poète

Humilité

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Alexis Piron se reposait sur un banc qui tenait à un des piliers de la porte de la Conférence. Une vieille femme survient, qui se jette à se genoux, les mains jointes. Le poète, ne sachant ce qu’elle lui veut :

Relevez-vous, lui dit-il, bonne femme, relevez-vous. Vous me traitez en faiseur de poèmes épiques ou de tragédies; vous vous trompez, je n’ai pas, encore cet honneur-là. Je n’ai fait parler jusqu’à présent que des marionnettes.

La vieille restait toujours à genoux, sans l’écouter. Il croit s’apercevoir qu’elle remue les lèvres. Il se penche, prête l’oreille et entend, en effet, qu’elle marmotte un ave, adressé à une image de la Vierge placée directement au-dessus du banc.

Voilà bien les poètes ! monologue Piron en s’en allant. Ils croient que toute la terre les contemple où qu’elle est à leurs pieds, quand on ne songe seulement pas qu’ils existent.

Paris, 1934.

Les habits du poète

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En partant pour le siège de Mons, Louis XIV enjoignit à ses deux historiens de le suivre. Racine détestait être loin de son foyer et de sa muse. Il resta donc chez lui.

Au retour, le roi le réprimanda sévèrement. Mais le poète désarma sa colère.

Je n’avais, dit-il, que des habits de ville; j’en avais ordonné de campagne, mais les villes que Votre Majesté assiégeait ont été plus tôt prises que mes habits n’ont été faits.

« Historia. » Paris, 1935.