Prussiens

Si vis pacem, para bellum

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prussiensIl y a décidément des officiers allemands qu’on ne prend pas sans vert. L’anecdote suivante en fait foi, que raconte le Vorwaerts, critiquant la discussion du budget de la guerre au Reichstag : 

Un soir de printemps de l’année 1887, l’esplanade de Metz était remplie d’officiers prussiens. Tous, très émus, regardaient un point brillant dans le ciel. Ce point brillant, selon ces officiers, c’était un ballon français qui, au moyen d’un projecteur électrique, étudiait les fortifications de Metz et, en particulier, les forts Prinz Friedrich Karl et Alvensleben

Un capitaine de pionniers prussien racontait avec importance à qui voulait l’entendre, qu’il avait calculé très exactement le lieu où se trouvait le ballon. C’était, assurait-il, un ballon captif. 

Or, en réalité, ce que ces officiers prenaient pour le projecteur d’un ballon, c’était simplement… la planète Vénus.  

Il y a des chiens qui aboient à la lune, des sauvages qui tirent des flèches contre le soleil : il y aura des artilleurs qui canonneront les planètes; et ce sera la guerre telle que l’a décrite le romancier Wells.

« Ma revue. » Paris, 19 mai 1907.

Pierre François Gossin, le résigné

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Rien ne prédisposait à une mort violente et infamante le sieur Pierre François Gossin, honnête bourgeois lorrain né à Souilly le 20 mai 1754. Gossin est fils d’un procureur à la chambre des monnaies de Metz: lui-même lieutenant général civil et criminel de Bar-le-Duc, il est plus habitué à poursuivre des coupables qu’à subir des sentences.

Mais le tourbillon de la Révolution va en décider autrement. Elu député du tiers aux états généraux, Pierre François Gossin devient un personnage public qui prend part à des réformes importantes: rapporteur du comité chargé de diviser la France en départements, il est aussi l’auteur d’un rapport sur l’organisation des Archives nationales et l’un des orateurs à demander la création d’un jury populaire en matière criminelle. Enfin, c’est sur la proposition du député Gossin que les restes mortels de Voltaire sont portés au Panthéon.

Son mandat prend fin avec la Constituante, le 30 septembre 1791, et le citoyen Gossin rentre en Lorraine où il vient d’être élu procureur-syndic de la Meuse. Hélas, les Prussiens envahissent la contrée; Gossin conserve ses fonctions, obéissant ainsi aux ordres du duc de Brunswick, l’ennemi juré de la Révolution. Après la retraite des envahisseurs, difficile d’expliquer ce revirement tactique aux membres de la Convention… Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, l’ancien constituant est condamné à mort le 4 thermidor an II (22 juillet 1794).

Le lendemain, il est dans la cour de la prison avec ses codétenus, qui montent l’un après l’autre dans la charrette fatale. Et là, il se produit un extraordinaire coup du sort, tel qu’aucun prisonnier ne pouvait l’espérer : Gossin est oublié dans l’appel des condamnés à mort ! Il a la vie sauve et, mieux encore, personne ne fait attention à lui : quand les portes s’ouvrent devant le convoi, il sort aussi, libre comme l’air !

Gossin alors a quarante ans, le voici lâché dans une grande ville pleine de cachettes, une chance unique s’offre à lui de détaler pour sauver sa tête ! Résignation ? Sens du devoir d’un ancien magistrat ? L’évadé suit à pied la charrette jusqu’à la guillotine et monte sur l’échafaud.

« La tortue d’Eschyle et autres morts stupides de l’Histoire. » Bruno Fuligni, Les Arènes, 2012.