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Un couple ordinaire

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Un journal américain a rappelé  la domination que Mary Ann Todd Lincoln exerçait sur son mari Abraham, et il a livré une charmante anecdote.

L’excellent homme d’Etat qui devait périr par la main d’un fanatique exerçait au début de sa carrière, à Springfield, la profession d’avocat. Disert et spirituel, il était adoré par la population. Quand il venait au café, (il y allait volontiers) il était aussitôt entouré d’auditeurs attentifs qui ne se lassaient pas de l’écouter et le retenaient jusqu’à une heure fort avancée. 

Ce manège déplaisait fort à Mme Lincoln qui, d’ailleurs, ne croyait pas à la vocation politique de son mari. Elle finit par le menacer de fermer la porte de la maison à minuit, dû-t-elle le forcer à découcher. 

Le soir de l’élection présidentielle, comme minuit et demi sonnait et comme son mari n’était pas rentré, Mme Lincoln poussa le verrou et se coucha. Réveillée peu après par les appels du nouveau président, elle se pencha à la fenêtre et se mit à invectiver furieusement le premier magistrat de l’Etat. 

 Mais je n’ai pas pu rentrer plus tôt, gémissait celui ci, j’attendais le résultat du scrutin. Je suis nommé président !
— Président ! fit Mme Lincoln indignée. Mais tu es gris, mon ami. Joli président que le pays aurait là ! Va coucher ou tu veux, je ne te connais plus… 

Il fallut à Abraham Lincoln un quart d’heure de pourparlers pour décider sa femme à lui ouvrir la porte.

Carnot invalidé

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Ce n’est pas, heureusement, comme président de la République, mais simplement comme conseiller municipal.

Le bas Gentilly, vexé de se trouver sans cesse en minorité devant Bicêtre, qui forme l’autre partie de la commune, s’est imaginé, pour faire parler de lui, de voter, aux dernières élections municipales, pour des candidats inéligibles, et a nommé MM. Sadi Carnot, Charles de Freycinet et Ernest Constans. A cette fumisterie le conseil de préfecture vient de répondre très sérieusement par un arrêté qui annule les élections du président de la République et de ses ministres.

On prête au bas Gentilly l’intention de recommencer la même campagne.

« Librairie des bibliophiles. »  Paris, 1891. 

Chapeaux de paille d’Italie

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Germaine-Bouret

Savez-vous qu’à Florence, il existe une ligue pour la Défense… du chapeau de paille ?… La fabrication des chapeaux de paille est une importante industrie italienne, et l’on conçoit que les fabricants cherchent à la protéger. Mais quelle singulière maladie que celle de l’Association !

Des syndicats, des comités, des sociétés, des amicales, des ligues, des groupements… on ne voit que ça. On dirait que les citoyens ne se trouvent pas assez embêtés par les lois et le percepteur et cherchent à se soumettre à des statuts divers. C’est peut-être aussi parce qu’ils ont de cette manière plus de chances de devenir Présidents de quelque chose. Ça les flatte. On les appelle « Monsieur le Président », absolument comme Monsieur Poincaré, Monsieur Herriot ou Monsieur Doumer.

Alors, on pourrait peut-être inventer de nouvelles Ligues : une Ligue pour la Défense des fonds de culotte, à l’usage des potaches et des fonctionnaires; une Ligue pour la protection des Bas de Soie, une Ligue pour la Défense du chapeau de gendarme, etc. etc.

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1926.
Illustration :  Germaine Bouret.

Soleil couchant

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C’est le soir à l’Elysée. M. Fallières est allé à la chasse. Il va revenir. Le carton des signatures à donner repose sur le bureau de l’Exécutif. Dans le pays, maint fonctionnaire attend fiévreusement quelque promotion. Mais il faut que la main du Président ait paraphé les décrets impatiemment espérés.

M. Fallières signera-t-il ce soir, au retour de la chasse ? Ses familiers le savent. Quand le temps a été sec dans la journée, M. Fallières signe. Quand il a plu, au contraire, au lieu de s’asseoir à son bureau, il va changer de vêtements, il troque ses bottes héroïques et boueuses contre des pantoufles douillettes et bourgeoises. Il refait amoureusement sa cravate à pois, puis, las des efforts de la journée, il s’endort dans un bon fauteuil. La signature est remise au lendemain.

Et voilà comment la météorologie influe sur le gouvernement des empires.

« Le périodique hebdomadaire politique et satirique. »  Paris, 1913.
Illustration : Léon Bonnat.

Popularité du président

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Jadis, quand le nouveau roi faisait sa joyeuse entrée dans sa bonne ville de Paris, de jeunes Parisiennes, vêtues de leur seule chevelure, entouraient le destrier du monarque. Cette galante tradition avait son charme… Hélas ! elle s’est en allée, comme les autres.

Et c’est ainsi que pas la moindre petite femme en costume d’Eve n’était assise, mardi dernier, dans le landau de M. Poincaré. En fait de petite femme nue, il y avait M. Fallières.

Il est vrai que la température était plutôt fraîche.

Malgré ce froid cinglant, bien des jeunes personnes auraient tenu volontiers compagnie à notre nouveau président. Car M. Poincaré plaît beaucoup aux femmes. C’est d’ailleurs l’histoire de tous les hommes populaires.

La popularité se manifeste toujours comme ceci :

1° On reçoit de nombreuses lettres d’injures;

2° On reçoit de nombreuses lettres d’amour.

M. Poincaré en sait quelque chose…

On ignore le nombre des lettres d’injures qui lui sont parvenues, mais nous tenons de bonne source que, depuis son élection, il a décacheté ou fait décacheter une moyenne quotidienne de cinquante lettres plus ou moins parfumées où des femmes se déclarent fortement amoureuses de lui. Beaucoup se permettent même de l’appeler « Raymond » tout court…

« Je t’aime, lui écrivent-elles, je t’aime parce que tu es beau, parce que tu es patriote, parce que tu es républicain, parce que tu es lorrain, parce que tu es l’élu de la Nation. Si tu veux, tu seras mon élu à moi toute seule. »

Or, M. Poincaré a donné l’ordre à ses secrétaires de répondre à toutes lettres signées. Seulement, pour aller plus vite, les dits secrétaires ont fait imprimer une formule ainsi conçue :

PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
Secrétariat particulier.

M…

M. le Président a pris connaissance de votre lettre et il me charge de vous informer qu’il ne peut y donner suite.

Avec mes regrets, veuillez agéer, M., l’expression de mes distingués sentiments.

(signé) Illisible.

Comme vous voyez, cette réponse est plutôt froide. Que voulez-vous, M. Poincaré ne pourrait suffire à toutes ces demandes indiscrètes. Sans doute, il se doit à tous les Français et aussi à toutes les Françaises, mais rien, dans la Constitution de 1875, ne dit que le Président doive payer de sa personne dans des cas semblables.

« Le Rire : journal humoristique. »  Paris, 1913.

Au clair de la Lune

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Edward Hopper, Night Shadows, 1921

Le célèbre Abraham Lincoln, un des plus illustres présidents des États-Unis, fut dans sa jeunesse bûcheron, puis avocat. Un jour, plaidant pour un pauvre graveur qu’il savait innocent et contre lequel néanmoins les preuves semblaient surabondantes, il remarqua que tous les témoins à charge disaient, que le meurtre imputé à son client s’était passé au clair de la Lune, une telle nuit, et alors il les interrogea à plusieurs reprises, demandant :

-— C’est bien telle nuit, n’est-ce pas ?

Oui, telle nuit.

Au clair de la Lune ?

Oui.

Toujours au clair de la Lune ?

Oui, toujours.

Ecrivez, greffier, c’était au clair de la Lune !

Puis quand tous les témoins eurent déposé et se furent aussi accordés avec le plus grand soin sur cette circonstance, Abraham Lincoln tira de sa poche un petit almanach et montra que, cette nuit-là, il n’y avait pas eu de Lune.