Régie du tabac

Tabac à priser

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La fraude et la falsification sont toujours là quand il manque un fait divers. Elles ne chôment jamais.

Un nommé Bailleur, récidiviste dangereux, était traduit devant le tribunal correctionnel de Rouen, qui l’a condamné à huit mois de prison et 300 francs de dommages-intérêts à verser à la régie, pour avoir mis en vente certain tabac à priser, ou plutôt une poudre quelconque, dont il a ainsi donné la formule au président : 

Je mets trois quarts de tan en poudre, un quart de poudre de tranches de pommes grillées. J’arrose le tout d’eau mélangée d’ammoniaque pour donner du piquant, et je parfume avec de l’essence de géranium.

Mais interroge M. le président Halay, il n’y avait donc pas du tout de tabac ?

Pas un grain, je vous l’assure !

On peut même se demander si ce contrefacteur était passible des peines édictées contre ceux qui attentent aux monopoles de l’Etat. En somme il ne vendait pas de tabac. Et s’il plaît à certains de se fourrer dans le nez de la vieille sciure de bois, la Régie n’a rien à y voir.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.
Illustration : Joseph Jacobs.