poésies

Lord Byron et la jeune personne

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Lord Byron n’était ni avare, ni prodigue, comme on s’est plu à le dire : il veillait à ses intérêts, ne souffrait point qu’on le trompât, et se faisait rendre un compte exact de ses revenus, parce qu’il trouvait absurde et immoral de laisser un champ libre aux fripons. Mais, dès qu’il s’offrait une occasion de dépenser noblement, il sacrifiait des sommes considérables, dans un but utile.

Il mettait aussi une grâce extrême dans sa manière d’obliger. On sait qu’une jeune personne de beaucoup de talent se trouvant dans une situation très malheureuse, se présenta chez lui à Londres, pour le prier de souscrire à un volume de poésies qu’elle allait publier. Lord Byron n’était pas marié alors; et, comme s’il eût deviné ce que cette démarche pouvait avoir de pénible et d’embarrassant pour celle qui la faisait, il mit tous ses soins à lui rendre du calme. Il lui parla de choses indifférentes, mais avec tant d’abandon et d’amabilité, qu’elle oublia le motif de sa visite.

Tout en causant avec elle, lord Byron écrivit quelques mots sur un morceau de papier, et le lui mit dans la main, en disant que c’était sa souscription à l’ouvrage. Il ajouta :

« Nous sommes tous deux jeunes, le monde est un impitoyable censeur; et, si mon nom était en tête de la liste des souscripteurs, je craindrais que cela ne vous fit plus de tort que de bien. »

La jeune personne prit congé de lui, et dans la rue elle ouvrit le papier qu’il lui avait remis : c’était une traite de cinquante guinées sur son banquier.

« Lord Byron. Tome 1. »  Louise Swanton  Belloc. Paris, 1824.