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Six doigts à la main droite

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On vendait l’autre jour une collection de tableaux dans l’ancienne résidence Longford Hall, près de Derby (Angleterre), et parmi les oeuvres proposées au public figurait un tableau de J. Highmore : Portrait de Lady Jane Coke, fille de Lord Wharton.

L’oeuvre n’était ni bonne ni mauvaise, mais le commissaire-priseur eut l’heureuse idée d’annoncer :

« On remarquera que cette dame a six doigts à la main droite. J’ajoute que, selon une légende locale, son fantôme reparaît souvent dans cette maison, et dans cette chambre même. » 

La nuit tombait. Il neigeait. Le vent soufflait, et les chandelles n’étaient pas encore allumées. On frissonna un peu, et comme le tableau était le dernier à passer aux enchères, il fut prestement poussé jusqu’à 44 livres 2 shellings. Après quoi, on se dépêcha de s’en aller.

On ne saura jamais si le portrait fut si bien vendu parce que la dame avait six doigts à une main ou parce que son ombre rôdait à deux pas, dans les couloirs.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.

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Portrait

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Lamartine a tracé ce portrait de Balzac :

Son extérieur était aussi négligé que son génie. Il avait la forme d’un éléphant : une  grosse tête, des cheveux éparpillés sur son col et sur ses joues comme une crinière que les ciseaux ne taillaient jamais, des lèvres épaisses, des yeux doux mais pleins de feu, un costume se heurtant à toute élégance, des vêtements trop petits pour son corps colossal, un gilet toujours déboutonné, du linge grossier, des bas bleus.

Il avait l’apparence d’un écolier en vacances qui a grandi trop vite pour ses habits.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.
Illustration : Nadar.

Ruses innocentes

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Robert-Nanteuil.

Robert Nanteuil, le célèbre graveur du XVIIe siècle, eut, comme beaucoup d’artistes, des commencements difficiles. Né à Reims, où, en se livrant aux études qui recevaient alors le nom d’humanités, il avait acquis, presque de lui-même, une grande habileté dans le dessin, il devait chercher, pour suivre fructueusement sa vocation, un autre théâtre qu’une ville de province.

Charles Perrault qui lui donne avec raison une place dans son recueil des Hommes illustres raconte ainsi l’ingénieux expédient qu’il employa.

Comme ses talents, quoique très beaux, n’étaient pas d’une grande utilité dans son pays natal, et que, s’étant marié fort jeune, ils ne lui fournissaient pas de quoi soutenir les dépenses du ménage, il résolut d’aller chercher ailleurs une meilleure fortune. Il laissa donc sa femme et vint à Paris, où, ne sachant comment se faire connaître, il s’avisa de cette invention :

Ayant vu plusieurs jeunes abbés à la porte d’une auberge proche de la Sorbonne, il demanda à la maîtresse de cette auberge si un ecclésiastique de la ville de Reims ne logeait point chez elle. Il en avait oublié le nom malheureusement, mais elle pourrait bien le reconnaître par le portrait qu’il en avait fait. En disant cela il lui montra un portrait très bien dessiné, et qui avait tout l’air d’être fort ressemblant. Les abbés qui l’avaient écouté et qui jetèrent les yeux sur le portrait en furent si charmés qu’ils ne pouvaient se lasser de l’admirer et de le louer à qui mieux mieux.

Si vous voulez, Messieurs, leur dit-il, je vous ferai vos portraits pour peu d’argent, aussi bien faits et aussi bien finis que celui-là.

Le prix qu’il demanda était si modique qu’ils se firent tous peindre l’un après l’autre, et ces abbés ayant amené  leurs amis, les clients lui vinrent en si grand nombre qu’il n’y pouvait suffire. Cela lui fit augmenter le prix qu’il en prenait. En sorte qu’ayant amassé en peu de temps une somme d’argent assez considérable, il s’en retourna à Reims trouver sa femme, à qui il conta son aventure et lui montra l’argent qu’il avait gagné.

Ils vendirent aussitôt ce qu’ils avaient à Reims et vinrent s’établir à Paris. En peu de temps son mérite fut connu de tout le monde…

 » Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.
Illustration : Autoportrait de Robert Nanteuil.

L’enseigne

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Thomas-Couture

Un jeune peintre de talent, M. Thomas Couture, fort connu par son grand tableau de l’Orgie romaine, a été l’objet d’un quiproquo qu’il a pris fort gaiement. Il était dans son atelier, occupé à combiner on ne sait plus quel groupe historique, lorsqu’on frappa trois coups à la porte.

Entrez ! s’écria l’artiste.

En même temps, il vit s’avancer un homme en casquette et en bourgeron.

Monsieur, lui dit l’inconnu, vous êtes peintre ?
Oui, mon brave.
— On dit que vous êtes fort dans votre partie ?
Oui, quelques amis sont assez indulgents pour dire cela.
Eh bien ! je vous apporte de l’ouvrage. Voulez-vous travailler pour moi ?
 Pourquoi pas ? Que vous faut-il, un portrait ou un tableau de genre ?
Ça m’est égal, pourvu que ça se fasse voir.

Là-dessus le marchand de vin (c’en était un) fit comprendre à l’artiste qu’il désirait avoir pour son commerce une enseigne sous ce titre : « Au Vert-galant ».

M. Thomas Couture prit ses pinceaux et fit… un rébus.

Le vert-galant qu’il a dessiné, ce n’est pas Henri IV, c’est un gobelet, un verre avec des guirlandes de fleurs. Tout le monde s’arrête devant cette enseigne originale, rue Racine.

« Almanach de la littérature, du théâtre et des beaux-arts. » Paris, 1853.

Le portrait du Diable

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portrait-diableUne dame d’une humeur fort joviale, rencontrant un homme d’une laideur extrême, le pria de venir avec elle à la boutique d’un fondeur qui était proche, et d’où elle venait de sortir. Y étant arrivée, elle dit au fondeur, en montrant cet homme:

Comme cela, entendez-vous ? et s’en alla.

L’homme à laide figure, ne comprenant rien à ce que venait de dire cette dame, en demanda l’explication au fondeur. 

Cette dame, répliqua le fondeur, était venue pour me faire fondre la figure d’un diable, et je lui ai répondu que je n’avais point de modèle.

Cet homme, fort déconcerté, se reprocha la facilité qu’il avait eue à la suivre.

Les mille et une anecdotes comiques. Passard, Paris, 1854.