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Remords de Cauchon

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Le 18 décembre 1442, alors que, de passage à Rouen, il se rasait, l’évêque Cauchon, juge de Jeanne d’Arc, mourut subitement.

Où avait-il été enterré ? Dans la chapelle Jeanne d’Arc (Cathédrale de Lisieux) que, poursuivi par le remords, assurait-on, il avait fait construire à Lisieux ? Mais on n’avait de cela aucune certitude.

Pour mettre d’accord les historiens, on a ouvert, dans cette chapelle, au pied d’un pilier portant les armes du juge de triste mémoire, un tombeau clos depuis cinq siècles. Une crosse d’ivoire est apparue, posée sur un cercueil recouvert d’une chape de plomb, et reposant sur deux barres de fer. 

Les bras étaient croisés sur la poitrine, le tête légèrement penchée à gauche. Les os étaient nus. Derrière le crâne il y avait encore des touffes de cheveux, blonds et fins. On est maintenant certain qu’il s’agit bien du corps de l’évêque Cauchon.

Les ossements ont été remis dans l’enveloppe de plomb, puis replacés dans le tombeau.

« Chantecler. » Tananarive, 1931.
Illustration : https://www.la-nrh.fr/2010/11/pierre-cauchon-comment-on-devient-le-juge-de-jeanne-darc/

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Rebuffade

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Combien avons-nous perdu d’oeuvres charmantes ou admirables parce que les rebuffades du début ont lassé des artistes trop nerveux ! 

Berlioz, un jour, recevait la visite d’un musicien inconnu qui lui apportait une partition. La chose lui ayant paru déplorable, il congédia le visiteur.  Puis, tout à coup, comme celui-ci descendait l’escalier, pris d’un remords soudain, il s’élance sur le carré et, se penchant sur la rampe :

Monsieur !… monsieur !…

L’autre s’arrête dans la descente et lève le nez en l’air.

Monsieur… vous savez… c’est peut-être moi qui suis dans mon tort. D’autres ont été assez bêtes pour ne pas me comprendre. Je suis peut-être aussi bête qu’eux en ne vous comprenant pas.

Et il referma sa porte avec la satisfaction de l’homme qui vient de soulager sa conscience d’un grand poids.

« Courrier de l’art. » Paris, 1884.
Illustration : détail d’une photo de Norman Kyr

Anne Boleyn et le bourreau des coeurs

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Anne-Boleyn

Henri VIII est un atroce Barbe-Bleue qui a fait tour à tour le malheur de six femmes. Deux d’entre elles sont mortes sur l’échafaud.

Une troisième ne l’a évité que par miracle : elle avait eu l’imprudence de contredire son terrible maître dans une discussion théologique; avertie que l’ordre est donné secrètement de lui instruire son procès, elle court le lendemain chez Henri et reprenant sans émotion apparente l’entretien de la veille au point où il avait été laissé, elle s’embrouille volontairement, balbutie, puis se confond en excuses devant « le plus grand docteur de la chrétienté ».

Sa victime la plus intéressante est Anne Boleyn. Ses derniers moments rachètent les fautes passées. Elle songe avec remords à l’épouse qu’elle a détrônée, et faisant appeler la femme du lieutenant de la Tour, elle s’agenouille et dit :

« Allez de ma part, et dans la même posture où vous me voyez, demander pardon à la princesse Marie pour tous les maux que j’ai attirés sur elle et sur sa mère. »

La légende lui prête une lettre curieuse adressée au roi :

« Vous êtes un prince doux et clément, vous m’avez traitée avec plus de bonté que je n’en méritais. Vos bienfaits ont toujours été en croissant pour moi. De simple particulière, vous m’avez faite dame. De dame, marquise. De marquise, reine… et ne pouvant plus m’élever ici-bas, de reine en ce monde, vous allez me faire sainte dans l’autre. »

 » Les grandes infortunes. »  Changeur, P.-A. & Spont, Alfred. Paris, 1890.