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La barbe

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Reportons-nous de quelques milliers d’années en arrière. Au moment où l’homme sortait de l’animalité, moment bien solennel, il n’avait pas de barbe. Il n’avait pas de barbe pour cette simple raison que son corps était uniformément couvert de poils. Pour qu’une barbe soit une chose bien définie, il faut qu’elle ait des frontières. Si tout est barbe, rien n’est barbe.

Je ne suis pas très ferré sur la préhistoire : mais tout me porte à croire que, durant des millénaires, les poils humains tombèrent comme des mouches. Le fait est qu’il y a de vieilles statues grecques qui sont sans poils. Autrement, dit, ces statues représentent de jeunes hommes et de jeunes femmes imberbes. Mais, aujourd’hui, on rencontre encore beaucoup d hommes barbus. Et ce simple fait doit déjà nous rendre prudents : le problème de la barbe est sans doute plus complexe qu’on ne le suppose. La barbe a eu peut-être des périodes de décadence et des périodes de recrudescence.

Pour les journalistes, dignes de ce nom, les barbes, comme les bottes, sont avant tout des choses qui font penser. Le problème de la barbe se rattache à tous les autres problèmes. Contentons-nous de l’étudier oh ! très brièvement au triple point de vue de l’âge, du sexe et de la religion.

Le nouveau né n’est jamais barbu. Et pourtant, il est plus fragile que l’adulte. La barbe n’est donc ni un vêtement,ni une cuirasse. Peut-être la Nature a-telle compris que les nourrices seraient intimidées par les barbes précoces de leurs nourrissons.

Aujourd’hui, la barbe est l’attribut de l’homme. La femme à barbe se raréfie de plus en plus. Mais il fut un temps où, pareille à toutes ses compagnes, elle devait ne pas attirer l’attention des badauds. Pourquoi le menton féminin s’est-il peu à peu différencié du menton masculin ? Je n’en sais rien. Il est d’ailleurs bon que la mère de famille, toujours penchée sur ses casseroles, ait l’habitude de porter la barbe derrière la tête. 

Les lois de la nature sont partout les mêmes. Partout l’homme doit détendre son jardin contre l’envahissement des mauvaises herbe. Cela n’empêche pas qu’il y a des peuples à barbes et des peuples à mentons glabres. C’est que tous les peuples ne sont pas également religieux. L’homme respectueux qui s’interdit de rien changer à l’ordre universel, laisse pousser sa barbe. Se raser est le fait d’un individu que s’affranchit, qui se permet de corriger l’oeuvre du Créateur. Je me hâte de dire que, dans sa lutte contre la nature, cet audacieux finira par être vaincu. Pendant cinquante ans, il repoussera les attaques de l’adversaire. mais un jour le rasoir lui tombera des mains. Et il entrera dans l’Au-delà avec une barbe de quarante huit heures.

Aujourd’hui, le problème de la barbe se présente sous un aspect nouveau. Les hommes qui se rasent se comptent par centaines de millions. Que notre contemporain soit barbu, ou qu’il ne le soit pas, c’est qu’il l’a bien voulu. Qu’est-ce qui explique son choix ? Là est la question. 

On a défini Tristan Bernard :  » Une barbe derrière laquelle il se passe quelque chose ». Hélas ! nos concitoyens barbus ne ressemblent généralement pas à Tristan Bernard : ce sont des barbes derrière lesquelles il ne se passe rien du tout. Très longtemps, j’ai vu dans la belle barbe de certains quinquagénaires le signe de la sagesse, et il m arrive encore de prendre au sérieux, lorsqu’il a une barbe, le monsieur qui, dans un café, lit gravement son journal en face de moi.Mais, le plus souvent, s’il a le malheur d’ouvrir la bouche, je reconnais mon erreur. Les barbes sont des décorations qui ne prouvent rien.

Il y a des barbes majestueuses derrière lesquelles se cache une mâchoire trop forte, ou bien un menton tout-à-fait insuffisant. L’homme barbu ne se montre pas tel qu’il est…

Fred. « Le Madécasse. » Tananarive, 1932.

 

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Le culte des morts chez les sauvages des temps  anciens et modernes

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hindous-culte-des-mortsLes Bretons, les Hibernois (Irlandais aujourd’hui) quoique élevés dans la religion des druides, mangeaient leurs morts.

Les habitants du Pont, les Massagètes, les Derbyces faisaient comme eux. Ces derniers, habitants de la Scythie asiatique, adoraient, on le sait, le soleil. Ils égorgeaient leurs septuagénaires, et dans leurs familles on mangeait les parents qui succombaient à une mort subite ou violente. Les Hircaniens n’enterraient les femmes que parce qu’ils les croyaient indignes d’avoir leur ventre mâle comme sépulture. Au Venezuela, en Amérique, on faisait rôtir les morts : puis on les découpait, on les pilait, et quand ils étaient réduits en bouillie, on les délayait dans du vin que l’on buvait religieusement.

Les Capanoguas d’aujourd’hui font également rôtir leurs morts, puis ils les mangent, dans la persuasion qu’ils ne sauraient mieux les honorer. Dans les îles Baléares, les habitants mettaient les corps en morceaux et les renfermaient ensuite dans une cruche qu’ils enterraient. Les Parthes, les Mèdes, les Barcéens, les Taxiles, les Hériens, tous les peuples de l’Asie, conquis par Alexandre le Grand, transportaient leurs morts au milieu des champs, des bois, des forêts, et ils les abandonnaient aux bêtes sauvages et aux oiseaux de proie. Ils attachaient aussi à des branches d’arbres les parents arrivés à une vieillesse décrépite et les laissaient expirer sans secours.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1885.  

Le bonhomme de religion

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On racontait au Moyen Âge que des personnages, portés à la vie contemplative, étaient si profondément séduits par le charme de la forêt, qu’ils y restaient pendant des années, parfois pendant des siècles, sans se souvenir qu’il existait un monde extérieur et que le temps s’écoulait.

Maurice de Sully rapporte qu’un bonhomme de religion, ayant prié Dieu de lui faire voir telle chose qui pût lui donner une idée de la grande joie et de la grande douceur qu’il réserve à ceux qu’il aime, Notre-Seigneur lui envoya un ange en semblance d’oiseau. Le moine fixa ses pensées sur la beauté de son plumage, tant et si bien qu’il oublia tout ce qu’il avait derrière lui. Il se leva pour saisir l’oiseau, mais chaque fois qu’il venait près de lui, l’oiseau s’envolait un peu plus en arrière, et il l’entraîna après lui, tant et si bien qu’il lui fut avis qu’il était dans un beau bois, hors de son abbaye. Le bonhomme se laissa aller à écouter le doux chant de l’oiseau et à le contempler. Tout à coup, croyant entendre sonner midi, il rentra en lui-même et s’aperçut qu’il avait oublié ses heures.

Il s’achemina vers son abbaye, mais il ne la reconnut point. Tout lui semblait changé. Il appelle le portier, qui ne le remet pas et lui demande qui il est. Il répond qu’il est moine de céans, et qu’il veut rentrer.

— Vous, dit le portier, vous n’êtes pas moine de céans, oncques ne vous ai vu. Et si vous en êtes, quand donc en êtes-vous sorti ?
— Aujourd’hui, au matin, répond le moine.
— De céans, dit le portier, nul moine n’est sorti ce matin.

Alors le bonhomme demande un autre portier, il demande l’abbé, il demande le prieur. Ils arrivent tous, et il ne les reconnaît pas, ni eux ne le  reconnaissent. Dans sa stupeur, il leur nomme les moines dont il se souvient.

— Beau sire, répondent-ils, tous ceux-là sont morts, il y a trois cents ans passés. Or rappelez-vous où vous avez été, d’où vous venez, et ce que vous demandez.

Alors enfin le bonhomme s’aperçut de la merveille que Dieu lui avait faite, et sentit combien le temps devait paraître court aux hôtes du Paradis.

Paul Sébillot. «  Le folk-Lore de la France. Le ciel et la terre. » Paris, 1904.
Peinture de Charles-François Daubigny.

Obscurantisme

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La propagande quand même ! Il y a dans une petite ville du Kansas une école qui n’a pas d’élèves.

Chaque matin la maîtresse se tient prête, devant les bancs vides, à faire son cours. Il faut dire que l’école est protestante et que tous les enfants de la ville sont catholiques.

« L’Avenir du Cantal. Supplément illustré du dimanche. »  Aurillac, 1902.

La bouillie des chanoines

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Un fait assez singulier se passait, le mardi de Pâques de chaque année, dans la ville de Rennes. Madame Barreau, ci-devant de Girac, est abbesse de Saint Georges, communauté située dans ladite Ville.

Cette abbaye a, de temps immémorial, le droit suivant sur les chanoines de la cathédrale. Ils sont obligés de venir processionnellement chanter la grande messe le mardi de Pâques à l’abbaye, sous peine d’une amende considérable. Mais en revanche, l’abbesse est obligée, après la cérémonie, de faire entrer dans une des cours de l’intérieur du couvent, chanoines, dignitaires, bas-choeur, musiciens, chantres etc., et là, de leur donner une ample ration de bouillie et de sucre. Ce qu’il y a de plus original, c’est que la bouillie doit être urcée  (c’est-à-dite un peu brûlée), ce que le grand chantre vérifie, en trempant son index dans le grand bassin. Après l’examen du gourmet, les religieuses distribuent la bouillie à chacun des assistants, et se rangent debout d’un côté, tandis que ceux-ci sont occupés à manger de l’autre.

La cérémonie faite, les chanoines s’en retournent, dans le même ordre qu’ils sont venus , avec la seule différence que beaucoup de ces messieurs emportent chez eux des écuelles pleines de bouillie, de manière que d’une main, ils tiennent l’aumusse et le basson, et de l’autre, leur bouillie.

J’atteste la vérité de ce fait, comme témoin oculaire, car, voulant m’en assurer l’année dernière, je trouvai le moyen de me faufiler avec quelques amis, tandis que le chapitre entrait. Notre dessein était d’enlever la bouillie de ces messieurs, et de la porter aux Ecoles de droit. Mais comme nous n’étions que trois, nous ne pûmes exécuter ce projer. Nous nous contentâmes d’assister au repas auquel deux de nous prirent part, en se faisant passer pour musiciens.

Il est étonnant que des droits pareils aient subsistés dans le dix-huitième siècle. Mais depuis la suppression des chanoines, le repas n’aura plus lieu, faute de convives.

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon. »  Paris, 1792.
Illustration : damien chavanat.

Origine des oeufs de Pâques

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L’historien Ælius Lampridius dit que le jour de la naissance de Marc-Aurèle Sévère, une des poules de la mère de ce prince avait pondu un œuf dont la coquille était couverte presque entièrement de taches rougeâtres. Cette princesse fut frappée de cette particularité, et elle s’empressa d’aller en demander la signification à un devin renommé.

Celui-ci, après avoir examiné la coquille de l’œuf, répondit que cette nuance annonçait que l’enfant nouveau-né serait un jour empereur des Romains. Pour ne pas exposer son fils à des persécutions, la mère garda son secret jusqu’en 224, année dans laquelle Marc-Aurèle fut proclamé empereur.

Depuis ce moment, les Romains contractèrent l’habitude de s’offrir des œufs dont la coquille était revêtue de différentes couleurs, comme souhait d’une bonne fortune.

Les chrétiens sanctifièrent cette coutume et y attachèrent une pensée de foi. En distribuant des œufs dans le temps pascal, ils se souhaitaient mutuellement une royauté, celle de triompher de leurs penchants, et, à l’exemple de Jésus-Christ, de régner sur le monde et sur le péché. Les œufs de Pâques avaient donc pour but de rappeler à ceux auxquels ils étaient offerts, que, comme Marc-Aurèle, ils étaient appelés à régner, et que, dès lors, ils devaient s’y préparer.

Le jour de Pâques, à la cathédrale d’Angers, deux ecclésiastiques sous le nom de corbeilliers se rendaient après Matines à la sacristie, prenaient l’amict sur la tête, la barrette sur l’amict, se revêtaient de l’aube, de gants brodés, de la ceinture et de la dalmatique blanches, puis sans manipule et sans étole , ils se dirigeaient vers le tombeau. Là chacun d’eux prenait un bassin, sur lequel reposait un œuf d’autruche, couvert d’étoffe blanche, puis se rendait au trône de l’évêque. Le plus âgé des deux s’approchait de l’oreille droite de l’évêque, et en lui présentant le bassin contenant l’œuf d’autruche, disait tout bas, d’un air mystérieux : Surrexit Dominus, alleluia ! Le Seigneur est ressuscité, alléluia ! L’évêque répondait : Deo gratias, alléluia ! Grâces à Dieu, alleluia ! Le deuxième  faisait la même chose du côté gauche. Puis, chacun d’eux parcourait tous les rangs des ecclésiastiques, l’un à droite, l’autre à gauche, en commençant par les plus dignes, répétant la même parole et recevant la même réponse. Les œufs étaient ensuite reportés à la sacristie sur les bassins.

Ces œufs annonçaient la royauté de Jésus-Christ, le commencement de son règne fondé sur sa résurrection. L’œuf de l’autruche avait paru symboliser plus qu’aucun autre la résurrection spontanée de Jésus-Christ, puisque, abandonné à lui-même, il éclot sous l’influence seule du climat brûlant des déserts. Le petit, pour sortir vivant de la coquille qui le retient captif, n’a besoin du secours ni de son père, ni de sa mère, mais il sort triomphant par sa propre puissance.

Dans un certain nombre d’églises, on remarque des œufs d’autruche suspendus devant l’autel principal, comme souvenir de la résurrection de Jésus-Christ, base et fondement de la religion catholique. Dans quelques autres, les œufs d’autruche remplacent le gland placé ordinairement au-dessous de la lampe qui brûle jour et nuit devant le Saint-Sacrement, touchant symbole de ces paroles : « Christus surrexit,jam non moritur. Le Christ est ressuscité, il ne meurt plus, et il répand la lumière, l’onction et la force maintenant et dans les siècles des siècles. »

« Les Veillées chrétiennes.L’abbé Vincelot, Essais étymologiques sur l’ornithologie. » Paris, 1865.

L’éducation d’un prince

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Prince-héritier-Alexandre-de-Serbie

Les princes savent tout et sont parfaits en tout, chacun sait çà. Le jeune roi Alexandre de Serbie, tout jeune qu’il est encore (il n’a  que 15 ans), est déjà arrivé à cet état de perfection idéale et royale. En effet le Journal officiel de Belgrade vient de publier la note ci-après, laquelle ne laisse aucun doute à ce sujet :

S. M. le roi Alexandre a été examiné le 20 juin sur les matières suivantes : religion, géométrie, algèbre, physique, chimie, science des armes, histoire serbe, tactique, histoire universelle, langue latine, langue allemande, langue française, langue anglaise. Sa Majesté a mérité dans toutes les questions la note parfaitement bien.

Étaient présents : MM. les régents du royaume, S. S. le métropolite, M. le président du Conseil, le ministre de la guerre, le président du Conseil d’État, le ministre de l’instruction publique et le gouverneur de Sa Majesté.

Cela ne rappelle-t-il pas le Pancrace du Mariage forcé de Molière, lequel Pancrace  possède « superlative » fables, mythologie et histoire; grammaire, poésie, rhétorique, dialectique et sophistique; mathématiques, arithmétique, optique, onirocritique, physique et métaphysique, etc. ?

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.