princesse

L’anneau de Charlemagne  

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charlemagneA propos de la Saint-Charlemagne on a rappelé la curieuse légende sur la fondation d’Aix-la-Chapelle.

Charlemagne, qui était plusculum mulierosus, s’était épris d’une princesse allemande. Il en perdait le boire et le manger. La princesse vint à mourir et, chose étrange,il parut que la passion de l’empereur ne faisait qu’augmenter. Couché sur un lit de parade, le corps de la morteavait miraculeusement conservé sa souplesse et sa fraîcheur. Son regard restait vivant, ses joues étaient, roses, et, pendant des heures entières, Charlemagne demeurait en contemplation près du lit où la belle semblait endormie.

L’archevêque Turpin, effrayé de ce prodige, s’introduisit un jour, pendant une absence de Charlemagne, dans la chambre où reposait le cadavre, voulant s’assurer s’il n’y avait pas quelque sorcellerie, dans cette étrange aventure. Il trouva un anneau d’or, gravé d’hiéroglyphes, au doigt de la princesse. Turpin l’enleva et le passa à son doigt. Quand Charlemagne. revint à la chambre mortuaire, le charme était rompu. Il ne vit plus sur le lit, qu’un cadavre hideux. Il le fit ensevelir au plus vite.

Mais voici où la légende devient amusante et fort imprévue. La passion de l’empereur, suivit l’anneau et se reporta sur l’archevêque Turpin lui-même. Il se prit d’une telle affection pour Turpin qu’il ne voulait plus le quitter, le suivant partout, se sentant pris d’un ennui mortel dès qu’il était quelques jours sans le voir.

Le bon évêque, effrayé de cette singulière vertu de l’anneau, le jeta dans un lac pour qu’il ne pût tomber en des mains qui auraient tenté d’en abuser. Mais voilà que, dès ce jour, Charlemagne se passionna pour le pays oùavait été immergé l’anneau. Il s’y plut tellement qu’il ne voulut plus le quitter. Il y bâtit un palais, puis un monastère, puis y jeta les fondements d’une ville et voulut être enterré là.

C’est ainsi que, dit la légende très ingénieuse, fut fondée Aix-la-Chapelle, ville de prédilection du grand empereur.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.

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On demande M. Pérard !

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Marie Leckzinska.La reine Marie Leckzinska eut de nombreux enfants. Pérard, célèbre accoucheur de Paris, accouchait la reine. Cette princesse était sur le point de mettre au monde sa cinquième fille, et, depuis six semaines, Pérard était installé au château de Versailles, attendant le moment où la reine pourrait avoir besoin de son secours.

Le lundi 11 mai 1733, il s’était rendu plusieurs fois auprès de la reine, et rien ne semblant annoncer un accouchement prochain, il profita de la soirée pour aller, dans la rue des Bourdonnais, chez la veuve de de La Lande, avec lequel il avait été extrêmement lié. Il venait à peine de quitter le château, lorsque la reine ressentit les premières douleurs.

« On le fit chercher partout, dit Narbonne  (Journal des règnes de Louis XIV et de Louis XV.), et comme on ne savait où il était allé et qu’on ne pouvait le trouver, on eut l’idée de faire battre la caisse par toute la ville afin de lui faire savoir qu’on réclamait ses soins au château. Tout cela fut inutile et l’on ne put pas le trouver. »

Pendant que l’on courait ainsi de tous côtés après l’accoucheur, la reine mettait au monde une nouvelle princesse. Fort heureusement, Helvétius, son médecin, était auprès d’elle et recevait l’enfant, tandis que la demoiselle Loisel, garde-malade, opérait sous ses yeux la délivrance. Pérard, que l’on découvrit enfin, se hâta d’accourir, et l’on put juger de son désappointement lorsqu’il vit l’accouchement terminé et la reine remise dans son lit.

« Il se présenta aussitôt chez la reine, ajoute Narbonne, lui demanda pardon, et voulut s’assurer par lui-même si tout était convenablement arrangé. Mais la reine refusa ce service après coup. Pérard alla ensuite chez le roi pour lui présenter ses excuses. Mais le roi ne voulut point l’écouter et lui tourna le dos. Le pauvre accoucheur se croyait complètement disgracié. Heureusement Marie Leckzinska était excellente. Elle ne conserva aucune rancune contre Pérard et s’empressa de le faire appeler dans sa grossesse suivante. »

Joseph-Adrien Le Roi.  « Histoire de Versailles, de ses rues, places et avenues depuis l’origine de cette ville jusqu’à nos jours. »  Versailles, 1868.

Changement de condition

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madame-louise

Passant à Saint-Denis, raconte  Madame de Genlis, j’entrai avec émotion dans le couvent des Carmélites, où une princesse, la fille d’un roi de France, (Louis XV) venait de s’enfermer pour toujours. Je demandai à la voir… Madame Louise permit les questions et y répondit brièvement, mais avec bonté. Je lui demandai quelle était la chose à laquelle, dans son nouvel état, elle avait ou le plus de peine à s’accoutumer.

« — Vous ne le devineriez jamais, m’a-t-elle répondu en souriant : c’est à descendre seule au petit escalier. Dans les commencements c’était pour moi comme un précipice effrayant. J’étais obligée de m’asseoir sur les marches, et de me traîner pour descendre. »

En effet, une princesse qui n’avait jamais descendu que le grand escalier de marbre de Versailles, en s’appuyant sur le bras de son chevalier d’honneur, et entourée de ses pages, a dû frémir en se trouvant livrée à elle-même, sur les bords d’un escalier bien haut, bien raide, et formé en colimaçon.

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.