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Propos d’un paysan

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A les entendre, tous nos députés sont les défenseurs acharnés du bon « paysan de France, éternel sauveur de la patrie dans la paix et dans la guerre ». Cependant, coïncidence bizarre, lorsqu’il s’agit de discuter un projet intéressant l’agriculture, de voter une mesure en sa faveur, cela ne les intéresse plus et la Chambre vide est un désert.

C’est ainsi que tout récemment pour s’occuper de la création des Chambres d’Agriculture, il n’y avait qu’une douzaine de députés somnolents et quelques autres expédiant leur courrier. Jusqu’au Groupe de Défense Paysanne qui brillait par son absence !

Ah ! Si l’on avait agité une de ces futiles et creuses questions de politique, une Chambre en furie se serait trouvée là ! Hémicycle bondé et fourmillement dans les couloirs, discussions passionnées et discours retentissants, applaudissements frénétiques, cris, vacarme et pugilat peut-être : rien n’aurait manqué au grand jour.

Mais, il ne s’agissait que de l’agriculture. Le débat fut terne, ce qui n’empêche pas d’ailleurs que le travail fut excellent. Le projet De Monicault fut en effet adopté dans ses grandes lignes et nous pouvons espérer enfin une bonne représentation professionnelle agricole, si le Sénat toutefois s’en désintéresse également.

Mais pourquoi diable nos politiciens, la bouche en coeur et la main sur la poitrine, protestent-ils à l’envi de leur complet dévouement à la classe agricole, de leur attachement à la campagne ? Pourquoi surtout se laisse-t-on encore prendre à ces boniments ?

« La Terre de Bourgogne : la Bourgogne agricole et la Bourgogne rurale réunies. » Dijon, 1922.
Illustration : Vincent van Gogh. « 
La plaine de la Crau. »

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Le tunnel sous la Manche

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Il paraît que nous ne verrons pas de sitôt le métro prolongé jusqu’à Londres, le Gouvernement britannique s’opposant, une fois, de plus, au percement du tunnel sous la Manche. L’Angleterre, elle aussi, est classée, rien ne doit compromettre son insularité !

Quand on veut taquiner un Anglais, il suffit de lui parler du projet de tunnel sous la Manche. Immédiatement, notre homme fronce le sourcil, rougit encore un peu plus et proteste d’une voix indignée que jamais ses compatriotes ne permettront une telle abomination. Jadis, nos amis d’outre-canal prenaient encore la peine de donner à leur refus un semblant de raison inspirée des prétendues nécessités de la défense nationale. A présent qu’il existe des canons capables d’envoyer des projectiles à 150 kilomètres et que la moindre escadrille d’avions peut incendier la cité en quelques heures, ces motifs ne sont vraiment plus valables. Aussi les adversaires du souterrain ne cherchent-ils même plus un prétexte. Ils se contentent de dire :

Le tunnel sous la Manche se fera sans doute un jour, mais plus tard, beaucoup plus tard ! Nous ne croyons pas que le moment soit encore venu d’entreprendre ce travail.

Après quoi le malheureux projet est replacé bien soigneusement dans son tiroir avec défense d’en sortir.

Il est d’ailleurs assez difficile d’expliquer la répugnance des Britanniques à l’idée qu’on pourrait creuser un trou dans le sous-sol du Pas-de-Calais. Peut-être craignent-ils de voir arriver par là de mauvais courants d’air ou quelque invasion de ces vers à cerises qu’ils redoutent par-dessus tout, comme on sait !

« Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.
Illustration : Tunneling the English Channel, 1907, Georges Méliès.