potence et pendaison

Comment ça va-t-il ?

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pendaisonOn lit dans le Courrier des Etats-Unis, sous la date du 7 janvier : William Woolley a été pendu hier à Freehold (New-Jersey).

Le condamné était pêcheur de son état. Marié, il vivait mal avec sa femme et entretenait des relations coupables avec celle d’un de ses camarades, nommé Hastson Fleming. Pendant la guerre civile, celui-ci s’engagea comme soldat. A son retour au foyer conjugal, il y trouva Woolley installé à sa place et le mit à la porte. Le soir de ce même jour, Fleming tombait mortellement frappé d’un coup de fusil que Woolley venait de lui tirer presque à bout portant. C’est à raison de ce meurtre qu’il avait été condamné à mort.

On nous signale un fait incroyable quis’est passé à l’exécution de William Woolley. Les petites filles de l’école avaient reçu congé pour pouvoir aller assister au supplice. Le spectacle, du reste, était universellement considéré comme une fête.

La foule qui entourait l’échafaud, loin d’être sous le coup de l’émotion anxieuse que l’on constate habituellement en pareil cas, était d’une gaieté folâtre. On échangeait des lazzis et des quolibets; on interpellait sur un ton grivois le shérif et le condamné; les éclats de rire se succédaient sans interruption; des jeunes gens glissaient en plaisantant autour de l’échafaud, et les boules de neige voltigeaient de tous côtés. Enfin, toute la population de Freehold était en liesse. On n’a pas souvent de distractions dans ce pays peu civilisé, et tout le monde profitait a l’envi de celle qui se présentait.

Si les assistants laissaient éclater naïvement leur joie, le patient, lui, paraissait et était en effet absolument indifférent à son sort. Pendant les derniers apprêts, il mâchait sa chique de tabac avec la même insouciance que s’il se fût trouvé dans son bateau.

Un de nos confrères qui l’avait visité la veille dans sa cellule, raconte ainsi l’entrevue :

— Comment ça va-t-il, oncle Bill ?
— Très bien, merci, et vous-même ?
— Etes-vous résigné à la mort ?
— Cette bêtise ! Est-ce que vous ne savez pas que tout le monde meurt un jour où l’autre ? Le plus tôt sera le mieux. Du reste, je suis fâché de ce que j’ai fait, et je ne l’aurais pas fait si je n’avais été ivre.
— Vous n’aviez donc pas prémédité votre crime ?
— Je vous déclare devant Dieu que je n’y ai pensé que quand c’était fini. Je n’en voulais pas à ce pauvre Hart, et je voudrais bien n’avoir jamais rien eu à démêler avec Mme Fleming.
— Allons, bonne nuit, oncle Bill. J’espère que ça ira bien demain matin.
— Bonne nuit, monsieur. Je fais le même souhait pour vous.

« Le Voleur illustré. » Paris, 1869.

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