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L’héritier de Jules Vallès

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Jules Vallès, l’homme qui passa sa vie à détester et à combattre la police, vient d’entrer en mourant dans la police même. Comment cela ? Il y est entré sous la forme de quarante cinq billets de banque de mille francs.

Jules Vallès est mort avant d’avoir fait son testament. Il possédait pour toute fortune, en dehors de quelques rentes viagères, un capital de quarante-cinq mille francs. En l’absence de tout testament, c’est au plus proche parent de M. Vallès que devait revenir l’héritage du défunt. Eh bien! savez-vous qui est le plus proche parent de Vallès ? C’est un agent de la sûreté.

Le sort a de ces ironies. Voilà un homme qui s’est employé toute sa vie à attaquer la police par tous les moyens possibles. Les sept ou huit journaux qu’il a fondés étaient chaque jour remplis d’articles contre la police et ses agents. Il avait inventé pour servir sa haine des rubriques nouvelles : les policiers assassins, les brutalités de la police, les argousins ivrognes, les infamies policières, les mouchards provocateurs. Chaque fois qu’un agent succombait, victime de son devoir, frappé d’une balle dans une émeute ou d’un coup de couteau sur un boulevard extérieur, Vallès battait des mains. A ce métier de destructeur de la police, Vallès avait gagné quarante-cinq mille francs. Il meurt, et tout son bénéfice fait retour, par le caprice d’une parenté collatérale, à un de ces policiers « assassins, brutaux, ivrognes, infâmes, provocateurs, à un de ces enfants du peuple traîtres au peuple ».

La préfecture de police doit être malade à force de rire, et l’héritier doit trouver, sous son chapeau couvert d’un crêpe d’étiquette, la situation aussi plaisante qu’agréable.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1886.

Les malandrins de Chicago

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Chaque ville a sa petite spécialité gastronomique, architecturale ou pittoresque dont elle est frère : Marseille a sa Canebière, Dijon a sa moutarde, Nice a son Carnaval,  Le Caire a ses âniers, Paris a ses députés, Venise a ses gondoliers… Chicago a ses bandits.

Ils sont réputés dans le monde entier, les bandits de Chicago, et il ne se passe guère de semaine sans que l’univers retentisse du bruit de leurs exploits. Leur effectif s’élève dit-on à 50 000 hommes, dont les meilleurs « professionnels » formant l’élite de la corporation, sont organisés en plusieurs troupes rivales commandées par d’illustres gangsters, Bugs-Moran,_Al Capone et tutti quanti… Ces grandes compagnies qui souvent se livrent entre elles de véritables batailles rangées, image de la guerre civile, possèdent un outillage particulièrement soigné : mitrailleuses, autos blindées, canons, grenades, laboratoires de bombes et de gaz toxiques… Ce qui leur permet -de tenir en échec la police, fort bien armée elle aussi, et très active.

La ville de Chicago est donc le fief incontesté des malandrins et des bootleggers, et c’est là seulement qu’on peut assister à ce fameux et étrange spectacle, unique au monde, connu sous le nom de « Show Up ».

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Le Show Up est une exposition de malfaiteurs, que la police organise deux fois par semaine dans ses bureaux, le mercredi soir et le samedi après-midi. On amène là, et on place sur un rang, bien en vue, comme pour un concours de beauté, tous les gens sans aveu arrêtés dans les dernières rafles. Le public est invité à entrer (principalement les citoyens qui ont été victimes ou témoins de vols ou de violences dont les auteurs ont réussi à s’échapper), à examiner les sujets présentés, et s’il y a lieu, à les reconnaître et à dénoncer leurs forfaits.

Cependant, les bandes bien administrées possèdent une caisse de défense contre la justice, de sorte que les malfaiteurs sont pécuniairement soutenus dans leurs procès : on leur donne de bons avocats, on achète des témoins en leur faveur, on essaie de graisser la patte aux juges. De sorte que beaucoup d’entre eux peuvent poursuivre jusqu’au bout leur carrière, tel Al Capone. Celui-ci ayant fait fortune dans la vente illicite des bières et du whisky, aspire maintenant au repos complet et projette d’abandonner son titre et ses fonctions de chef de bande. En outre, il ne veut plus remettre les pieds à Chicago.

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Son intention est de vendre sa propriété de Palm Beach, en Floride, qui fut le théâtre de nombreuses difficultés cadrant mal avec sa dignité de millionnaire, et de faire construire, à 30 milles au nord de Miami, un autre domaine. Sa nouvelle propriété aura une étendue de 1400 ares et sera entourée d’un mur de construction solide d’une hauteur de trois mètres, car, a-t-il dit, « il y a maintenant tellement de malhonnêteté… »

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Paris, 1930.

Agents azur

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Enfin ! L’administration (Dieu ! que ce mot est long !) se décide à faire quelque chose pour les Parisiens. M. Lépine, homme bien intentionné devant l’Eternel, a résolu de nous donner des agents de police tout neufs, où plutôt tout de neuf habillés. Il sait quelle influence le costume exerce sur ceux qui le portent aussi bien que sur ceux à qui il se montre.

Si l’on s’en fie aux descriptions qui nous viennent, le nouvel uniforme sera d’une sérénité angélique. La tunique, moins longue qu’aujourd’hui, sera en drap bleu, de nuance très claire, et fermée par des boutons en nickel, disposés sur la poitrine en forme de coeur (on ne dit pas si ce coeur sera percé d’une flèche). Le képi aussi sera bleu, et bleu le pantalon avec des bandes dites passepoil en drap garance.

Ce sera délicieux. Si les agents voués à l’azur ne parviennent pas à protéger nos poches, ils se rattraperont en charmant nos regards. Et quand les passants coudoieront dans la foule les agents d’un côté, les voleurs de l’autre, ils n’y verront que du bleu.

« Le Journal amusant. »  Paris, 1894. 
Illustration : Le Petit Parisien, 1900.

Vengeance

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adultère.

M. Louis B…, qui habite rue de la Condamine, a quitté, il y a environ deux ans, sa femme pour aller vivre avec une maîtresse qu’il avait connue avant son mariage.

Depuis cette époque la femme B… vivait à Levallois-Perret chez sa mère, et son mari n’en avait jamais entendu parler. Il y a quelques jours, elle s’adressait au tribunal pour demander l’autorisation de faire constater l’adultère de son mari, son intention étant de déposer ensuite une instance en divorce.

Cette autorisation lui fut accordée et hier matin le commissaire de police du quartier se présentait au nouveau domicile de M. B… Ce magistrat ne trouva à la maison que la maîtresse de B., la fille Augustine N…, mais put facilement établir que tous deux vivaient maritalement. Aussi malgré les protestations d’Augustine dressa-t-il procès-verbal.

Soudain cette dernière qui, justement, avait, tout comme la femme légitime, quelques petites choses à reprocher à M. B… s’approcha du commissaire de police et lui dit :

C’est un flagrant délit qu’il vous faut constater, eh bien allez dans cette maison en face, vous le trouverez chez Mme T…, c’est elle qui est sa maîtresse pour le quart d’heure.

Le magistrat se rendit à l’adresse indiquée et put cette fois constater un vrai flagrant délit. Grâce à la maîtresse de son mari, Mme B… a donc maintenant entre les mains tout qu’il faut pour divorcer.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Menace

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arrestation.

Un particulier qui avait perdu son emploi crut bon lancer à la cantonade qu’il pourrait bien en coûter la vie à plus de cinq cents personnes.

Ce propos vint aux oreilles d’un représentant du Ministère de la police, qui le fit promptement arrêter.

Que prétendiez-vous dire par cette menace ? l’interroge-t-on.

Moi, répliqua-t-il, je n’ai menacé personne. Je voulais seulement dire que j’allais me faire médecin.

Image d’illustration : 1909. Agence Rol. 1909.

Le perroquet de Lolotte

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On pouvait voir, la semaine dernière, un fort joli perroquet vert, perché sur un arbre du jardin de la Préfecture de la Seine, à l’Hôtel de Ville.

Le jardinier du Préfet essaya de l’apprivoiser. Mais, n’y réussissant pas, il l’inonda de sa lance, et le perroquet, les ailes toutes mouillées, fût obligé de se laisser approcher. Aussitôt qu’on l’eût amené au poste, nombre de dames du quartier vinrent le réclamer prétendant, chacune, qu’il était à elles. M. Picot, commissaire de police, se trouvait fort embarrassé, lorsqu’une vieille dame de la rue de Buffon s’étant présentée, le perroquet se mit à crier à tue-tête :

« Bonjour ma Lolotte ! »

Comme la dame s’appelait Charlotte, M. Picot n’hésita pas à le lui remettre. Les autres réclamantes auront à se pourvoir devant le juge de paix du quatrième arrondissement.

« Journal hebdomadaire. »  Paris, 1905.

Le petit pâtissier amoureux

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On fait des fours à tout âge surtout quand on est pâtissier et, par-dessus le marché, amoureux.

Le jeune Paul M., âgé de quinze ans, employé dans une maison de pâtisserie du quartier de la Bourse, regagnait son domicile en suivant la rue de Richelieu, lorsqu’en face de la Bibliothèque nationale, un bicycliste qui passait le frôla.

Furieux, Paul M. se mit à lui dire des injures, le menaçant, s’il le rattrapait, de le jeter à bas de sa machine. Le bicycliste, qui était déjà à quelque distance, vira en entendant les provocations du gamin, revint sur lui et, d’une taloche donnée au passage, lui fit tomber son béret sur la chaussée.

Aussitôt, comme si le couvre-chef du petit pâtissier eût été enchanté, il s’en échappa toute une cascade de petits fours, de biscuits, de babas et autres pâtisseries.

Le gardien de la paix de planton devant la porte de la Bibliothèque intervint fit demanda d’où venaient ces gâteaux. Paul M. balbutia, prétendit d’abord que c’était pour ses petits frères et sœurs et finit par avouer qu’il volait son patron depuis onze jours afin de s’acquérir les bonnes graces d’une femme de la rue Dauphine.

Le précoce don Juan a été conduit au commissariat de police, où il a été tancé d’importance. Après quoi il a été remis en liberté, ses parents ayant promis de désintéresser le pâtissier.

« La Lanterne : journal politique quotidien. »  Paris, 1902.
Illustration : « La vie est belle. »  Frank Capra, 1947.