porte-bonheur

Le talisman

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corde_penduDans une commune de la banlieue, vivait depuis quelque temps un individu aux allures mystérieuses et solitaires. Il ne communiquait guère avec ses voisins et paraissait toujours fort préoccupé.

Il y a quelques jours, le bruit se répandit que cet homme avait mis fin à ces jours. Bientôt il se forme un rassemblement devant la maison. On racontait que le malheureux s’était pendu. Aussitôt quelques individus pénètrent dans la maison pour se procurer un morceau de la corde, qui, comme on sait, est réputée pour porter chance, comme un talisman. 

Mais ils avaient été prévenus déjà : un homme mieux avisé sort de la maison avec la bienheureuse corde.

 La voilà ! s’écrie-t-il

La foule se rue vers lui. Il est forcé d’abandonner son talisman, vers lequel se tendent quarante mains. On se poussa, on se bouscula, ce fut une véritable mêlée. Enfin un des assistants cria qu’il fallait partager la corde en petits morceaux. 

Cet avis rétablit l’ordre. On se mit à découper le précieux talisman. Pendant ce temps arriva le médecin. Il entra et constata que le défunt avait succombé à une apoplexie foudroyante. 

Il n’y avait jamais eu de suicide. Un mauvais plaisant avait inventé la corde de pendu. 

Le plus curieux, c’est que, un individu qui le premier avait saisi la bienheureuse corde, a perdu dans la bagarre un porte-monnaie avec une cinquantaine de francs. 

« Le Petit journal. » Paris, 20 décembre 1869.
Illustration : Stanislas Barthélémy.

Balles humanitaires

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Petropavlovsk

C’est le prince Don Jaime de Bourbon, fils de Don Carlos, qui a baptisé ainsi les balles japonaises, dans des lettres fort intéressantes que publie le Correspondant.

Don Jaime se trouve en Mandchourie, depuis le commencement de la guerre, et il y a vu de nombreux blessés qui sont déjà en voie de guérison, après avoir reçu plusieurs balles. « Avec ces balles-là, dit-il, on est tué, ou l’on s’en tire très vite. Les complications sont rares. »

Il rapporte la plus curieuse anecdote à propos de la perte du Petropavlovsk :

Le grand-duc Cyrille avait, pour aide de camp, le lieutenant de marine Cube. Celui-ci portait toujours sur lui une médaille, que lui avait donnée un pope, un jour qu’il visitait l’église où l’on conserve les reliques de Sainte-Barbe. Cette médaille avait touché les reliques, et le pope avait dit au lieutenant Cube : « Ne vous en séparez jamais, elle vous portera bonheur. »

Au jour de Pâques, le lieutenant voulant faire un cadeau à son chef, lui offrit cette médaille. Ses camarades lui firent observer qu’il avait tort de s’en séparer puisque, pendant cinq années qu’il l’avait portée, il ne lui était jamais rien arrivé de fâcheux.

Le lieutenant n’en persista pas moins à l’offrir au grand-duc. Quelques heures après, le lieutenant disparaissait dans la catastrophe de Petropavlovsk, tandis que le grand-duc s’en échappait, comme par miracle.

« Touche-à-tout. Revue hebdomadaire. »  Paris, 1904.