République

Déclarations de guerre

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charge-cavalerieNul n’ignore que la République de San-Marin, une des minuscules républiques du monde (après celle d’Andorre), a déclaré la guerre à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie en 1916.

L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie demandèrent en vain des explications, la République de San-Marin ne daigna même point répondre. Il y a mieux. Il y a une douzaine de jours, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie reçurent avec surprise une nouvelle déclaration de guerre, celle de la plus petite république du monde, la République de Tavolara. Cette république est établie sur la côte nord-est de la Sardaigne, sur l’île rocheuse de Taranova. Elle compte en tout 170 habitants. Elle a une histoire.

En 1882, Tavolara était encore une monarchie absolue. Paul Ier y régnait comme une sorte de tzar. Il appartenait à la dynastie de Bartholsaï qui avait été solennellement en 1883 par Charles-Albert d’Italie comme ayant droit au titre de souverain. Quand Paul Ier mourut, en 1882, il éclata une révolution. La population refusa de reconnaître l’héritier présomptif et proclama la République. On jugea inutile d’en informer les puissances, on se borna à obtenir l’assentiment de l’Italie.

Détails curieux : le président est élu pour 10 ans et les femmes ont le droit au vote. C’est à la suite du naufrage d’un bateau de pêche qui avait rencontré une mine dans la Méditerranée que la Petite République a décidé d’en venir à la cruelle nécessité d’une déclaration de guerre.

Les Empires Centraux finiront par avoir « tout le monde » contre eux. C’est sûr.

« La Pomme cuite. » Paris, 1917.

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Le buste 

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Ah ! que Mme Gaby Morlay était belle, en République, au Studio de Billancourt… 

Le torse pris dans une armature de stuc, casquée et coiffée de plâtre, elle érigeait, sur un fond de velours noir, l’effigie blafarde d’une Marianne conventionnelle dont le scénario des Nouveaux Messieurs prévoit la résurrection à la fin du film. 

Jacques Feyder, le metteur en scène, était plein de sollicitude pour ce buste vivant que les lampes torturaient depuis dix heures du matin. Comme Gaby Morlay, sur le coup de midi, se plaignait de ne plus pouvoir résister au tourment de la soif : 

Donne-lui tout de même un cocktail ! dit Feyder. 

Et la dame de plâtre huma le martini qu’Albert Préjean lui tendait avec une paille. 

Un tout petit pot de vin, murmurait Feyders

« L’Œil de Paris. » 1928.

Boulot de député

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Si la royauté ne sert à rien, en Angleterre, elle coûte assez cher. Si la royauté ne coûte rien en France, il ne faut pas croire que les fonctions politiques soient cependant absolument gratuites. Veut-on savoir de quelle façon nos honorables sont payés ? Qu’on lise.

Pendant la dernière session, nos 557 députés ont siégé en tout 452 heures, soit 45 journées de dix heures, ou un mois et demi, pour lequel ils ont touché 3,342,000 francs. Ils ont donc coûté par jour chacun 130 fr. 27, et par heure 13 fr. 027. Or, si les 557 députés travaillaient 300 jours à 130 fr. 27 chacun par jour, la Chambre coûterait annuellement 217,681,000 fr. 17 centimes (deux cent dix-sept millions six cent quatre-vingt-un mille francs dix-sept centimes).

Il faut que la France soit vraiment bien riche pour payer à raison de 13 francs l’heure un travail qui, pour le plus grand nombre, consiste bien simplement à dire : « très bien ! » ou « à l’ordre ! », etc.

Il est vrai que, pour parler sérieusement, tous les députés pris ensemble coûtent beaucoup moins cher qu’un empereur ou qu’un roi pris isolément. A ce point de vue, la République constitue encore un progrès.

« Les Annales politiques et littéraire. » Paris, 1883.
Illustration photo : Le Lab Europe 1 © 2013

République et ingratitude

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Celle qui posa pour la semeuse de Roty vient de mourir au Creusot, oubliée, ignorée, dans la misère.

Roty l’avait vue un jour, pieds nus dans la bruyère d’un plateau du Cantal, couverte d’un vêtement léger dont l’artiste fit un péplum, et son profil délicat illuminé par les rayons du soleil. Il lui offrit 20 francs pour poser et Maria, c’était le nom de la jeune femme, devint ainsi la Marianne des pièces de monnaie de la République française.

Elle n’en récolta aucune gloire. Pendant près de cinquante ans, elle exerça l’humble métier de revendeuse sur les marchés de la région. Se doutait-elle de l’usage que l’artiste comptait faire de son portrait ? Lorsque vieillie, cassée, misérable, elle frappa aux portes des mairies en excipant de ses droits à quelques égards. On la crut folle.

C’est un dernier témoignage, émanant d’une vieille amie du graveur, qui  vient de dissiper les doutes.

Il est arrivé trop tard.

« Les Potins de Paris. » Paris, 1929.

La circulaire

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Depuis la fondation de la République, la circulaire interdisant les recommandations a été signée plus de vingt fois par des ministres animés des meilleures intentions. Elle a toujours eu le même succès.

En 1894, M. Félix Faure, ministre de la Marine, la fit envoyer à tous les préfets maritimes qui la communiquèrent à tous leurs subordonnés. Huit jours après, un colonel de Lorient reçut une lettre où on signalait à sa bienveillance un jeune adjudant, qui allait passer un concours : elle était signée de M. Félix Faure.

Le colonel transmit la lettre au commandant qui devait présider au concours. Le commandant, qui avait ce qu’on appelle un sale caractère, mit la lettre au rebut.

Le mois suivant, M. Félix Faure vint visiter Lorient. Il se fit présenter le colonel et lui demanda des nouvelles de son protégé. Le colonel s’empressa de répondre qu’il avait fait le nécessaire et que le commandant G… avait été chargé par lui d’assurer le succès du jeune adjudant.

On appela le commandant qui déclara sans ambages :

Mon colonel, je me suis conformé à la circulaire récente de M. le ministre de la Marine qui interdit de tenir compte des recommandations.

M. Félix Faure tourna brusquement le dos à l’intraitable commandant et le colonel gémit. 

Malheureux, vous venez de me faire perdre ma croix de commandeur !

« Le Cri de Paris. » Paris, 1915.

La républicaine

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George Sand était républicaine. Lisez plutôt : 

« Si vous proclamez la République pendant mon absence, prenez tout ce qu’il y a chez moi, ne vous gênez pas. J’ai des terres, donnez-les à ceux qui n’en ont pas. J’ai un jardin, faites-y paître vos chevaux. J’ai une maison, faites-en un hospice pour vos blessés. J’ai du vin, buvez-le. J’ai du tabac, fumez-le. J’ai mes œuvres imprimées, bourrez-en vos fusils.

Il n’y a dans tout mon patrimoine que deux choses dont la perte me serait cruelle : le portrait de ma vieille grand’mère et six pieds carrés de gazon plantés de cyprès et de rosiers. C’est là qu’elle dort avec mon père. Je mets cette tombe et ce tableau sous la protection de la République, et je demande qu’à mon retour on m’accorde une indemnité, savoir : une pipe, une plume et de l’encre, moyennant quoi je gagnerai ma vie joyeusement et passerai le reste de mes jours à écrire ce que vous avez si bien fait. »

Ceci est tiré des Lettres d’un Voyageur. Paris, 1838.

Intermède comique

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Le citoyen Lisbonne  vient  agrémenter d’un intermède comique la période électorale.Voici la proclamation qu’il a fait afficher dans Paris.

Élection législative du 27 janvier 1889.

Citoyens, électeurs de la Seine. Un grand nombre d’électeurs m’offrent la candidature à la Chambre des députés. J’accepte.

Criblé de dettes, dont l’origine remonte à 1865, où j’étais directeur du théâtre des Folies-Saint-Antoine, et comme je suis honnête, je ne puis être élu qu’à une condition : Désintéresser mes créanciers, qui sont au nombre de 1793. Je n’invoque pas la prescription !!!

Mon programme, si j’étais élu, vous le connaissez : Suppression de la Présidence, du Sénat et de la Chambre, étant prouvé que, pendant les vacances, on n’est jamais plus tranquille.

Suppression du budget des cultes, liberté de réunion et d’associations ouvrières, séparation de l’Église et de l’État.

Pour arriver à siéger à la Chambre, il faut que je désintéresse mes créanciers. Je fais donc appel à un terre-neuve financier qui voudra bien me débarrasser des huissiers, notaires et hommes d’affaires, qui me tombent sur le dos chaque fois que j’entreprends une direction ou une industrie quelconque.

Je ne suis pas gourmand. Le citoyen financier assez patriote pour mettre seulement CENT MILLE FRANCS à ma disposition aura bien mérité de la patrie et de mes créanciers. 

Si je suis élu ? Je remplirai fidèlement mon devoir.

Au cas d’un échec, 1793 créanciers, réunis dans un banquet dont mon sauveteur financier sera président de droit, porteront des toasts à l’infini au Manteau bleu politique qui les aura payés beaucoup plus tôt que je n’aurais pu le faire. Il remportera à la sortie leurs bénédictions accompagnées de toutes celles des officiers ministériels de Paris, de la France et de l’étranger.

Vive la République!
Salut et fraternité.

Colonel Lisbonne,
Ex-forçat de la Commune et directeur
des Frites révolutionnaires.

« Gazette littéraire. » Paris, 1889.