Pope

Balles humanitaires

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Petropavlovsk

C’est le prince Don Jaime de Bourbon, fils de Don Carlos, qui a baptisé ainsi les balles japonaises, dans des lettres fort intéressantes que publie le Correspondant.

Don Jaime se trouve en Mandchourie, depuis le commencement de la guerre, et il y a vu de nombreux blessés qui sont déjà en voie de guérison, après avoir reçu plusieurs balles. « Avec ces balles-là, dit-il, on est tué, ou l’on s’en tire très vite. Les complications sont rares. »

Il rapporte la plus curieuse anecdote à propos de la perte du Petropavlovsk :

Le grand-duc Cyrille avait, pour aide de camp, le lieutenant de marine Cube. Celui-ci portait toujours sur lui une médaille, que lui avait donnée un pope, un jour qu’il visitait l’église où l’on conserve les reliques de Sainte-Barbe. Cette médaille avait touché les reliques, et le pope avait dit au lieutenant Cube : « Ne vous en séparez jamais, elle vous portera bonheur. »

Au jour de Pâques, le lieutenant voulant faire un cadeau à son chef, lui offrit cette médaille. Ses camarades lui firent observer qu’il avait tort de s’en séparer puisque, pendant cinq années qu’il l’avait portée, il ne lui était jamais rien arrivé de fâcheux.

Le lieutenant n’en persista pas moins à l’offrir au grand-duc. Quelques heures après, le lieutenant disparaissait dans la catastrophe de Petropavlovsk, tandis que le grand-duc s’en échappait, comme par miracle.

« Touche-à-tout. Revue hebdomadaire. »  Paris, 1904. 

Marquis, chien de Pope

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pope-caniche

La manière dont Pope, célèbre poète et philosophe anglais, fut sauvé de la mort par son chien, tient vraiment du prodige. Cet animal, qui s’appelait Marquis, ne pouvait absolument sympathiser avec le domestique de cet illustre écrivain; il grondait toujours et lui montrait même les dents toutes les fois qu’il s’en approchait.

Quoique Pope aimât singulièrement son chien, qui était un caniche de la grosse espèce, il ne voulait pas le souffrir dans son appartement à cause de sa malpropreté. Néanmoins, malgré des défenses positives, le caniche, depuis quelque temps, se glissait vers le soir dans la chambre à coucher et l’on avait toutes les peines du monde à l’en faire sortir.

Un soir, s’étant glissé bien doucement sans être aperçu, cet animal alla se mettre sous le lit de son maître et y resta sans broncher.

Vers une heure du matin, le domestique entre brusquement dans la chambre de Pope. Alors le chien fidèle sort à l’improviste de son poste et saute à la figure du scélérat qui était armé d’un pistolet. Pope se réveille en sursaut; il ouvre sa fenêtre pour crier au secours, et il aperçoit trois brigands que son domestique avait introduits dans le jardin de sa maison de campagne pour le voler après que l’assassinat aurait été commis.

Déconcertés par cet incident imprévu, les brigands balancent un instant et bientôt ils prennent la fuite. Le valet, trahi par le chien surveillant, perd la tête; il se sauve également pendant que l’animal en fureur réveille toute la maison par ses aboiements et qu’il y répand l’alarme. C’est ainsi que ce chien sauva la vie du grand homme dont l’Angleterre s’enorgueillit avec raison.

Le même chien, peu après cet événement, procura un grand plaisir à son maître. Pope, en s’asseyant dans un petit bois, à plus de trois lieues de distance de sa maison, perdit une montre à quantièmes, à secondes et d’un très grand prix. De retour chez lui, le poète veut regarder l’heure qu’il est, et ne trouve plus de montre dans son gousset. Il est à remarquer qu’il était déjà tard et qu’un orage violent commençait à éclater. Le maître appelle son chien, et faisant un geste que Marquis comprend très bien; il lui dit seulement:

« J’ai perdu, va chercher. »

A ces mots, Marquis part et se rend sans doute à chacun des endroits où son maître s’était arrêté; mais il fallut que cette pauvre bête mît un temps considérable à chercher, car, bien qu’on l’eût attendue jusqu’à deux heures après minuit, on ne la vit point revenir.

Quel fut l’étonnement de Pope en se levant le matin ! Il ouvre sa porte, et il y voit le messager fidèle paisiblement couché, et tenant dans sa gueule le bijou précieux qui n’était nullement endommagé. Pope y tenait d’autant plus que c’était un présent qui lui avait été fait par la reine d’Angleterre.

« Voyage au pays des caniches. »  Clarisse Juranville, Librairie de J. Lefort , Lille, 1884. Montage illustration: Gavroche (on fait c’qu’on peut, hein !).