privilèges

Le chevalier et l’automobiliste

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automobiles bayardA propos de la déclaration que tout propriétaire d’automobile doit faire à l’autorité militaire avant le 16 janvier, France-Auto rappelle qu’à Rome, les citoyens possédant un cheval étaient astreints par la loi à une formalité identique.

En cas de guerre, chacun d’eux-devait fournir à l’armée son cheval, entièrement équipé, c’est-à-dire avec le cavalier dessus. Mais un titre honorifique payait ce service rendu à l’Etat : ils étaient « chevaliers » et formaient une caste, dotée de certaines prérogatives.

« Ce que les chevaliers romains ont été dans la société d’alors, dit notre confrère, les automobilistes peuvent l’être aujourd’hui. S’ils le veulent, ils sauront, tout  comme leurs ancêtres, obtenir la reconnaissance de leurs droits, et les avantages inhérents à leur utilité. »

Comment ! Mais c’est depuis longtemps chose faite : La caste dès automobilistes a déjà reçu du législateur, pour prix du concours qu’il pourra donner à la défense nationale, des privilèges enviables :

L’automobiliste peut s’enorgueillir d’être, de tous les contribuables, celui qui paie le plus d’impôts.
L’automobiliste jouit des faveurs de la maréchaussée, qui lui consacre le plus clair de son temps.
L’automobiliste est parmi les usagers de la rue, celui qui, dans une journée, encaisse le plus d’injures.
L’automobiliste bénéficie, dans les hôtels et restaurants, de tarifs spéciaux.

Je me demande ce qu’il peut bien désirer de plus.

« L’Européen : hebdomadaire économique, artistique et littéraire. » Paris, 1930.

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L’inspecteur des clous

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conseillers-municipauxC’est une opinion solidement accréditée dans le public que le métier de conseiller municipal de Paris est un bon métier et que beaucoup de ceux qui le pratiquent se retirent après fortune faite. Il faut croire que ce ne fut pas le cas des infortunés conseillers municipaux qui ont été remerciés par le suffrage universel en 1929, car le préfet de la Seine, avec l’agrément du conseil, vient de les tirer de la misère.

L’un a été employé comme inspecteur d’on ne sait trop quoi par la régie immobilière, aux appointements de soixante-cinq mille francs par ans. Un autre a été également repêché par une autre société de construction qui travaille pour la ville, et touche une cinquantaine de billets pour ne rien inspecter du tout. Un troisième, qui était autrefois professeur de l’enseignement primaire, a repris ses appointements d’abord et reprendra ultérieurement ses fonctions… quand il sera remis de ses émotions électorales. 

Un quatrième, déjà fonctionnaire, retraité, émarge au budget de la direction des travaux pour une petite somme qui, ajoutée à sa pension, lui assure une honnête aisance. On l’a d’ailleurs prié de se présenter le moins souvent possible dans les locaux de la direction. Un cinquième, qui est très âgé, et qui a siégé à l’Hôtel de Ville pendant près de trente ans, touche simplement une pension viagère de vingt-cinq mille francs.

Enfin, le sixième tenez-vous bien ! a été nommé inspecteur… des passages cloutés !… Oui, mesdames, oui, messieurs, il y a un inspecteur des passages cloutés, qui nous coûte environ quarante mille francs par an !…. Et c’est un ancien conseiller municipal, ancien capitaine d’infanterie, ancien avocat, qui assume cette tâche délicate.

Le préfet de la Seine se demande avec terreur ce qu’il faudra inventer, la prochaine fois, pour caser les laissés-pour-compte du suffrage universel . Nous proposons l’emploi d’inspecteur des inspecteurs inutiles…

« Cyrano. » Paris, 1931.

Monsieur le comte

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mirabeau.

C’était dans la nuit du 4 août, nuit où toutes les distinctions nobiliaires furent abolies. Mirabeau arrive chez lui, il entre dans un enthousiasme facile à se figurer :

Ah! mon ami, dit-il à M. Duveyrier, un jeune avocat patriote, qui l’attendait. Ah ! quelle nuit ! Plus d’abus ! plus de distinction ! Les villes, les états, les plus grands noms, Montmorency, La Rochefoucauld, nous avons tous fait le sacrifice de nos privilèges sur l’autel de la patrie !

Tout en parlant et en gesticulant, il entre dans son bain, qu’il trouve glacé. Il sonne violemment. Le valet de chambre, que le cocher avait mis au courant dans l’office, accourt et veut naturellement s’excuser :

Je puis assurer à monsieur, dit-il, que le bain est au même degré qu’hier.
— Monsieur! s’écria Mirabeau. Ah ! drôle !… Approche ici…

Il lui saisit l’oreille, et lui plongeant le visage dans l’eau :

Ah ! bourreau… j’espère bien que je suis encore monsieur le comte pour toi !