République

Boulot de député

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Si la royauté ne sert à rien, en Angleterre, elle coûte assez cher. Si la royauté ne coûte rien en France, il ne faut pas croire que les fonctions politiques soient cependant absolument gratuites. Veut-on savoir de quelle façon nos honorables sont payés ? Qu’on lise.

Pendant la dernière session, nos 557 députés ont siégé en tout 452 heures, soit 45 journées de dix heures, ou un mois et demi, pour lequel ils ont touché 3,342,000 francs. Ils ont donc coûté par jour chacun 130 fr. 27, et par heure 13 fr. 027. Or, si les 557 députés travaillaient 300 jours à 130 fr. 27 chacun par jour, la Chambre coûterait annuellement 217,681,000 fr. 17 centimes (deux cent dix-sept millions six cent quatre-vingt-un mille francs dix-sept centimes).

Il faut que la France soit vraiment bien riche pour payer à raison de 13 francs l’heure un travail qui, pour le plus grand nombre, consiste bien simplement à dire : « très bien ! » ou « à l’ordre ! », etc.

Il est vrai que, pour parler sérieusement, tous les députés pris ensemble coûtent beaucoup moins cher qu’un empereur ou qu’un roi pris isolément. A ce point de vue, la République constitue encore un progrès.

« Les Annales politiques et littéraire. » Paris, 1883.
Illustration photo : Le Lab Europe 1 © 2013

République et ingratitude

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Celle qui posa pour la semeuse de Roty vient de mourir au Creusot, oubliée, ignorée, dans la misère.

Roty l’avait vue un jour, pieds nus dans la bruyère d’un plateau du Cantal, couverte d’un vêtement léger dont l’artiste fit un péplum, et son profil délicat illuminé par les rayons du soleil. Il lui offrit 20 francs pour poser et Maria, c’était le nom de la jeune femme, devint ainsi la Marianne des pièces de monnaie de la République française.

Elle n’en récolta aucune gloire. Pendant près de cinquante ans, elle exerça l’humble métier de revendeuse sur les marchés de la région. Se doutait-elle de l’usage que l’artiste comptait faire de son portrait ? Lorsque vieillie, cassée, misérable, elle frappa aux portes des mairies en excipant de ses droits à quelques égards. On la crut folle.

C’est un dernier témoignage, émanant d’une vieille amie du graveur, qui  vient de dissiper les doutes.

Il est arrivé trop tard.

« Les Potins de Paris. » Paris, 1929.

La circulaire

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Depuis la fondation de la République, la circulaire interdisant les recommandations a été signée plus de vingt fois par des ministres animés des meilleures intentions. Elle a toujours eu le même succès.

En 1894, M. Félix Faure, ministre de la Marine, la fit envoyer à tous les préfets maritimes qui la communiquèrent à tous leurs subordonnés. Huit jours après, un colonel de Lorient reçut une lettre où on signalait à sa bienveillance un jeune adjudant, qui allait passer un concours : elle était signée de M. Félix Faure.

Le colonel transmit la lettre au commandant qui devait présider au concours. Le commandant, qui avait ce qu’on appelle un sale caractère, mit la lettre au rebut.

Le mois suivant, M. Félix Faure vint visiter Lorient. Il se fit présenter le colonel et lui demanda des nouvelles de son protégé. Le colonel s’empressa de répondre qu’il avait fait le nécessaire et que le commandant G… avait été chargé par lui d’assurer le succès du jeune adjudant.

On appela le commandant qui déclara sans ambages :

Mon colonel, je me suis conformé à la circulaire récente de M. le ministre de la Marine qui interdit de tenir compte des recommandations.

M. Félix Faure tourna brusquement le dos à l’intraitable commandant et le colonel gémit : 

Malheureux, vous venez de me faire perdre ma croix de commandeur !

« Le Cri de Paris. » Paris, 1915.

La républicaine

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George Sand était républicaine. Lisez plutôt : 

« Si vous proclamez la République pendant mon absence, prenez tout ce qu’il y a chez moi, ne vous gênez pas. J’ai des terres, donnez-les à ceux qui n’en ont pas. J’ai un jardin, faites-y paître vos chevaux. J’ai une maison, faites-en un hospice pour vos blessés. J’ai du vin, buvez-le. J’ai du tabac, fumez-le. J’ai mes œuvres imprimées, bourrez-en vos fusils.

Il n’y a dans tout mon patrimoine que deux choses dont la perte me serait cruelle : le portrait de ma vieille grand’mère et six pieds carrés de gazon plantés de cyprès et de rosiers. C’est là qu’elle dort avec mon père. Je mets cette tombe et ce tableau sous la protection de la République, et je demande qu’à mon retour on m’accorde une indemnité, savoir : une pipe, une plume et de l’encre, moyennant quoi je gagnerai ma vie joyeusement et passerai le reste de mes jours à écrire ce que vous avez si bien fait. »

Ceci est tiré des Lettres d’un Voyageur. Paris, 1838.

Intermède comique

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Le citoyen Lisbonne  vient  agrémenter d’un intermède comique la période électorale.Voici la proclamation qu’il a fait afficher dans Paris.

Élection législative du 27 janvier 1889.

Citoyens, électeurs de la Seine. Un grand nombre d’électeurs m’offrent la candidature à la Chambre des députés. J’accepte.

Criblé de dettes, dont l’origine remonte à 1865, où j’étais directeur du théâtre des Folies-Saint-Antoine, et comme je suis honnête, je ne puis être élu qu’à une condition : Désintéresser mes créanciers, qui sont au nombre de 1793. Je n’invoque pas la prescription !!!

Mon programme, si j’étais élu, vous le connaissez : Suppression de la Présidence, du Sénat et de la Chambre, étant prouvé que, pendant les vacances, on n’est jamais plus tranquille.

Suppression du budget des cultes, liberté de réunion et d’associations ouvrières, séparation de l’Église et de l’État.

Pour arriver à siéger à la Chambre, il faut que je désintéresse mes créanciers. Je fais donc appel à un terre-neuve financier qui voudra bien me débarrasser des huissiers, notaires et hommes d’affaires, qui me tombent sur le dos chaque fois que j’entreprends une direction ou une industrie quelconque.

Je ne suis pas gourmand. Le citoyen financier assez patriote pour mettre seulement CENT MILLE FRANCS à ma disposition aura bien mérité de la patrie et de mes créanciers. 

Si je suis élu ? Je remplirai fidèlement mon devoir.

Au cas d’un échec, 1793 créanciers, réunis dans un banquet dont mon sauveteur financier sera président de droit, porteront des toasts à l’infini au Manteau bleu politique qui les aura payés beaucoup plus tôt que je n’aurais pu le faire. Il remportera à la sortie leurs bénédictions accompagnées de toutes celles des officiers ministériels de Paris, de la France et de l’étranger.

Vive la République!
Salut et fraternité.

Colonel Lisbonne,
Ex-forçat de la Commune et directeur
des Frites révolutionnaires.

« Gazette littéraire. » Paris, 1889.

La bataille des cartons

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M. Jean Hennessy s’est avisé, ces temps-ci, qu’il pouvait avoir des chances, au mois de mai prochain, au Congrès de Versailles. Et, bravement, il s’est mis sur les rangs.

On le voit, en ce moment, conduire dans les couloirs de la Chambre une discrète campagne, assurant qu’il faut à la France un président représentatif et riche, pour que l’Elysée retrouve sa splendeur d’antan.

Et il y faut aussi, ajoute-t-il, une maîtresse de maison qui sache recevoir…

Pour donner à ses amis un avant-goût des réceptions qu’il compte organiser à l’Elysée quand il y sera, M. Jean Hennessy a expédié ces jours-ci des cartons d’invitation à une soirée à tout le monde parlementaire. Il s est procuré, à cet effet, la liste des invités habituels de M. Fernand Bouisson. Le président de la Chambre, un peu surpris en apprenant que M. Hennessy avait fait copier la liste de ses invités, a estimé que ce procédé était tout de même un peu cavalier. Immédiatement, il a lancé à tous ses habitués des invitations à une soirée organisée le même jour et à la même heure que celle de l’ancien ministre de l’Agriculture.

Ce n’est pas que M. Bouisson soit candidat effectif à la présidence de la République… Mais sait-on jamais ?…

 « Cyrano. »  Paris, 1931.

Le bois des ministères

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Si vous passez en ce moment devant les ministères, vous y verrez des ouvriers en train de scier des bûches à la vapeur. Car, malgré ce temps de république et de simplicité, c’est avec du bois, chauffage de luxe, que messieurs les ministres et leurs principaux fonctionnaires luttent contre le froid.

Mais cela s’arrête aux chefs de bureau et au-dessous les employés n’ont droit dans leur bureau qu’au bon vieux coke vulgaire. La hiérarchie est très protocolaire dans ces grandes administrations. De même qu’elle marque les distances avec le bois et le charbon, elle ne donne aux employés intermédiaires que des allumettes de bois, alors que les directeurs et les chefs de bureaux ont droit à l’allumette de cire. Quant aux employés, ils n’ont droit à des allumettes d’aucune sorte.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.