Praïa-das Moças

Duguay-Trouin le corsaire

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dugay-trouin-corsaireUn soir de juin 1711, à la nuit tombante, un adolescent regardait les navires contenus dans le port de Brest. Sept vaisseaux de guerre et huit frégates dormaient sur les eaux calmes.

Nul ne connaissait la destination de cette escadre, placée sous les ordres d’un capitaine de vaisseau René Duguay-Trouin, célèbre corsaire. Lorsque minuit tinta, l’adolescent sauta dans une barque amarrée près du quai et se mit à ramer. Enfin, le jeune homme toucha la proue dorée d’un navire nommé le Lys. Une minute après, il se trouvait sur le pont désert. Une écoutille s’offrit à lui et il s’y engouffra.

Le lendemain, l’escadre mettait à la voile. Une demi-heure plus tard, un gabier vint avertir le capitaine qu’un jeune homme avait été trouvé à fond de cale. Ce fut dans la « grand’chambre » que Duguay-Trouin fit comparaître le passager clandestin. Interrogé, le jeune garçon déclara se nommer Jean de Raucourt. Son plus vif désir était  d’accompagner le valeureux capitaine, dont il connaissait le but. Avec lui, il voulait pénétrer dans Rio-de-Janeiro. La ville brésilienne était, en effet, l’objectif de l’escadre, mais le secret avait été bien gardé, aussi le capitaine, surpris, interrogea :

Qui es-tu pour en connaître tant ?
— Mon père était sous les ordres du capitaine Du Clerc, l’année précédente. S’il a été tué là-bas, je veux le venger, s’il vit encore je veux le retrouver.

Cette réponse expliquait tout. Il y avait un an, en effet,Du Clerc avait tenté d’investir Rio-de-Janeiro. Il avait péri dans le combat et les soldats survivants se trouvaient prisonniers et soumis aux tortures. Emu, le capitaine lui permit de demeurer à son bord.

Le 12 septembre, l’escadre se déployait au large de Rio-de-Janeiro. Par un premier trait d’audace, Duguay-Trouin força l’entrée du port. Il parvint à ranger ses vaisseaux, hors de portée des canons, sous les murs de la ville. Pendant les jours suivants, il fit débarquer ses troupes de choc à la Praïa-das Moças, à deux mille à l’ouest de la ville. Le commandant du Magnanime, le chevalier de Courserac, enleva le fortin de l’Ile des Cobras et établit une batterie à la pointe de Nossa-Senhora-da-Sauda. Jean avait demandé et obtenu la faveur de participer à cette action. Alors, le siège de la ville commença.

Le 18, les occupants du fort des Bénédictins firent une sortie que les Français repoussèrent. Le 20, un tambour s’avança jusqu’aux remparts, pour remettre au Gouverneur un pli de Duguay-Trouin. Celui-ci sommait D. Francisco de Castro-Morais de se rendre. La proposition ayant été refusée, le bombardement recommença. Le 21, l’assaut fut donné à l’anse Valangro.dugay-trouinMais, pendant la nuit, une violente tempête s’était déchaînée. Les assiégés en avaient profité pour fuir la cité et se réfugier dans les montagnes avoisinantes. Les troupes françaises pénétrèrent donc dans une ville presque déserte. Ce fut en proie à la plus vive émotion, que Jean s’élança, l’un des premiers, dans Rio-de-Janeiro. Bientôt, Jean comprit que, perdu dans la foule des soldats, il lui serait impossible d’explorer la prison. En toute hâte, il retourna au quartier général de Duguay-Trouin qui venait d’être établi au couvent des Jésuites. Là, un à un, le capitaine fit comparaître devant lui les six cents prisonniers survivants de l’expédition Du Clerc.

Jean dévisageait tour à tour les malheureux. Soudain, il poussa un cri de joie. Il venait de retrouver son père, le capitaine de frégate de Raucourt. Mais des clameurs et des lueurs attirèrent bientôt l’attention du corsaire et de ses officiers. Malgré des ordre sévères, une partie des captifs délivrés, ivres de vengeance, pillaient la ville. Aussitôt, Duguay-Trouin fit mettre fin aux désordres. Mais une armée portugaise, rassemblée à quelque distance, était, attendue par les vaincus comme une dernière ressource. Duguay-Trouin marcha résolument au-devant d’elle, la réduisit à l’inaction par l’énergie de son attitude et traita en maître avec le Gouverneur.

La rançon de la ville fut fixée à une somme de 610.000 cruzades, 5.000 caisses de sucre, de nombreuses têtes de bétail, ainsi que des ballots de coton, de tabac, de café, des peaux de loutres, du cuir et du bois. Sans compter des coffres contenant des diamants et d’autres pierres précieuses. Le tout formait trente millions. Les richesses furent réunies à la base du fort de la Miséricorde et l’on commença à en dresser l’inventaire, ce qui fut de toute cette expédition le travail qui sembla le plus rude au corsaire.

Alors, pendant que sous ses yeux défilaient ces merveilleuses richesses, Duguay-Trouin  dit à Jean, qui se trouvait a ses côtés :

De tout ceci, je ne vois qu’une chose : ces joyaux, cet or seront par le roi convertis en armées, en vaisseaux. Ces hommes, ces navires seront pour la France et lui permettront sans doute d’obtenir la fin de la guerre. La paix sauvera des milliers de vies humaines…

Et Jean, qui venait de vivre l’une des aventures les plus splendides de notre histoire, prit la main du héros et la porta respectueusement à ses lèvres.

« Le Journal de Toto. » Paris, 1937.

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