Président Bondoux

Le chapeau de Villain

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raoul-villain

Après le court interrogatoire de forme que lui avait fait subir M. le Président Bondoux, Raoul Villain, l’assassin de M. Jaurès, retourna, en fiacre, du Palais à la Prison de la Santé.

Durant tout le trajet, il se montra maussade. L’interrogatoire l’avait-il fâcheusement impressionné ? Son énergie morale ou ses forces physiques avaient-elles subi une défaillance inquiétante ? Non. Dans ce premier contact avec M. le président Bondoux, l’assassin avait bien pris l’attitude modeste, mais énergique qu’il avait jugée convenable.

Son trouble provenait d’une autre cause infiniment vulgaire : il avait perdu son chapeau. Et il lui fallait rentrer nu-tête à la prison de la Santé, tandis qu’il tenait, sur son bras gauche, son pardessus correctement plié ! Jamais héros cornélien n’eût à subir une mésaventure si piteusement bourgeoise.

Pourvu qu’il n’ait pas, pour comble d’infortune, contracté un ridicule rhume de cerveau !

« Le Cri de Paris. » Paris, 1915.