Puy-de-Dôme

Fleurs en salade

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En l’honneur du printemps, nous écrivîmes un jour une petite fantaisie où il était question de manger des fleurs en salade. Cette exagération de l’enthousiasme apporté par les mois fleuris pouvait prêter à quelque critique. Or la chronique médicale nous apprend qu’un médecin du Puy-de-Dôme fit récemment préparer par sa cuisinière un bifteck aux capucines.

Le cresson prévu comme garniture manquait en effet et le docteur décidé à orner convenablement la viande grillée cueillit dans son jardin une botte de fleurs de capucines, les déposa sur un plat avec un morceau de beurre frais, les saupoudra de sel et de poivre, et les arrosa de jus de citron. La cuisinière émerveillée et inquiète à la fois, plaça le bifteck sur ce lit somptueux et le docteur le mangea.

Il le trouva exquis.

La fleur de capucine possède un goût particulier fin et piquant qui ressemble à celui du girofle dont le bouton desséché est employé pour la cuisine. Il y a d’ailleurs belle lurette qu’on mange des fleurs. Les jasmins et les fleurs d’Italie, comme les violettes de Toulouse nous parviennent depuis longtemps sous forme de confiseries exquises et parfumées. Et le choux-fleur, n’est-il pas l’inflorescence d’un végétal cueillie un peu avant son complet développement ?

Dans l’est de la France, le nénuphar jaune sert à la fabrication des confitures, les grappes blanches et parfumées de l’acacia à celle de délicieux beignets et les capucines assaisonnent et égayent la salade dans certaines régions.

Les mangeurs de fleurs appelés « anthopophages » ne sont donc pas nés d’hier. Les mauvaises langues diront qu’il convient de se méfier d’eux car ils sont « anthropophages » sans en avoir l’r. Il convient aussi, dans la consommation des fleurs, de les choisir avec le conseil de l’herboriste. On m’a conté l’histoire d’un vieux grigou qui aimait tant l’argent qu’il eut envie un jour de manger des « boutons d’or ».

Il s’empoisonna.

Tristan Lenoir. « La Revue limousine. » Limoges, 1929.

Fâcheuses pratiques

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On se plaint fort actuellement des fraudes alimentaires. La chose n’est pas nouvelle.

« Les pauvre gens qui fréquentent les foires et les marchés sont souvent trompés et déçus par les paysans portant les denrées gatées ou fraudées,telles que : œufs pourris et couvés, lait écrémé et mouillé, beurre renfermant navets ou pierres… » Il ne s’agit pas  là,  comme on pourrait le croire, de plaintes d’huy ou d’hier, naïvement exprimées par une cuisinière bourgeoise au début du vingtième siècle.Ces paroles sont empruntées à une supplication que les consuls, bourgeois, manants et habitants de la ville d’Ambert présentèrent en 1481 à messire Jacques de Tourzel,  » seigneur d’Allègre, de  Viverois , de Riols et du pays de Livradois, de Saint-Just, de Somelys et autres terres ». Les quatre consuls en charge, « sages et discrets hommes, maîtres Jehan Bonnefoy, Damien Rolle, Benoist Gautier, François Nicolon », exposaient à Jacques de Tourzel les les « cautèles et larcins » qui se commettaient et se perpétraient dans leur ville : « Sans cesse il y a complaints, procès et différends tumultes, noises et débats y sont mus sur et à l’occasion desdits faits, bourgeois et paysans se chamaillant et se pelaudant les uns les autres. » Ils concluaient en le suppliant de mettre fin par d’énergiques mesures à une situation aussi intolérable.

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Jacques de Tourzel n’hésita pas : voulant à toute force « faire quitter de tant fâcheuses, laides et abominables pratiques et punir aigrement du monde si grand délinquant », il « voulut et ordonna » que, dans les trois cas ci-dessous énumérés, telles punitions soient appliquées.

« A tout homme ou femme qui aura vendu lait mouillé, soit mis un entonnoir dedans sa gorge, et ledit lait mouillé entonné, jusques à tant qu’un médecin ou barbier dise qu’il n’en peut, sans danger de mort, avaler davantage.

« Tout homme ou femme qui aura vendu beurre contenant navet, pierre ou autre telle chose, sera saisi et bien curieusement attaché à nostre pilori du Pontel. Puis, sera ledit beurre rudement posé sur sa tête, et laissé là tant que le soleil ne l’aura entièrement fait fondre. Pourront les chiens le venir lécher, et le menu peuple l’oustrager par telles épithètes diffamatoires qu’il lui plaira (sans offense de Dieu, du roi ni d’autre). Et si le temps ne s’y preste et n’est le soleil assez chaud, sera ledit délinquant en telle manière exposé, dans la grand’salle de la geôle,  devant un beau, gros et grand feu, où tout un chacun le pourra venir voir.

« Tout homme ou femme qui aura vendu oeufs pourris ou gâtés, sera pris au corps et exposé sur nostre pilori du Pontel. Seront lesdits oeufs abandonnés aux petits enfants qui, par manière de passe-temps joyeux, s’ébattront à les lui lancer sur le visage ou dessus ses habillements, pour faire rire le monde. Mais ne leur sera permis jeter austres ordures. »

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Les Archives du Puy-de-Dôme, qui possèdent cette curieuse ordonnance, ne nous indiquent malheureusement pas si de pareilles mesures furent suivies d’un effet salutaire.

« Revue du traditionnisme français et étranger. »  Paris, 1910.