Queretaro

Une apparition de l’empereur Maximilien 

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maximilien-1erL’empereur Maximilien, fusillé en 1867 à Queretaro, est apparu dans son château de Miramar au gardien qui le faisait visiter d’ordinaire aux étrangers. Ce dernier avait été au service de Maximilien lorsqu’il n’était encore qu’archiduc et avait conservé un véritable culte pour lui. Le récit qui va suivre est tiré de la Revista de estudios psiquicos

Un jour se présenta au gardien un visiteur qui, d’une voix grave et douce, demanda à entrer au château. Bien qu’il fût déjà tard et que l’heure de visiter fût passée, le guide prit néanmoins ses clefs et fit entrer l’étranger, dont la tête était couverte de façon à cacher presque le visage. Presque rien n’était changé au château depuis la mort de Maximilien. L’étranger traversa le jardin, prenant les chemins les plus courts, comme si tout lui était familier. En entrant dans le palais, l’homme fit tomber son capuchon et découvrit son visage dans lequel deux yeux bleus et clairs attiraient d’abord l’attention. Quelle ressemblance frappante avec un portrait de Maximilien en pied qui se trouvait précisément dans la salle où se tenaient les deux hommes ! Le guide était tremblant, la gorge sèche, incapable de proférer une parole. 

On traversa une série de pièces et on monta un escalier conduisant aux appartements réservés. La nuit tombait rapidement et les fenêtres ne conservaient que quelques reflets des rayons du soleil couchant. L’étranger s’arrêta dans la chambre de Maximilien, se croisa les bras et resta absorbé dans une contemplation douloureuse. Le garde, les yeux irrésistiblement fixés sur lui, était muet de terreur et défaillant. Soudain l’inconnu se dirigea vers un coin de la pièce et dit d’une voix empreinte d’une tristesse poignante :

Cette table n’était pas ici jadis… elle était placée au milieu de la pièce

Alors, le vieux serviteur tomba aux genoux de l’homme et s’écria d’une voix décelant à la fois l’épouvante et la joie :

Majesté ! est-ce vous ? 

Mais l’autre s’éloigna du garde, qui voulait lui baiser les mains, et disparut soudain par une petite porte, qu’on n’ouvrait jamais aux visiteurs. 

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Les ombres tristes

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grotte-miraculeuseLes journaux belges racontent que, depuis quelques semaines, une dame blanche se promène chaque soir sur la lisière des bois du pays de Thuin et, particulièrement, aux environs de l’abbaye d’Aulne. 

C’est peut-être le cas de rappeler que la dame blanche n’a rien de spécial au pays de Thuin. Elle occupe une place prépondérante dans la poésie germanique, mais on la trouve également en Ecosse, en Belgique, en France, jusqu’en Italie. Tout le monde connaît la dame blanche d’Avenel, cette si douce « Meg Merillis » du « Guy Mannering » de Walter Scott, dont Boïeldieu, aidé d’un médiocre livret de Scribe, fit un agréable opéra comique. La Dame blanche de l’hôtel de Cluny, à Paris, est célèbre : la Renaissance y voulut découvrir l’ombre plaintive de Marie Stuart, qui, veuve de François II, avait passé à Cluny le temps de son deuil, un deuil blanc, tel que les reines d’alors le portaient.

De même, l’ancien palais du comte d’Egmont, à Bruxelles, devenu l’hôtel d’Arenberg, possède la dame blanche, visible quand est prochain le trépas de quelqu’un de la  maison. Cardan rapporte, d’une famille noble de Parme, que lorsqu’un de ses membres devait mourir, on voyait toujours une vieille femme aux voiles blancs assise sous la cheminée de la demeure patrimoniale. C’est une Dame blanche encore qui, depuis des siècles, se montre dans les résidences impériales au moment du trépas des membres de la maison d’Autriche : c’est elle qu’on vit à Miramar la veille du jour où l’on allait exécuter l’archiduc Maximilien à Queretaro, et elle fut à la Hofburg lors du drame de Meyerling et de l’assassinat de l’impératrice Elisabeth. 

On pourrait prolonger à l’infini la nomenclature de ces ombres tristes, mais il suffira de rappeler la plus jolie, la plus touchante des histoires de Dames blanches. Elle vient de Flandre et n’est pas très répandue en dehors de son cercle d’origine :

Une pauvre campagnarde était morte en couche. Dès la première nuit après ses funérailles, comme le nouveau-né pleurait, on vit soudain entrer dans la maison en deuil, un fantôme blanc, ayant les traits et la stature, de la morte, qui prit l’enfant dans son berceau, s’assit  avec lui sur une escabelle, le caressa, le baisa au front, lui donna le sein, puis, après l’avoir replacé endormi sur sa couchette, disparut sans qu’on l’eût entendu marcher. Et la même ombre revint chaque nuit, durant des mois, pour faire exactement la même chose, jusqu’au moment où le petit fut assez fort pour être sevré. Alors, elle cessa ses visites. 

Mais la foi en cette légende devait rester tellement solide au cœur des paysans de certaines régions flamandes, que l’on y affirme encore couramment et énergiquement l’inutilité de s’occuper de la nourriture nocturne des poupons dont la mère mourut en les mettant au monde, car celle-ci sortira du tombeau et viendra chaque nuit allaiter son enfant aussi longtemps que ce sera nécessaire. 

Beaucoup de bébés ont souffert et furent victimes de cette croyance naïve, et, certes, jamais personne n’a vu une mère défunte allaiter son enfant. 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1902.