rameaux

Acqua alle corde !

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obelisque

En se plaçant sur l’escalier de Saint-Pierre au Vatican, on a devant soi l’obélisque égyptien, tiré du cirque de Néron. Il a cent vingt-quatre pieds de hauteur, à partir du pavé jusqu’à l’extrémité de la croix dont il est surmonté. On sait que Sixte-Quint fit placer ici cet obélisque en 1586, presqu’un siècle avant la construction de la colonnade. Mais peu de personnes connaissent une anecdote intéressante à laquelle cette opération donna lieu.

Le transport de l’obélisque de l’emplacement où est maintenant la sacristie de Saint-Pierre, et son élévation sur le piédestal eurent lieu sous la direction de Fontana, à l’aide de huit cents hommes, de cent soixante chevaux et de nombreuses mécaniques, et occasionnèrent une dépense de 300.000 francs.

Sixte-Quint s’était fait détailler, par Fontana, les moyens qu’il comptait employer pour élever sans accident, une masse aussi considérable. L’architecte exigeait le plus grand silence, de manière à ce que l’on pût entendre distinctement ses ordres. Sixte-Quint prononça la peine de mort contre le premier spectateur, de quelque rang, de quelque condition qu’il fût qui proférerait un cri.

Le 1o septembre 1586, la place se remplit de bonne heure d’une foule considérable qui connaissait l’édit et avait la ferme résolution d’y obéir. Ce peuple, si sensible aux arts, prenait un vif intérêt à l’opération, et gardait le plus religieux silence. Le travail commence. Un mécanisme admirable, des cordes habilement distribuées et mises en mouvement, soulèvent l’obélisque, le portent comme par enchantement vers la base disposée pour le recevoir. Le pape, qui était présent, encourageait les ouvriers par des signes de tête. On allait atteindre le but. Fontana parlait seul il commandait une dernière manoeuvre tout-à-coup un homme s’écrie du milieu de la foule et d’une voix retentissante

« Acqua alle corde ! (de l’eau aux cordes). »

II s’avance aussitôt et va se livrer aux gardes placés près de l’instrument du supplice dressé sur la place même. Fontana regarde avec attention les cordes, voit qu’effectivement elles sont tendues, qu’elles vont se rompre. Il ordonne qu’on les mouille; à l’instant elles se desserrent, et l’opération s’achève au milieu des applaudissements universels.

Fontana court à l’homme qui avait crié Acqua alle corde, l’embrasse, le conduit au pape, à qui il demande sa grâce. Elle lui est accordée avec une pension considérable, et le lendemain le Saint-Père lui conféra de plus le privilége dont jouit encore sa famille, de fournir les palmes qu’on distribue dans les églises le jour des Rameaux. Une fresque des chambres de la bibliothèque du Vatican représente cette scène extraordinaire.

« Journal d’un voyage en Italie et en Suisse pendant l’année 1828. »  Romain Colomb, Paris, 1833.
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Les étrennes : une coutume qui date de loin

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etrennes...

Il est une heure de la matinée qui, à elle seule, est souvent plus agréable, en hiver surtout, que les vingt-trois autres. C’est l’heure qui suit le réveil. Heureux ceux qui peuvent de temps en temps dérober cette heure à leur travail, et plus heureux ceux qui, tous les jours, dans un bon dodo, ont le doux plaisir de savourer ce moment où l’esprit, frais et dispos, parcourt les régions merveilleuses enfantées par l’imagination.

Malheureusement, à cette époque de l’année, il est bien difficile de jouir en paix de cette heure délicieuse.

Pan ! pan ! pan !
— Qui est là ?
— Le facteur.

A la pensée qu’une lettre chargée arrive peut-être, on se précipite, on ouvre.

  Bonjour, m’sieu.
— Bonjour, mon ami.
— Le facteur vous la souhaite bonne et heureuse, m’sieu, et vient chercher ses étrennes.

Après le facteur ; le charbonnier ; après le charbonnier, un autre, etc., etc.

Pendant vingt-cinq jours, à partir du 15 décembre, tous les matins, on nous la souhaite bonne et heureuse. Ce qui ne nous empêche pas, notez bien, de passer le plus souvent une mauvaise année. Et je ne compte pas les souhaits que nous adressent dans la journée les garçons coiffeurs en vous plaçant devant la légendaire petite corbeille, où les pièces d’argent sont artistement disposées ; pas plus que ceux des garçons de café qui ont un talent particulier pour nous faire payer fort cher de mauvais cigares enrubannés.

Les étrennes sont tellement entrées dans nos moeurs que tous les gens susceptibles d’en recevoir les considèrent aujourd’hui comme une chose due. L’usage des étrennes a toujours existé, et son origine, se perd dans la nuit des temps, Il n’en est pas de même du mot, qui nous vient des Romains. Cette coutume fut introduite à Rome, paraît-il, sous le règne de Tatius Sabinus, qui reçut le premier la verveine du bois sacré de la déesse Strenia, en signe de bon augure de la nouvelle année. Du nom de strenia, on fit strena, qui veut dire étrenne.

A cette époque, on se contentait d’offrir des rameaux cueillis dans le bois sacré ; mais on ne tarda pas à donner des figues, des dattes et du miel, comme pour souhaiter qu’il n’arrivât rien que de doux dans le reste de l’année. Plus tard on. en vint à offrir des médailles et monnaies d’argent, car on s’était aperçu de la naïveté de ceux qui croyaient que le miel était plus doux que l’argent.Sous les empereurs, le peuple, qui n’était pas malin, venait pendant sept ou huit jours souhaiter la bonne année à son maître, et chacun apportait un présent qui servait au tyran, soit à acheter des idoles d’or, soit à payer des courtisanes.

L’empereur Tibère, trouvant qu’il fallait faire trop de dépenses pour prouver au peuple sa reconnaissance par d’autres libéralités, défendit les étrennes passé le premier jour de l’année. Son successeur, Caligula, qui était d’une ladrerie peu commune, en rétablit l’usage, mais se contenta de recevoir sans rien donner en échange, ce qu’on trouvera d’un bon goût douteux.

La mode des étrennes a été conservée dans tous les pays et sous tous les régimes. Cependant, en 1793, un édit eut la prétention de la supprimer en France. Inutile de dire que l’édit tomba dans l’eau.

Cette mode est si bien établie qu’il faut avoir une bonne, dose d’avarice ou d’énergie pour encourir les sarcasmes que les désappointés font   pleuvoir sur ceux qui ne donnent rien. Exemple, le quatrain suivant qui eut sa célébrité :

Ci-gît, dessous ce marbre blanc,
Le plus avare homme de Rennes ;
S’il est mort la veille de l’an,
C’est pour ne pas donner d’étrennes.

Le fameux cardinal Dubois, qui était très avare, comme on sait, voulant une fois se soustraire à la règle, répondit, à son maître d’hôtel qui lui demandait ses étrennes :

« Je vous donne tout ce que vous m’avez volé dans le courant de l’année. »

On ne trouverait pas beaucoup de serviteurs aujourd’hui capables de se contenter de ce raisonnement.

En Chine, comme en Europe, les étrennes sont en honneur. En Angleterre, on s’y prépare dès la Noël (christmas), en mangeant des quantités incommensurables de boudins. Au Japon, les choses se passent d’une façon assez drôle. Voici ce que dit M. Aimé Humbert à ce sujet :

« L’épouse a déposé sur les nattes du salon les étrennes qu’elle offre à son mari. Aussitôt qu’il se présente, elle se prosterne à trois reprises, puis, se relevant à demi, elle lui adresse son compliment, le corps penché en avant et appuyé sur les poignets et sur les paumes de ses mains, dont les doigts restent allongés dans la direction des genoux. La pose n’est pas des plus gracieuses, mais ainsi le veut la civilité japonaise. L’époux, de son côté, s’accroupit en face de sa compagne, les mains pendantes sur les genoux jusqu’à toucher le sol du bout de ses doigts, inclinant légèrement la tête, comme pour prêter d’autant mieux l’oreille. Il témoigne de temps en temps son approbation par quelques sons gutturaux entrecoupés d’un long soupir ou d’un sifflement étouffé. Madame ayant fini, à son tour, il prend la parole et, de part et d’autre, on échange solennellement les cadeaux. »

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1887.