récompense

Plus fort qu’Harpagon

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picsou

Ce rentier de Lille qui avait oublié une somme de 90.000 francs dans un tramway, offrit une pièce de quarante sous à l’honnête employé lui rapportant celle fortune.

Le commissaire de police ouvrit une enquête et apprit que cet avare, titulaire d’un gros compte en banque, recevait des secours du bureau de bienfaisance ! Bien entendu, il sera rayé des listes de nécessiteux. Mais le brave employé né touchera pas pour cela plus que les quarante sous qui lui ont été offerts.

Ce qui prouve la nécessité d’une taxe obligatoire, proportionnelle à la valeur de l’objet trouvé, fonctionnant au bénéfice de celui qui le restitue. Allons, messieurs les parlementaires, qui en prendra l’initiative ?

« Les Potins de Paris : politiques, financiers, théâtraux. » Paris, 1929.
Illustration : « Picsou. »  ©Walt Disney.
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Le dernier pigeon voyageur

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Expédié lors du siège, l’héroïque oiseau parvint à destination malgré gaz et obus. L’exposition d’Aviculture du Grand Palais a permis d’admirer et de récompenser les pigeons militaires du colombier de Verdun.

Combien émouvant le dernier message du commandant Raynal expédié au cours de la bataille, le 4 Juin de l’année 1916 à 11 h, 30, quelques heures avant la fin de l’héroïque défense du fort de Vaux.

pigeon

« Mon dernier pigeon » ajoutait le commandant, et malgré les difficultés énormes et la mitraille, fortement intoxiqué, blessé, presque mourant, l’oiseau fidèle parvint au colombier.

« Le Miroir : publication hebdomadaire. »  Paris, 1920.

Palmes et rubans

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On les a distribués les rubans violets par milliers, lors du 14 juillet, mais assez honnêtement. Il faut reconnaître que l’administration, cette année, a réagi contre la facilité déplorable avec laquelle on distribuait les palmes, et dont voici un exemple :

A Nîmes, M. Gaston Doumergue fit accorder un jour les palmes au gardien du Jardin de La Fontaine, parce que celui-ci se plaignait de ne pas les avoir.

Comment ! s’écria M. Doumergue quand il connut le désir de cet excellent homme, j’ai été cinq fois Ministre de l’Instruction publique et il y a encore des Nîmois qui n’ont pas les palmes ? Ce n’est pas admissible ! Vite, qu’on les donne au gardien de La Fontaine.

Souhaitons que si l’on met bon ordre au gaspillage des palmes académiques, on veille aussi au respect dû à la Légion d’honneur. On jase fort, à ce propos, de la déception d’un poète qui usa en vain de ses relations à la préfecture et à la mairie, paraît-il, pour avoir un ruban rouge au titre « Régionalisme…. » Il y a des gens qui ont tous les toupets !…

Nous espérons bien que l’ opinion publique dénoncera ces petites intrigues. La mendicité est interdite. Il ne suffit pas de s’être fait nommer par un groupe d’amis président de quelque petit club ou d’avoir montré (dans un dessein bien personnel) une vague activité lyrique, pour mériter ce que d’autres ont acquis par leur génie, leur dévouement ou leur courage.

Si l’on veut honorer le Régionalisme en Limousin, qu’on décore Jean Nesmy, qui vient d’être couronné par l’Académie française; qu’on décore René Farnier, véritable artisan de la renaissance du terroir.

Ceux-là d’abord. On verra plus tard, pour les mendiants…

« La Revue limousine. » Limoges, 1926.

Le salaire de Martin

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Edwin Lord
Edwin Lord

Le Magasin pittoresque racontait en 1853, les prouesses d’un éléphant très célèbre au XVIème siècle sur les côtes du Malabar, et qui avait nom Martin. Martin était attaché au service de la forteresse que les Portugais avaient fondée à Cochin. Sitôt sa besogne faite à t’intérieur de la forteresse, il se rendait sur la place, où il ne tardait pas à être chargé d’innombrables commissions dont il s’acquittait avec une parfaite exactitude, vu qu’il n’y avait pas une seule rue de la ville qu’il ne connût parfaitement.

Après avoir transporté les fardeaux dont la confiance publique le chargeait, l’intelligent quadrupède venait réclamer la récompense qu’il avait si bien gagnée; sa trompe lui servait de coffre-fort et il s’empressait d’en verser le contenu devant les boutiques des boulangers et des fruitiers.

Nul ne s’avisait dans Cochin de tricher avec le loyal quadrupède; la chose advint un jour cependant, et mal en prit à celui qui fit cette mauvaise action. Martin l’éléphant avait été chargé par un agent portugais de porter une pipe de vin. Le vin rendu sur place, le salaire avait été demandé avec le mouvement de trompe bien connu de ceux qui employaient Martin. Mais l’Européen mal avisé le lui avait dénié, sous l’étrange prétexte que, faisant partie lui-même du personnel de la forteresse, il pouvait se servir gratis des éléphants du roi.

Martin dut se passer de cannes à sucre, et de petits pains à croûte dorée; mais lorsqu’il eut bien compris qu’on se jouait outrageusement de sa bonne foi, il alla chercher le mauvais payeur jusque dans son habitation, et ne pouvant pénétrer dans le réduit où celui-ci s’était caché, il enlaça avec sa trompe la pipe de vin, et sans se laisser allécher par le bouquet du porto ou du carcadellos, il la lança en l’air et inonda le sol de sa précieuse liqueur.

A quelque temps de là, Martin fut requis par son cornac de mettre à la mer une galère d’assez grande dimension; mais Martin était malade, et cette fois il refusa ce service qu’il avait rendu en mainte occasion. Force fut alors au commandant de la forteresse, d’emprunter au roi de Cochin un de ses éléphants. Lorsque le formidable animal fut en présence de Martin, le cornac de ce dernier lui adressa une de ces semonces qui se renouvellent perpétuellement dans l’Inde, et qui établissent entre l’animal et son conducteur une sorte de solidarité intellectuelle que nul Hindou, ne songe à mettre en doute. Il lui représenta en termes énergiques combien il était honteux pour lui qu’un éléphant qui avait l’honneur d’appartenir à un roi redouté, se laissât vaincre en courage et en bonne volonté par le serviteur d’un petit souverain.

En présence de son rival, Martin parut si bien comprendre la harangue, qu’il fit un suprême effort et mit la galère à l’eau.

La tranche de lard

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couple anglaisIl existe à Dunmou, dans le comté d’Essex, un usage, en vertu duquel on accorde une forte tranche de lard à tous les gens mariés, qui viennent attester sur la foi du serment, qu’il ne s’est élevé, dans leur ménage, aucune dispute, pendant un an et un jour.

Un jeune couple, qui était uni par les liens de l’hyménée, depuis le temps prescrit par la loi, vint se présenter pour recevoir le présent ordonné. Après les questions d’usage, on leur demanda où ils voulaient mettre leur lard:

— Dans ce sac, répondit le mari.
— Mais il est trop petit, reprit l’agent chargé de la distributions des présents. 
— C’est ce que j’ai dit à mon homme ce matin, répliqua la femme. Nous avons eu, à ce sujet, une querelle de deux heures, et il n’a jamais voulu céder.
— Est-ce comme cela que vous vous accordez ensemble, répliqua le distributeur ? allons, allons , vous n’aurez pas de présent, et en même-temps il accrocha son lard au plancher.

Encyclopédie comique, ou Recueil anglais de gaietés.  Théodore-Pierre Bertin, Paris, 1790-1801.