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Un caillou dans les haricots

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Les haricots sont certainement entre tous les légumes, les mieux connus des prisonniers de Sing Sing (New York) et d’ailleurs.

Il advint, en mai dernier, qu’un prisonnier, membre de la Ligue de Secours Mutuel, organisée à la prison même, en mangeant des haricots se cassa une dent sur un caillou. Il estima et déclara bien haut que si le cuisinier voulait servir des cailloux, il devait les mieux faire cuire. Ses camarades de la Ligue l’approuvèrent. Le chef délégué de la Ligue, qui était en même temps le chef de l’équipe qui triait les haricots donna sa démission de ces deux emplois. L’indignation ne fit que s’accroître. Même les nouveaux venus frémirent de colère.  

Bientôt les délégués de la Ligue de Secours Mutuel donnèrent leur démission collective. Douze coiffeurs employés dans la salle de coiffure de la prison démissionnèrent également. Ils préféraient ne rien faire ailleurs, plutôt que d’accepter d’être barbiers dans une prison où on servait des cailloux à demi-cuits.

C’était l’heure de la relève. Le directeur décida de doubler la garde, fit appeler les permissionnaires, déclara qu’en effet la nourriture avait été mal préparée, que les haricots étaient insuffisamment cuits, que les prisonniers avaient des motifs de se plaindre, mais ne prenaient pas la meilleure manière pour le faire, qu’ils avaient agi avec un peu de précipitation, et qu’il espérait qu’ils allaient tous reprendre tranquillement leur travail.

Ce qu’ils firent…

« L’Aventure : journal hebdomadaire. »  Paris, 1927.
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Fabrique de momies

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Un industriel d’Alexandrie vient d’être condamné à cinq mois de prison pour avoir fabriqué des momies avec des peaux d’âne soigneusement préparées.

Ces momies étaient étiquetées sous l’appellation d’anciens rois d’Egypte. Tous les Pharaons ont passé par là les uns après les autres. Une fois les rois épuisés, ce fut le tour des grands prêtres.

M. de Rothschild, de Londres, a été, paraît-il, l’une des victimes de ce trop industrieux trafiquant.

« Gazette  littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : montage personnel.

Pudeur américaine

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Ce n’est pas seulement en France que la chasteté officielle poursuit ces malheureuses femmes qui se sont donné pour métier de montrer plus ou moins leurs charmes. Voici un projet de loi qui vient d’être soumis au Sénat de Minnesota par une de ses commissions :

« Toute femme qui, sur une scène ou sur une estrade, dans un théâtre, un café chantant ou tout autre endroit où le public est admis, exhibera devant ce public ses membres inférieurs revêtus de ce qu’on est convenu d’appeler un maillot, de telle sorte que la forme desdits membres soit parfaitement visible pour les personnes présentes, commettra un acte d’indécence grossière et de tenue lascive, et se rendra coupable d’un délit qui sera puni de à 100 dollars d’amende et de 5 à 30 jours de prison. »

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

Le séducteur

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A New York, ce sont les séducteurs qui mettent les nouvellistes en émoi : il n’est bruit en ce moment, dans la capitale de l’Union, que d’un nommé Kane, teneur de livres et poète, professions des plus antipathiques, dans lesquelles néanmoins Kane réussit également bien.

Tout en remplissant ses fonctions commerciales, Kane écrivit plus de cinq cents épitres en vers et en prose à une fort jolie personne qu’il parvint à séduire en lui promettant de l’épouser. A peine la jeune personne eut-elle cédé, que poète et amant disparurent. Il ne resta que le teneur de livres, lequel déclara nettement que la vie de garçon lui était trop agréable pour qu’il voulut y renoncer. 

Mais les tribunaux américains ne sont pas indulgents envers les séducteurs. La jeune fille porta plainte, et Kane fut condamné à un an de prison ou à épouser la plaignante.

Joseph Kane, en entendant cet arrêt prononcé par lé président de la cour des sessions, dit fort tranquillement :

Messieurs, un an de prison,  c’est seulement douze mois d’esclavage; le mariage, c’est la détention à perpétuité. Je persiste plus que jamais dans mon refus.

Quelques applaudissements, des rires et de nombreux sifflets ont accueilli cette sortie anti-matrimoniale.

 » Le Siècle illustré. »  Paris, 1862.
Image d’illustration.

Courbet à Sainte-Pélagie

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La lettre qu’on va lire fut adressée par Gustave Courbet, le peintre d’Ornans, au directeur de la prison de Sainte-Pélagie, où le déboulonneur de la colonne Vendôme fut enfermé en 1871.

Monsieur le Directeur,

Je vous serais très obligé de vouloir bien me faire donner un bain de siège, à demeure dans ma chambre, afin de pouvoir continuer le traitement qui m’a été ordonné par les médecins de Paris et de Versailles, pour une affection hémoroïdale (sic).
Je désirerais aussi que vous m’autorisiez à faire acheter une bouteille de bierre (sic) par jour, car je ne puis presque pas boire de vin à cause de ma maladie.
Veuillez aussi me faire passer le catalogue de votre bibliotèque (sic), plus un bonet (sic) de coton pour la nuit, plus un grand bain.

J’ai l’honneur de vous saluer.
G. Courbet.

« La Chronique médicale : revue bi-mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique. »  Paris, 1911. »
Illustration : Gustave Courbet. Autoportrait à Sainte-Pélagie, 1872.

Histoire (romancée) du soldat de Lépante

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miguel-cervantesIl y a, en Angleterre, un parti puissant qui a entrepris de prouver que Shakespeare, comme Homère peut-être, n’avait jamais existé. Que restera-t-il aux hommes de génie si, même morts, on leur refuse, le droit à la vie ?

Cependant, cette existence qu’on leur conteste fut pour quelques-uns assez rude pour qu’on s’en souvienne. Homère, déjà nommé, était aveugle et mendia peut-être aux portes des héros qu’il avait immortalisés. Milton, aveugle comme son patron, mourut pauvre comme lui, et Corneille manqua de souliers.

Parmi les nombreux faits similaires, en voici un moins connu et tout aussi frappant :

A l’époque où le bon roi Henri IV terminait les guerres de religion et fondait l’Europe moderne, un écrivain qui devait remplir le monde de son nom, languissait dans une prison espagnole. C’était un pauvre vieux soldat manchot, ayant eu sa main paralysée suite à une blessure faite par le cimeterre d’un Turc à la bataille de Lépante. Le corps tout perforé de coups de pique, d’arquebusades, et la tête emmaillotée de linges sanglants, il gisait dans un cachot.

Il avait été emprisonné pour un différend avec les autorités locales. Le fait n’était ni grave, ni infamant. On le retenait en prison parce qu’il était dénué de ressources et ne pouvait payer l’amende.

L’alcade, malgré sa sévérité, permit à son prisonnier de se distraire en écrivant. Il supposa que le vieux soldat se proposait de noter ses campagnes, ou d’adresser des placets à des protecteurs qu’il disait avoir à la cour du duc de Lerne, prince-cardinal de Tolède.

L’invalide employa ses loisirs à écrire un livre, inconnu de ses contemporains, mais promis à une gloire éternelle. Libéré par la suite, il dut, pour ne pas mourir de faim, s’agréger aux frères du Tiers-Ordre.

C’est ainsi que mourut, sous l’humble capuce franciscain, le très haut et très noble prince de lettres Miguel Cervantes de Saavedra, auteur de Don Quichotte.

« Le Magazine. » Paris, 1903.