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L’orthographe

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alexandre-dumasA propos du continuel débat sur la  réforme de l’orthographe, rappelons un un mot d’Alexandre Dumas (père). 

 J’ai, dit-il un jour, une cuisinière, qui a réalisé ce miracle d’écrire son prénom Sophie, sans employer une seule des lettres qui le composent.
Pas possible ! se récrièrent les auditeurs.
Mais rien n’est plus vrai. Elle l’écrit Çaufy.

C’était l’écriture phonétique. La bonne femme avait résolu le problème de la réforme orthographique.

La réforme du calendrier en Angleterre

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On sait que la réforme du calendrier, dite réforme grégorienne, se fit en l’année 1582, en retranchant dix jours du mois d’octobre. Plusieurs Etats répudièrent d’abord cette modification , bien qu’elle fût très rationnelle; et notamment les Etats protestants, car, remarque finement un savant, « il valait mieux pour eux ne pas être d’accord avec le soleil que de l’être avec la cour de Rome ».

Les Anglais tout naturellement furent du nombre des dissidents, et, en 1751, alors que toute l’Europe occidentale, même dans ses parties protestantes, suivait le calendrier Grégorien dont l’année commençait le 1er janvier, ils suivaient encore le calendrier Julien, et avaient gardé la vieille coutume de commencer leur année au 25 mars, ce qui rendait assez confuses leurs fréquentes relations avec les autres peuples. En 1751 donc, lord Chesterfield, alors premier ministre, proposa au Parlement un bill d’acceptation du calendrier Grégorien et de l’ordre de datation usuelle chez les autres peuples.

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Le bill fut voté, en conséquence duquel l’année 1751, qui avait commencé le 25 mars pour finir au suivant 25 mars, ne s’acheva pas, car, dès le 1er janvier, par ordre royal, on compta 1752. Si bien que l’année 1751 se trouva frustrée de 2 mois et 24 jours, qui auraient dû lui appartenir. Aussi le lord promoteur de cette réforme eut-il mainte fois maille à partir avec le populaire, qui, sitôt qu’il se montrait en public, le poursuivait, le menaçait en criant : « Rendez-nous nos trois mois ! »

« On se serait peut-être résigné, dit Arago, à perdre les onze jours, qui furent en outre supprimés en septembre 1752; mais peu de personnes consentaient, même quand tout disait que c’était une simple apparence, à vieillir subitement de trois mois entiers. »

 » Musée des familles. »  Paris, 1896.

L’opinion d’un poète sur la réforme de l’orthographe

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Sully-Prudhomme

Voici l’opinion de M. Sully Prudhomme, au sujet de la réforme de l’orthographe :

La question s’explique par les besoins nouveaux de notre pays. Pour faciliter les relations d’intelligences vouées au commerce et à l’industrie, on propose la simplification de l’orthographe. Il va de soi qu’une pareille tentative ne vise qu’un but pratique.

Mais il y a l’esthétique qu’on oublie. Depuis l’invention de l’imprimerie, l’habitude des yeux a fait de chaque mot une image, aujourd’hui, chaque mot est un visage, un visage familier. Et si, par économie, on décrète la suppression des doubles lettres, le mot, de cette sorte mutilé, devient borgne. Le dictionnaire ne tardera pas ainsi à se transformer en une véritable cour des miracles. Le regard des lettrés sera déconcerté et ne reconnaîtra plus ses anciens amis dans ces éclopés.

Mais l’intérêt général peut imposer le sacrifice d’une habitude aristocratique; au surplus, les nouvelles générations n’auront pas à souffrir de ces mutilations. Et si, décidément, le monde doit se transformer moralement et devenir un vaste foyer consacré à l’échange, il est naturel qu’une infime portion de l’espèce humaine soit sacrifiée à la prospérité financière et au progrès matériel d’une immense majorité.

« Gazette Française. »  Paris, 1905.

Réforme de l’orthographe

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La question de la réforme de l’orthographe a pris une certaine importance depuis quelque temps. L’un des promoteurs les plus actifs de cette réforme est certainement M. Barès qui y consacre depuis nombre d’années son temps et son argent. Voulant donner une forme pratique aux principes qu’il défend, M. Barès a fait une grammaire résumant les règles qui lui paraissent devoir constituer la structure de notre idiome écrit et parlé.

On le voit, c’est une révolution ayant pour conséquence la transformation de notre langue, révolution qui ferait que nos enfants liraient difficilement Racine, Bossuet, Victor Hugo et Lamartine. Tout en reconnaissant qu’avec les siècles une langue se modifie et que la nôtre peut être simplifiée, et tout en admirant la persévérance avec laquelle M. Barès poursuit la campagne qu’il a commencée, nous pensons que les lettrés conserveront longtemps encore une forme de langage qui a produit tant de chefs-d’œuvre.

La simplification de l’orthographe sera l’œuvre du temps et nous ne pensons même pas que le décret de M. Leygues puisse en hâter l’accomplissement.

« La Revue scientifique du Limousin. »  Musée national Adrien Dubouché, Limoges, 1899. 
Illustration : Benjamin Rabier. 

Titre bien conservé

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Henry-VIII

On sait que le roi Henri VIII d’Angleterre, lors des premiers mouvements de la réforme religieuse, écrivit de la façon la plus énergique contre Luther, ce qui fut cause que le pape lui décerna le titre de défenseur de la foi, titre dont ce prince était très glorieux.

Patels, son fou de cour, disait à ce monarque :

« Eh ! mon cher Henri, tâchons de nous défendre et laissons la foi se défendre toute seule ! »

Or le défenseur de la foi, mécontent de l’opposition que le Saint Père faisait à ses idées de divorce, rompit bientôt avec Rome, et déclara le schisme dit anglican, qui subsiste encore.

Mais, détail singulier, il ne renonça pas pour cela au titre que lui avait conféré le chef de l’Eglise romaine, et que ses successeurs ont tous continué à porter depuis. On peut, en effet, voir encore de nos jours, dans l’exergue des monnaies anglaises, le nom de la reine Victoria, suivi des deux lettres F. D, qui signifient Fidei defensor.

« Musée des familles. »  Ch. Delagrave, Paris, 1897.

Une cérémonie qui disparait

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couple-alsacienIl y a quelques jours, M. Emile Labiche, rapporteur de la commission chargée d’examiner le projet de réforme de la loi relative au divorce, a déposé son rapport sur le bureau du Sénat. Parmi les réformes contenues dans ce projet, il y a lieu de signaler celle relative à la suppression de la « cérémonie de la consécration du divorce ».

On sait, en effet, que, depuis le jour où M. Naquet a fait réintégrer dans le Code cette mesure libératrice, on avait rétabli, en même temps, certains articles de la loi de l’an IX, et notamment celui relatif à la consécration.

Dans les deux mois qui suivaient le jugement, l’époux au bénéfice duquel il avait été prononcé devait appeler son conjoint devant l’officier de l’état civil de l’arrondissement habité par lui et là, en présence de quatre témoins, le maire « consacrait » le divorce.

Si cette suprême formalité était négligée, la sentence prononcée par le tribunal devenait nulle et les époux, pour se séparer de nouveau, devaient invoquer des motifs autres que ceux qu’ils avaient présentés lors du premier procès !

Cependant, si la formalité n’était pas omise, savez-vous ce qui se passait la plupart du temps ? L’époux condamné (n’y étant pas obligé)  ne se présentait pas; mais la « cérémonie » s’accomplissait quand, même avec l’assistance du marchand de vin et du commissionnaire du coin, qu’on allait requérir pour remplacer les deux témoins de la partie absente.

Dans les cas de séparation pour incompatibilité d’humeur, les deux époux, étaient présents, mais, trop souvent, hélas! ils mettaient largement à profit leur dernière entrevue pour se dire des choses fort désagréables, sans se soucier de la présence du maire, qui devait présider quand même à cette prise de bec in extremis.

Pour les adultères, c’était bien autre chose ! Neuf fois sur dix le mari voyait arriver son ex-épouse, pimpante et railleuse au bras du « motif » du divorce. Aussi, souvent la vue de l’écharpe tricolore n’en imposait pas assez au mari, qui tombait à coups de poing sur le « malheur de sa vie » ! Et le maire présidait toujours !

Si on réfléchit que cette « cérémonie » avait lieu dans la salle des mariages, où quelquefois un ou plusieurs couples futurs, flanqués de leurs parents et amis, attendaient que l’officier de l’état civil eût terminé pour procéder à leur mariage, on n’a pas de peine à apercevoir les inconvénients de ce qu’on appelle pompeusement la « cérémonie de la consécration du divorce ».

Aussi est-ce en considération de ces faits que la cérémonie de la consécration du divorce va probablement disparaître. On se contentera d’envoyer à la mairie la signification du jugement; l’officier de l’état civil procédera simplement à l’enregistrement du divorce en marge de l’acte de mariage, et les « disjoints » n’auront plus à redouter une entrevue pénible.

Et dire qu’on avait institué la « cérémonie » en question comme tentative suprême de réconciliation !

La Revue des journaux et des livres.   Edmond Roland, Paris,1885.