Prusse

Influence

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kaiserLe Kaiser vient de trouver un moyen d’influencer l’opinion publique et de corriger le mauvais effet de certains bruits qui percent parfois les murs de l’intimité impériale. 

Quand un journal, une feuille satirique de Berlin, publient une anecdote déplaisante pour la famille de Prusse, on voit aussitôt paraître aux vitrines des magasins les plus en vue des photographies tirées à des milliers d’exemplaires rectifiant par l’illustration l’assertion maligne ou blessante. 

De mauvaises langues insinuaient que le projet de mariage de la Princesse Victoria-Louise avec le Prince Ernst de Cumberland n’était qu’une pure combinaison diplomatique. Les fiancés, comme cela arrive bien souvent, se soumettaient, assurait-on,  avec froideur et résignation à cette injonction. Immédiatement, les divers photographes de la Cour montrèrent les deux fiancés se prodiguant les marques extérieures de la plus vive affection dans les circonstances les plus variées. 

On avait affirmé également qu’à un grand dîner donné par l’Empereur, le Kronprinz n’avait pas été invité pour marquer qu’il était ouvertement en désaccord avec son père.  Le lendemain, Berlin était littéralement inondé d’une photographie sensationnelle représentant Guillaume II se promenant amicalement bas dessus bras dessous avec son fils. 

Et voilà comment on écrit l’histoire…

« Revue contemporaine. » Saint-Pétersbourg, 1913.

 

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La maison roulante du Polonais

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Les Prussiens prétendent qu’ils veulent libérer la Pologne. Or, les journaux illustrés de 1907 nous content une anecdote, qui n’est qu’un épisode de l’implacable duel engagé entre le gouvernement allemand et la malheureuse Pologne.

Michal Drzymala, paysan polonais, avait acheté une pièce de terre de trois arpents. Il voulut y édifier une chaumière, mais l’administration, armée d’une loi de circonstance, défendit au nouveau propriétaire de bâtir. Voulant occuper quand même le terrain péniblement acquis, Drzymala eut recours à un expédient : il se procura une roulotte assez confortable, l’installa dans son enclos et y vécut en paix.

Du coup, le paysan devint célèbre; il personnifia la résistance spirituelle à la tyrannie, et la photographie de la maison roulante s’est vendue à des milliers d’exemplaires.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1916.

Les bons comptes font les bons alliés

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guerre

Les mémoires du comte de Ségur relatent, entre mille traits saisissants, celui qui concerne le roi de Prusse, Frédéric II.

Au commencement de la guerre de Sept ans, un ambassadeur d’Angleterre, qui résidait près du roi Frédéric, et dont il aimait l’esprit et l’entretien, vint lui apprendre que le duc de Richelieu, à la tête des Français, s’était emparé de l’île de Minorque et du fort Saint-Philippe.

— Cette nouvelle, sire, lui dit-il, est triste, mais non décourageante. Nous tâtons de nouveaux arguments et tout doit faire espérer qu’avec l’aide de Dieu nous réparerons cet échec par de prompts succès.
— Dieu ? dites-vous, lui répliqua Frédéric avec un ton où le sarcasme se mêlait à l’humeur, je ne le croyais pas au nombre de vos alliés.
— C’est pourtant, reprit l’ambassadeur, piqué, et voulant faire allusion aux subsides anglais que recevait le roi, c’est pourtant le seul qui ne nous coûte rien.
— Aussi, répliqua le malin monarque, vous voyez qu’il vous en donne pour votre argent. 

« Le Lisez-moi historique. » Paris, 1935.

Histoire de sangsues

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foggia

Un campagnard se présentait dernièrement chez un pharmacien de Birkenfeld, dans la Prusse rhénane, et lui demandait des sangsues.

Celui-ci répondit que, depuis bien des années, il ne tenait plus cet article et, comme son client insistait, il l’envoya au bureau des contributions en lui disant qu’il y trouverait ce qu’il voulait.

Le paysan s’en fut donc chez le percepteur qui, furieux en apprenant le nom du mystificateur, porta plainte contre le pharmacien pour qualification injurieuse. Ce dernier fut condamné à 20 marks d’amende, qu’il paya, mais il envoya aussitôt le prononcé du jugement au célèbre journal satirique Le Kladderadatsch qui lui adressa un mandat de 70 marks en rémunération d’un si bel écho.

Le facétieux pharmacien écrivit cela au percepteur et lui demanda sous quelle rubrique il devait inscrire ce bénéfice inattendu, voulant être bien en règle avec le fisc.

Le percepteur s’est, paraît-il, tenu coi.

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1927.
 Illustrateur : Foggia.

 

 

Déserteur involontaire

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davout

Un détachement du corps de Davout occupait l’île de Rugen. L’ordre arrive de l’évacuer à l’instant, et l’on s’embarque avec tant de précipitation, qu’on oublie un factionnaire.

Celui-ci, après s’être promené ponctuellement de long en large pendant deux à trois heures, perd enfin patience et retourne au poste, qu’il trouve vide. Il s’informe et apprend avec désespoir ce qui s’est passé.

« Mon Dieu! je vais être porté comme déserteur, perdu, déshonoré. » 

Ses cris touchent de compassion un honnête artisan qui l’emmène, le console, l’héberge, et au bout de quelques mois lui donne en mariage sa fille unique. Cinq ans après, on signale une voile. Les habitants accourent, on reconnaît les uniformes de la grande armée. — C’est fait de moi,  s’écrie d’abord l’heureux époux de la jolie Marguerite.

Cependant, une idée subite lui rend courage. Il court au logis, revêt son uniforme, saisit ses armes, revient sur le rivage et se pose en sentinelle au moment même où les Français vont débarquer.

Qui vive ? s’écrit-t-il d’une voix tonnante.
Qui vive vous même ? répond-on du bâtiment. Qui êtes-vous ?
Factionnaire.
Combien y a-t-il de temps que vous êtes en faction ?
Cinq ans. 

Louis Nicolas d’Avout rit beaucoup de l’à-propos et fit délivrer un congé en bonne forme à son déserteur involontaire.

« Encyclopédie populaire : journal de tout le monde. »  Paris, 1856.

Les courbettes du grenadier

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hussard_noir

Après la bataille de Rosbach, les hussards noirs du Roi de Prusse, connus sous le nom de têtes de mort, poursuivaient les troupes françaises qui venaient d’être battues. Un des généraux prussiens apercevant un lieu écarté où l’on combattait encore, s’approche, et voit un grenadier français aux prises avec six de ces hussards.

Le grenadier était retranché derrière une pièce de canon, et, jurait, en combattant toujours, de mourir plutôt que de se rendre. Le général, admirant sa valeur, ordonne aux hussards de suspendre leurs coups, et dit au Français:

Rends-toi, brave soldat; le nombre t’accable, la résistance est inutile.
Du tout, du tout, répondit l’intrépide grenadier, je lasserai ces gens-ci et je rejoindrai mon drapeau, ou bien ils me tueront et je n’aurai pas la honte d’avoir été fait prisonnier.

Ton armée est en pleine déroute.

Je ne le sais que trop. Mais, morbleu, si nous avions eu un général comme le Roi de Prusse ou comme le Prince Ferdinand, je fumerais aujourd’hui ma pipe dans l’arsenal de Berlin.

Je donne la liberté à ce Français, dit le général prussien; hussards, suivez-moi; et toi, mon brave grenadier, prends cette bourse et va rejoindre ton corps. Si le roi mon maître avait cinquante mille soldats comme toi, l’Europe entière n’aurait que deux souverains, Frédéric et Louis.

Je le dirai à mon capitaine; mais gardez votre argent. En temps de guerre, je ne mange de bon appétit que celui de l’ennemi. Vous, vous êtes digne d’être Français.