préfet de police

Lépine et son petit cahier

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policeNotre ancien gouverneur général, M. Louis Lépine, n’était pas toujours l’homme sec et rigide dont son successeur d’aujourd’hui, M. Viollette, rappelle si heureusement le visage et le caractère. Il avait par moments le mot pour rire et ses traits austères se détendaient quand il feuilletait certain petit cahier qu’il communiquait volontiers. Il y avait collectionné des phrases cueillies dans les rapports envoyés par ses agents lorsqu’il était préfet de police. 

En voici quelques-unes : 

« A l’angle de la rue M… et de la rue O… j’ai vu une palissade qui n’existait pas  ».

« J’ai aidé à transporter le blessé dans une pharmacie, il ne pouvait presque pas du tout écrire, ses deux pieds étant complètement écrasés  »

« Sur la place de la Concorde, j’ai fait arrêter un bicycliste qui n’avait pas de plaque à sa machine; sur mon optempération, il m’a présenté sa carte de membre perpétuel de la  Société des animaux  ». 

 « … A la hâte, j’ai été chercher le docteur B…, il a examiné le malade et a constaté qu’il avait plusieurs esquimaus sur le corps ». 

« A la sortie du théâtre, j’ai reconnu… le pickpocket X… Je me suis approché, l’ai arrêté et il m’a dit que ce n’était pas lui  ».

« Annales africaines. » Alger, 1926.

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Tambour battant 

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fort_boyardLorsque j’étais en prison (cela arrive aux journalistes dans les pays libres), j’avais pour compagnon de captivité, au fort Boyard, un cousin du préfet de police actuel. 

Ce détenu avait été capitaine dans la garde nationale. Il avait touché trente sous par jour. Il avait lutté pour la commune. Il avait fait le coup de feu sur les remparts et dans les rues. Le conseil de guerre l’avait frappé. Il portait la lourde croix de la déportation. Il portait aussi le nom de Voisin. Il était propre cousin du célèbre auteur de l’arrestation de M. Schoulguine. C’est un grand honneur d’avoir été le compagnon de geôle du parent  d’un préfet de police ! 

Il m’est arrivé souvent, le soir, dans la casemate où nous couchions, sur un lit de camp, une quarantaine, de jeter un coup d’œil rapide sur les visages anxieux des condamnés. Et quand j’arrivais à la face calme du cousin de M. Voisin, je me disais : 

« Celui-là espère sortir évidemment. Le malheureux ! il dort tranquille. Si jamais pourtant il y a un homme, un seul de déporté, ce sera lui. Il peut être certain de son affaire. C’est précisément parce que son parent est député, membre de la commission des grâces, qu’il est tenu à son égard à la plus rude impartialité. » 

Ah ! c’est un pays égalitaire que notre France ! et si la justice était bannie du reste de la terre, on la retrouverait au fort Boyard. Les vieux professeurs d’histoire de nos lycées
rappellent sans cesse à la jeunesse l’exemple du Romain Brutus, livrant ses fils, qu’il adorait, au dernier supplice. Notre histoire va s’enrichir de ce haut fait moral : le sacrifice du cousin Voisin. 

Un matin du mois de mars, la place du détenu Voisin fut trouvée vide. Le cousin Voisin s’en était allé en liberté. Le cousin Voisin réintégrait doucement Paris et revenait prendre son siège devant l’âtre conjugal, goûter les joies de la famille. 

Et le directeur du fort Boyard, dans la chambrée, disait d’un air fort embarrassé aux codétenus du bon gracié : 

Vous savez, à ce qu’il paraît, qu’on avait fait erreur pour ce brave homme.
— Ah ! bah !
— Oui, On avait cru lui voir porter un uniforme de garde national… c’était une veste de lancier.
— En vérité ?
— Il n’a point tiré sur l’armée régulière : ce qu’on a pris entre ses mains pour un chassepot était une simple sarbacane. 

Ce qui me surprend, c’est que l’oiseau qui chante, le vent qui souffle, le roseau qui murmure, ne disent point à l’oreille de M. Voisin : 

« Quand on est si conciliant comme membre de la commission des grâces, on devrait se montrer un peu moins impitoyable comme préfet de police. »

Olivier Tolcey « La Lanterne : journal politique quotidien. » Paris, 1877.
Illustration : A. Karl.

En autobus

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autobus

L’autre jour, dans un autobus Pigalle-Halle-aux-Vins, monte un grand Monsieur, très droit, haut en couleur et décoré du macaron, un air de général en civil.

Par hasard, le soleil donnait, la température était printanière. Le Monsieur avait le sang à la tête. Il voulut baisser la vitre qui se trouve derrière le chauffeur. 

  Hé là, Monsieur, cria le conducteur, n’ouvrez pas cette glace.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est défendu.
— Par qui ?
— Par le préfet de police.

Le voyageur esquissa un sourire très léger et se résigna philosophiquement à cuire.

C’était M. Hennion, préfet de police.

« Le Cri de Paris. »  Paris, 1914. 

Mendicité industrielle

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mendiants.

Le préfet de police a résolu de mettre fin a l’exploitation organisée par les mendiants à Paris.

Les commissaires de police ont reçu l’ordre de se livrer à une enquête sur ces industriels et d’en faire le recensement. A la suite de cette enquête, les mendiants signalés seront
divisés en deux catégories : les « intéressants », qui seront placés dans les asiles et les dépôts de mendicité, et les « non intéressants », dont on s’efforcera d’amener la disparition par tous les moyens possibles.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.
Illustration : « Les mendiants » d’après Boucher; gravé par Watteau. Service de documentation photographique de la Réunion des musées nationaux.