prestidigitateur

Mystifiés

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robert-houdin-louis-comteLouis Comte était un très habile ventriloque, et, comme prestidigitateur, son étoile ne commença à pâlir que lorsque parut Robert-Houdin. Cependant les deux rivaux étaient restés amis, et voici, à ce sujet, une assez curieuse anecdote :

Ils s’étaient rendus ensemble, pour s’entendre au sujet d’une représentation, dans le cabinet du directeur de l’Opéra, qui était alors le docteur Véron. Comme ils redescendaient le grand escalier, Robert-Houdin entendit une voix éloignée, avec le timbre de celle du directeur, qui l’appelait d’une façon pressante. 

 Pourquoi diable Véron me rappelle-t-il ? dit l’escamoteur à son compagnon.
—  Remontez, et vous le saurez, répondit M. Comte.

Robert-Houdin remonte, ne voit personne, cherche dans les corridors, interroge les garçons de service, et, reconnaissant enfin qu’il a été dupe d’une mystification, se résigne à rejoindre Comte, qui l’attendait.

 Que vous voulait donc Véron ? demanda d’un ton naturel ce dernier.
— Oh! réplique tout aussi naturellement Robert-Houdin, il voulait me remettre votre
tabatière, qui vous avait été volée.

En même temps il restitua au ventriloque la tabatière en or qu’il lui avait escamotée, et les deux amis rirent beaucoup du tour qu’ils s’étaient mutuellement joué.

J. Schneider. « L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1859.

Prestidigitateur en cour d’assise

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procureurLa fonction d’expert-prestidigitateur près les cours et les Tribunaux vient d’être, en quelque sorte, officiellement inaugurée. Hier, en Cour d’assises, un honorable prestidigitateur, M. Charles de Lang, domicilié rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, faisait, avec l’émotion de rigueur, ses débuts devant MM. les jurés dans une affaire de fabrication de fausse monnaie. 

Un pauvre diable, nommé François Lugon, mendiant et vagabond par tempérament, prestidigitateur par profession, comparaissait devant la Cour d’assises sous l’accusation de fabrication de fausse monnaie. Soixante-dix pièces de deux francs en étain, trouvées en sa possession, s’étalaient sur la table des pièces à conviction. L’accusé, pour tout système de défense, s’est borné à dire, avec ce profond accent de sincérité qu’ont toujours les grands coupables : 

Je ne suis pas un faux-monnayeur. Je suis seulement un prestidigitateur. Et pour exercer ma profession il me faut de fausses pièces de monnaie. C’est ce qui explique pourquoi on m’a trouvé porteur de toutes ces fausses pièces à l’effigie de la République française et du roi d’Itatie. 

Et Lugon ajoutait :

Si j’étais un véritable faux-monnayeur, je n’aurais pas crevé de faim, comme cela m’arrivait !

L’accusé avait fait citer à l’audience un prestidigitateur, M. Charles de Lang, qui exerce depuis trente ans et qui a conquis sur nos places publiques une légitime réputation. Avec une gravité qu’eût enviée un expert en écritures, M. Charles de Lang, vieillard à barbe vénérable, a fait à la barre, devant MM. les jurés très attentifs, un petit tour de prestidigitation. 

L’honorable témoin avait en poche une quarantaine de pièces de monnaies en carton destinées à faciliter ses explications techniques. Il a développé avec beaucoup de maestria ses théories sur l’art du prestidigitateur, art qui, malheureusement, n’occupe pas dans la société actuelle la place à laquelle il a droit. 

Le cours de M. l’expert a été écouté très religieusement. 

Finalement, M. Charles de Lang a déclaré que les pièces trouvées en la possession de l’accusé pouvaient bien avoir servi à celui-ci pour faire ses tours. Puis, il a ajouté, avec une grande tristesse dans la voix 

Lugon a été mon élève. Je lui ai donné jadis des leçons de prestidigitation, mais il n’avait pas de dispositions pour cet art, et il ne sera jamais un prestidigitateur sérieux. 

Après le réquisitoire de M. l’avocat général Morillon et une plaidoirie très éloquente de Me Lagasse, Lugon a été acquitté.

 « Le Petit Parisien. » Paris, 1890. 

Petit cadeau 🙂

Autopromotion

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robert-houdin

Voici une anecdote, qui remonte au temps où Robert Houdin, encore, débutant, faisait des tournées en province. Un soir, il entre dans le principal café de la ville, où il donnait sa première représentation et commanda très haut :

— Garçon, un porto rouge !

Le garçon apporte la consommation demandée et presque aussitôt est rappelé par une voix furieuse :

Garçon, j’ai demandé un porto rouge, vous m’apportez un porto blanc… Recommencez !

Le garçon, ahuri, recommença. Et ce fut le même tour… A peine versé, le porto perdait sa couleur, et les autres consommateurs, qui s’étaient approchés, n’y comprenaient rien. Pas un qui eût vu le prestidigitateur opérer.

Comme le garçon, de plus en plus ahuri, apportait le troisième verre, (vide encore) l’un d’eux, plus malin lui conseilla de prendre une autre bouteille, une bouteille non entamée. Le résultat fut le même, à la stupeur de tous… Cependant, le prestidigitateur souriant jetait un écu sur la table :

Mon ami, payez-vous. La suite à ce soir…

Et il s’en fut, laissant sur la table une carte, ainsi libellée : Ce soir, au Grand Théâtre, première représentation de… etc., etc.

Vous devinez qu’à l’heure dite, la salle était comble…

« Le Pêle-mêle. » Fabien,  Paris, 1927.

 

Le tour de magie

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Voici déjà quelques années, un prestidigitateur français eut l’idée d’aller montrer son art aux braves habitants de Fez. Son succès avait été prodigieux, tellement que le sultan — un des prédécesseurs d’Àbd-el-Aziz — le fit venir pour donner une représentation au palais.

L’escamoteur se surpassa ce soir-là. Mais le truc des pigeons émerveilla surtoul le souverain. Le Français prit deux pigeons vivants, l’un blanc et l’autre noir … Il leur coupa la tête séance tenante, puis ajusta la tête du pigeon noir au cou du pigeon blanc et vice versa. Les deux pigeons, ainsi ressuscites, prirent leur vol à travers la salle. Le sultan fit venir alors deux superbes esclaves, l’un couleur d’ébène, l’autre blanc comme neige. Le sultan pria aussitôt le prestidigitateur de renouveler sur les esclaves l’expérience qui avait si bien réussi pour les pigeons.

On imagine l’ahurissement du Français en recevant cet ordre. Refuser, c’était risquer gros. Il ne se troubla pourtant pas et répondit immédiatement au sultan qu’il serait très heureux de faire celle expérience devant Sa Majesté, mais que des outils perfectionnés lui seraient nécessaires pour opérer sur l’espèce humaine.

Le sultan acquiesça.

Le lendemain matin, le prestidigitateur n’était plus à Fez.

«  Ma revue  » Paris, 1907.