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Maximes et proverbes

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enfant

Les vieilles maximes ont du bon. C’est comme du pur jus extrait de l’expérience de nos pères… et dont nous ne savons généralement pas nous servir. Certains d’entre ces vieux proverbes exigent d’ailleurs quelques amendements. A la manière des Lois, ils ne peuvent toujours représenter la perfection dans la prévoyance et le jugement. 

Telle cette maxime, qui se rapporte d’ailleurs à ce qui précède, et nous dit : 

« On ne profite jamais de l’expérience des autres… »

C’est vrai. Voyez un petit enfant auquel on dit : « Ne touche pas à ce fer à repasser, il est chaud et tu te brûlerais… » Le gosse n’y croit point tant qu’il ne s’est pas brûlé. Une fois qu’il a eu le doigt cuit, il devient compréhensif, mais il a fallu qu’il fasse lui-même l’expérience. 

Il en est, ainsi des grandes personnes. Pour les jouvenceaux, le fer chaud ce sera l’Amour. Les vieux les avertissent, mais rien à faire. Ils attendent d’être victimes. Alors ils comprennent. Pour les personnes mûres, le fer chaud c’est la Bourse. Ils risquent leur argent dans ce repaire de bandits. On a beau crier : « Gare ! » Jusqu’au jour où les valeurs tombent à zéro ils ne veulent pas profiter de l’expérience des autres. Ainsi la maxime que nous venons de citer paraît précieuse. Mais elle nous inviterait à ne point avertir les ignorants puisque nos avis ne doivent leur servir à rien.

Cependant un proverbe contredit cette conclusion, en affirmant : « Un homme averti en vaut deux« .

« Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1937.

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La légende de la huppe

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huppe-Gérard-JOYON

La huppe, oiseau commun dans nos pays, de la famille des passereaux, est un insectivore migrateur; qui rôde sans cesse sur le sol à la recherche des insectes qui lui servent de nourriture. Elle nous arrive vers les premiers jours d’avril, niche chez nous dans les pays de plaines humides, et nous quitte aux premiers jours d’automne.

La huppe doit son nom à une double rangée longitudinale de longues plumes rousses avec une pointe noire qui surmontent sa tête. Sa taille est à peu près celle du merle, la couleur générale du corps est un gris rougeâtre, la queue est noire avec une bande transversale blanche. Les ailes sont rayées de noir et de blanc, le bec noir est très long, arqué, se recourbant en-dessous par la pointe. En somme l’aspect de la huppe est élégant, original, mais ce bel oiseau a dans nos campagnes une réputation étrange dont est venu un proverbe populaire : « Malpropre comme une huppe », dit-on communément et cette comparaison s’explique par la façon dont l’oiseau se conduit à l’époque des nichées.

Contrairement à la généralité des oiseaux qui ont le plus grand soin de garder leur nid en un état d’extrême propreté, la huppe (qui le place d’ordinaire dans un creux d’arbre ou de rocher) le tapisse d’abord de fiente, de fumier, puis quand les petits sont nés, y laisse s’accumuler leurs déjections, les siennes, et les débris d’insectes qu’elle apporte. De telle sorte que bientôt ce réduit devient un lieu absolument infect dont l’odeur s’imprègne fortement dans le plumage des jeunes et des parents. Les rustiques, qui, à cause de cette infection normale ont donné à la huppe le surnom de puput, ont une légende sur cette particularité.

Ils disent qu’à l’époque de la création des oiseaux, le bon Dieu fit donner à tous l’ordre de venir s’entendre avec lui sur la nature des matériaux qu’ils devraient employer à la construction de leur nid. Tous s’empressèrent donc de venir. Or le créateur leur indiqua successivement les divers matériaux… Le partage général était fait quand la huppe paresseuse arriva:

Seigneur, avec quoi construirai-je mon nid ? demanda-t-elle.
Avec ce que tu pourras trouver, car je n’ai plus rien à t’indiquer.

Et la huppe s’en alla, qui, l’époque de nicher venue, ne trouva rien autre que les ordures dont les autres oiseaux ne voulaient pas. Force lui fut bien de les prendre.

Et voilà pourquoi, d’après nos campagnards, l’on dit avec raison : « Malpropre comme une huppe ».

« Musée des familles. »  Charles Delagrave. paris, 1897. 
Photo : Gérard Joyon.

Vieux proverbe

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gotlib-gifle

On disait fréquemment autrefois donner cinq et quatre, la moitié de dix-huit, pour signifier qu’on avait appliqué à quelqu’un deux soufflets consécutifs.

Cette manière de parler vient de ce qu’en appliquant à quelqu’un un une gifle sur chaque joue, on lui donne le premier avec le plat ou la paume de la main, où les cinq doigts assemblés frappent ensemble, puis on frappe du revers de la main, où il n’y a que quatre doigts qui touchent la joue, parce que le pouce demeure en arrière.

Cinq et quatre font neuf, qui est, en effet, la moitié de dix-huit.

Illustration : Gotlib.

Attendez-moi sous l’orme

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proverbe

L’expression proverbiale répond à cette idée : Le rendez-vous que vous me donnez m’est déplaisant et je ne m’y rendrai pas. Or le type des rendez-vous désagréables est une assignation qui nous appelle à comparaître devant le juge. C’est certainement à celui-là qu’on fait allusion dans l’origine.

Car autrefois les juges de village rendaient leurs sentences debout, sans rocking chair rembourré à l’envi, sous l’orme planté devant l’église ou au carrefour, n’ayant pas de  siège, d’audience particulier. Quelquefois c’était à la porte des maisons des nobles, sous un arbre planté devant le manoir seigneurial. On les appelait les plaids de la porte ; et comme il y avait d’ordinaire un orme à cet endroit, on a dit des premières assignations données en justice : Attendez-moi sous l’orme.

Ce proverbe s’emploie donc pour désigner un rendez-vous désagréable, ou pour donner un rendez-vous où l’on n’a pas l’intention de se trouver. Un peu comme on rechigne allègrement à l’invitation d’un couple d’amis au spectacle commis à la kermesse du village par la petite dernière…

Regnard en a fait le titre d’une de ses comédies, où nous le retrouvons à la dernière scène :

Attendez-moi sous l’orme,
Vous m’attendrez longtemps.

De nos jours, on n’attend plus sous l’orme qu’au figuré. Ou alors n’y rencontrera-t-on qu’un lapin sournoisement sacrifié…

Inspiré d’un article publié dans : « Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  1892.

« Rester pour coiffer sainte Catherine »

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Ronde de catherinettes autour d’un agent de police, à Paris. Agence Rol.
Ronde de catherinettes autour d’un agent de police, à Paris. Agence Rol.

Le jour où une jeune fille se mariait, on avait coutume autrefois de charger celle qui souhaitait le plus de faire bientôt comme elle, d’attacher sa coiffure nuptiale, dans l’idée superstitieuse que cela ne pouvait manquer de l’aider à se marier plus vite. Et c’est encore un honneur, du reste, en province, que d’attacher la première épingle à la couronne d’une fiancée.

Or, comme cet usage n’a jamais pu être observé à l’égard d’aucune des saintes du nom de Catherine, attendu qu’elles sont toutes mortes en religion, et que, suivant la remarque des légendaires, elles ont toutes fait choix de l’Epoux immortel, on a dit de là, des filles qui restent à marier et qui n’en ont plus l’espérance, qu’elles restent pour coiffer sainte Catherine, ce qui signifie qu’il n’y a chance pour elles d’entrer en ménage qu’autant qu’elles auront fait la toilette de noce de cette sainte, condition impossible à remplir.

Cependant cette explication, bien qu’authentique, est un peu compliquée. En voici une plus simple, fondée sur l’usage qu’on avait de coiffer les statues de saintes dans les églises. Comme on ne choisissait que des jeunes filles pour coiffer sainte Catherine, leur patronne, il fut très naturel de considérer ce ministère comme une charge toute spéciale pour celles qui vieillissaient sans espoir de mariage, après avoir vu toutes leurs compagnes se marier.

« Histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons français. » Joséphine Amory de Langerack, Lille, 1883.

« Menteur comme une gazette »

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gazette

Je crois bien que de tous les milliers de journaux qui se sont publiés en France, depuis le premier numéro du Journal des Savants, fondé en 1665 par un conseiller du parlement, pas un encore n’a fait mentir ce respectable écho de l’opinion publique sur la créance que méritent nos chroniqueurs et nos feuilletonistes.

A qui la faute ? Il y a des gens qui prétendent qu’elle est au lecteur, ou plutôt à l’abonné. « Il faut des nouvelles, disait, il y a quelques années, lors de la grande vogue du faits divers, un de nos plus spirituels journalistes; quand il n’y en a pas, il en faut faire. »

On n’est pas bien fixé sur l’étymologie du mot gazette. Quelques-uns croient qu’il vient du latin gaza dont on fait gazetta, ce qui signifie « petit trésor ». Mais ce n’est pas là l’avis de tout le monde. On a aussi expliqué l’origine de ce mot par le sens qu’il semble comporter : gazette, « feuille légère comme la gaze ». Enfin, il y a une troisième étymologie dont nous ne parlerons pas, parce que son authenticité ne nous paraît pas suffisamment établie.

kiosque

Quel est le peuple auquel on attribue l’invention des journaux ? On n’en sait rien. Quant à nous, nous sommes presque assuré que la gazette est née française. Cette invention-là porte le cachet de notre nation. Aucun peuple n’a dû penser avant nous à bavarder ainsi tout haut, à afficher ainsi au grand jour ses causeries familières, les bruits intimes qui courent du palais au salon, du salon au carrefour.

Sainte-Foix attribue l’origine des papiers-nouvelles (new’s papers, comme on dit en anglais) à un médecin nommé Renaudot, qui recueillait partout des nouvelles vraies ou controuvées pour charmer les soucis de ses malades, et qui eut l’esprit ensuite de tirer de ses cancans un parti plus avantageux en s’en occupant plus sérieusement.

Les Anglais, qui ne sont jamais les derniers à réclamer leur part de tout honneur, veulent absolument avoir inventé les gazettes. Personne n’a daigné encore le leur contester.

« Histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons français. » Joséphine Amory de Langerack, Lille, 1883.

« Le bien vient en dormant »

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La-sieste-de-Vincent-Van-Gogh

Un jour que le roi Louis XI se promenait entouré de courtisans qui l’obsédaient pour obtenir un bénéfice vacant, les uns pour eux-mêmes, les autres pour leurs parents, le roi aperçut par hasard un pauvre prêtre qui dormait, insouciant des biens de ce monde, à côté de son bréviaire.

« Par le Pasque-Dieu, vous m’ennuyez, dit-il aux solliciteurs. Je donnerai à ce pauvre ecclésiastique, pour ne pas faire mentir le proverbe qui dit que le bien nous vient souvent en dormant. »

On annonça au pauvre clerc sa bonne fortune en le réveillant, et il se trouva que, s’étant endormi avec son livre de patenôtres pour tout bien, il s’était réveillé avec un bénéfice de dix mille livres de rentes, qui en vaudraient plus de trente aujourd’hui.

Mais il ne faut pas trop compter sur le proverbe, ni se reposer de l’avenir sur l’avenir lui-même. Le travail est le seul chemin qui mène à la fortune, et c’est ce que dit d’ailleurs sagement un autre proverbe :

« Ne te fie qu’à toi-même. »

« Histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons français. »  Joséphine Amory de Langerack, Lille, 1883.