prince Napoléon

Quatrième pouvoir

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Hippolyte de Villemessant

Voici les duels qui recommencent. On s’est provoqué et battu la semaine dernière ! A propos de duel, citons l’anecdote suivante que Villemessant se plaisait à raconter.

Assigné, comme témoin, dans une affaire de duel, il attendait depuis si longtemps que le juge d’instruction l’introduisît dans son cabinet qu’il finit par dire au garçon :

Prévenez votre magistrat que, s’il ne m’appelle pas d’ici à cinq minutes, je retourne à mon journal ou j’ai affaire.

Le juge, qui avait entendu, sortit comme une trombe de son bureau, et, interpellant Hippolyte de Villemessant :

Monsieur, fit-il, vous resterez ici tant qu’il me plaira. Vous ne savez donc pas quels sont les pouvoirs d’un juge d’instruction ? Si, demain, je convoquais le prince Napoléon et qu’il refusât de se rendre à mon appel, j’aurais le droit de le faire amener ici entre
deux gendarmes. Ainsi, vous voyez !

Villemessant, qui avait repris tout son calme, répondit simplement :

Eh bien, monsieur si j’étais à votre place, je ne donnerais pas suite à votre projet de faire arrêter le prince Napoléon qui, en cas de mort du prince impérial, serait l’héritier du trône; qui, en outre, est sénateur, général de division et gouverneur général de l’Algérie.
Vous ne comprenez pas, répliqua vivement le juge d’instruction. Je vous ai seulement rappelé que, si je voulais, je pourrais…
— Enfin, vous ferez ce que vous voudrez, reprit flegmatiquement Villemessant, mais arrêter ainsi le prince Napoléon, c’est bien grave !
— Mais jamais je n’ai eu une minute l’intention…
— Et, poursuivit Villemessant, quand l’empereur apprendra que vous vouliez placer son plus proche parent entre deux gendarmes…
— Mais non ! Mais non ! criait le malheureux magistrat, affolé.
— Quant à moi, je ne vais pas manquer de raconter aux lecteurs du Figaro ce que vous venez de me communiquer; j’intitulerai l’article :

« Arrestation probable du prince Napoléon. »

Le juge, navré, fit immédiatement entrer le journaliste dans son cabinet, et, l’interrogatoire terminé, le reconduisit jusqu’à la porte en le suppliant de ne pas ébruiter leur conversation.

Bixiou. « La Revue hebdomadaire. » Paris, 1907.

Soyons modestes

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Le prince Napoléon racontait un jour à son secrétaire, M. Bourgogne, qui l’a racontée dans ses Mémoires pour nuire à l’histoire de mon temps (un joli titre !), la stupéfiante anecdote que voici :

Une pauvre fille, misérable et désolée, demandant l’aumône au prince, alors représentant du peuple, celui-ci lui donna une pièce de 5 francs à l’effigie de Napoléon Ier, et, tandis qu’elle la dévorait des yeux, le prince lui demanda :

— Trouves-tu que je lui ressemble ?

— A qui ? dit-elle, un peu hagarde, les yeux étonnés.

Le prince Napoléon montrait la pièce blanche.

— Mais, à lui.

— Qui, lui ?…

— Napoléon.

La fille regarda celui qui lui parlait comme un fauve regarderait un passant. Elle répéta, sans comprendre, comme si on lui eût parlé une langue inconnue :

— Napoléon !… Na… po… léon !

— Tu ne connais pas Napoléon ? demanda alors le prince stupéfait…

— Non.

— Tu n’en as jamais entendu parler ?

— Jamais !

A Paris, rue de Rivoli, un être se trouvait qui ne savait pas ce que c’était que Napoléon !

Et le prince Napoléon-Jérôme ajoutait, en contant l’aventure :

— Messieurs, vous le voyez, soyons modestes !