politesse

Code cérémonial

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henry-monnier

La question de savoir à quelle heure on doit arriver pour un dîner est un sujet constant de controverse. Doit-on se présenter à la maison où l’on est convié, à l’heure précise marquée sur la carte d’invitation ou bien y arriver quelque temps avant ?

Nos pères n’auraient pas hésité sur la réponse. Pour eux, c’eût été une inconvenance de se présenter chez un amphitryon juste pour se mettre à table. Il était de rigueur d’arriver un quart-d’heure avant le moment fixe du dîner, afin de présenter ses hommages aux maîtres de céans, de lier connaissance avec les personnes conviées. Je crois que cette règle est toujours la bonne pour les dîners privés.

Pour les repas d’apparat ou les repas officiels, il est loisible de se présenter seulement à l’heure indiquée sur l’invitation, car cette heure est celle à laquelle les maîtresses de céans se tiennent dans le salon à la disposition de leurs hôtes, et le dîner n’est jamais servi qu’un quart-d’heure environ après.

En dehors des questions de politesse, il faut faire en tout cela la part des habitudes de la maison où l’on est invité. Celle-ci n’a pas les mêmes usages que celle-là, et ce qui serait un tort ici, devient une preuve de tact là. En tout cas, il faut toujours se rappeler ce mot très juste d’un grand seigneur anglais : « Ce n’est pas moi qui ai besoin d’exactitude, c’est mon cuisinier. »

Hôtes et amphitryon doivent tenir compte de cette remarque, et se souvenir également qu’un dîner réchauffé ne valut jamais rien

Illustration : Henry Monnier.

Affabilité

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Crafty

On n’est plus aimable de nos jours, la vieille politesse française et l’affabilité qui l’accompagnait sont en passe de devenir des souvenirs, relégables dans quelque musée des bonnes manières… si cette institution est créée un jour.

— Madame, veuillez accepter ma place…

Les cloisons des véhicules des T. C. R. P. n’entendent plus que rarement cette offre galante, et lorsqu’un des derniers usagers de cette chevalerie métropolitaine se lève, en enlevant son couvre-chef, il se fait quelquefois rabrouer.

— Non, monsieur, je suis bien debout…

Et ces paroles sont prononcées avec un ton bourru, quasi polaire, qui gèle l’imprudent « bien élevé ». Il veut se rasseoir, sa place est prise par un voyageur sans gène, qui s’est installé pendant ce temps, comme s’il devait passer la nuit sur la banquette.

— Mademoiselle, vous me marchez sur les pieds…
— Monsieur, vous n’avez qu’à les mettre ailleurs…

Dans les affaires, on prenait jadis des formes, on s’écrivait avec des périphrases polies. Finies aujourd’hui ces formules périmées. Le papier  timbré, azuré comme un ciel sans nuages, a remplacé ces poulets, où le bon ton s’alliait la délicatesse commerciale. Sommation, je vous somme, nous nous sommons, vous vous sommez, c’est assommant… La hâte, la vitesse, la vie trépidante, le tourbillon, sont cause de cette industrialisation de la politesse.

II serait tout de même bon de mettre un frein à cette fureur, et de nous souvenir qu’avant d’être des machines, nous sommes des hommes, animaux intelligents et conscients.

Guy Launay. « Le Matin. » Paris, 1923.
Desin de Crafty.

Chapeau bas

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dumas

Dumas père avait le meilleur des caractères. Mais encore, à l’occasion, savait-il se faire respecter. Un jour, son valet de chambre lui annonça le directeur d’un grand théâtre parisien.

Faites entrer ici même, dans mon cabinet de travail, dit le célèbre romancier.

Le directeur se présenta, sans se donner la peine d’enlever son chapeau, et d’un ton familier :

Qu’apprends-je, mon cher Dumas, vous donnez la Dame de Montsoreau à l’Ambigu ?

Oui, monsieur.

Définitivement 

Oui, monsieur.

Pourtant, si je vous offrais cinq mille francs de prime ?

Ça ne changerait rien, monsieur.

Dix mille ?

Je refuse, monsieur.

Quinze mille ?

Assez, monsieur !

L’Ambigu vous en donne, donc vingt mille ?

Non, monsieur, beaucoup moins.

Mais, alors, quelle spéciale faveur vous fait mon heureux concurrent ?

Aucune… sinon de me parler le chapeau à la main.

« Magazine universel. »  Paris, 1903.

Politesse chinoise

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chine

Les Chinois sont les plus polis et les plus cérémonieux des hommes. En voici un exemple de plus. C’est la lettre adressée par le directeur d’un journal de Pékin, à un auteur dont il refuse là copie :

« Vois ton esclave à tes pieds. Ainsi incliné devant toi, j’implore la faveur de pouvoir encore vivre et parler. Ton honoré manuscrit a laissé tomber sur nous la lumière des merveilleuses pensées qu’il renferme dans une encre plus brillante que l’aurore. Nous l’avons lu avec un enthousiasme profond. Par les os de mes ancêtres, je n’ai jamais trouvé à la fois tant d’esprit et tant de pathétique poussés jusqu’à la perfection du sublime. Je te renvoie cet écrit avec regret, crainte et tremblement, car si je divulguais ce trésor de lumière, l’empereur ordonnerait à ses sujets de le prendre pour modèle, et l’on n’oserait plus rien publier qui n’y ressemblât.

Or, quand on connaît la littérature comme moi, on sait que d’ici dix mille ans et plus, il ne paraîtra rien de comparable à ce que tu nous as dévoilé de ton esprit, enfanté par tous les génies du Fleuve Bleu…

Accepte l’hommage de mon admiration éternelle. Je me relève après avoir baisé la pointe de tes genoux. »

« Journal universel. » Paris, 1903.