémoire inconstante ;
Mon adresse, en un mot, n’est pas : POCHE RESTANTE.

Enfoncés les vers de mirlitons !

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Paris, 1890.
Illustration : Mary Cassatt. 

 

L’anglais tel que le parlait Verlaine

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verlaine

On sait que ce pauvre « Lillian » selon son nom poétique, ne connut jamais la fortune. Il connut même la pauvreté ; et pour lui, c’était presque de la richesse de n’être que dans la gêne.

Un jour, le pauvre garçon avait cependant voulu entrer dans la vie régulière. Il s’était présenté dans une maison d’éducation pour y chercher un emploi quel qu’il fût. On lui offrit d’être professeur d’anglais, parce qu’il avait habité quelque temps l’Angleterre. Or il n’en parlait pas mieux pour cela la langue ; car voici comment il s’efforçait de l’apprendre à ses élèves :

Il importe avant tout, leur disait-il, d’apprendre à bien prononcer. Aussi quand j’arriverai dans la classe vous me saluerez ainsi : « Bonjoueur Misteur Veurliéna… »

Cela amusait beaucoup les élèves, mais ne dura pas. On le renvoya à ces chères poésies, et il retomba dans la misère avec sa douce philosophie.

« Touche-à-tout. »  Paris, 1904.

Illustration :  « Paul Verlaine jeune homme » de Gustave Courbet