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Toujours bon à savoir !

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Marevéry_YvesHippolyte de Villemessant , qui était un vieil habitué des restaurants à la mode, a donné à ses confrères en gourmandise, d’excellents conseils.

Il leur recommande avant toute chose de vérifier l’addition et de ne pas craindre, lorsque le garçon rapporte leur monnaie sur une assiette, de soulever le papier couvert de chiffres qui l’accompagne. Bien souvent l’addition recouvre une petite pièce, soit de cinq francs en or, ou de tout autre valeur qu’on laisse sans s’en apercevoir, mais que le garçon n’oublie pas et qu’il a baptisé du nom significatif de traînard.

Quand vous avez offert à dîner à quelque ami, n’ayez aucune honte de vérifier devant lui votre addition, au lieu de vous empresser de la plier sans compter (ce qui paraît de bon goût). Déchiffrez consciencieusement et biffez impitoyablement les beurres, radis, thon mariné etc., etc., auxquels vous n’avez pas touché et qui et qui gonflent indûment votre total.

Ne vous exagérez pas la vieillesse du vin qu’on vous apporte dans un panier, et rappelez-vous l’anecdote suivante :

Deux amis dînent ensemble; c’est l’occasion de boire une de ces vieilles bouteilles qui disparaissent sous la poussière du temps.

 J’ai votre affaire ! dit le maître de la maison; un vieux bordeaux oublié au baptême de mon grand-père.

Et il disparaît en laissant les deux amis pleins de joie et tournant le coin de leurs serviettes dans leurs verres, pour les rendre plus dignes de recevoir le vénérable nectar.

Le restaurateur reparaît, marchant doucement, et dépose sur la table la bouteille, emmaillotée de toiles d’araignée. Le bouchon a été à demi tiré dans l’office, il n’y a plus qu’à l’enlever tout à fait. L’invité tend son verre, l’amphitryon débouche enfin.

Oh ! stupéfaction ! une mouche s’envole légèrement du goulot en bourdonnant son chant de liberté au nez des deux convives.

Le restaurateur, qui s’est contenté de verser du jeune vin dans une vieille bouteille, s’excuse en disant que l’indiscret insecte s’est glissé dans le goulot pendant le temps qu’il décantait le vin à l’office.

« Le Petit Marseillais. » Marseille, 30 mars 1889.
Illustration : Yves Marevéry.

Restaurant

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Autrefois, on appelait cabaret, guinguette, tripot, les différents endroits où l’on se réunissait pour manger, boire ou jouer. Les cafés ne parurent que vers la fin du XVIIe siècle, et ne devinrent communs que sur la fin du XVIIIe. C’est de cette époque aussi que date le restaurant. Voici, parmi d’autres, une explication de ce mot. 

Un cabaretier de Paris avait fait placer sur son enseigne la phrase suivante : Venite ad me, omnes qui stomacho laboratis, et ego restaurabo vos (Venez tous à moi, vous dont l’estomac crie misère, et je vous restaurerai). Cette phrase était une allusion, plus ou moins respectueuse, a celle de l’Evangile : « Venez à moi, vous qui souffrez et êtes accablés, et je vous soulagerai. »  

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Quoi qu’il en soit, l’enseigne eut du succès, les clients abondèrent et le cabaretier fit fortune. Alors, il agrandit son établissement et lui donna un luxe sur lequel ses imitateurs n’ont fait qu’embellir. Cet établissement reçut d’abord le nom de restaurabo. On disait: « Je vais diner au restaurabo ». Puis ou finit par dire simplement, plus tard, restaurant

Impudence

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C’est à un restaurateur que je suis redevable de la petite anecdote que je vais vous narrer. Il était question de l’exigence et du sans-gêne de certains clients. Et comme un exemple typique, le restaurateur me conta ce qui suit :

C’était à l’heure du dîner, et nous étions occupés fiévreusement, à servir la clientèle, quand pénétra, dans le restaurant un monsieur accompagné de trois jeunes enfants, deux filles et un garçon. Ils prirent place à une table et s’installèrent tout d’abord confortablement. Ceci fait, le monsieur commanda une canette de bière et quatre verres. Et aussitôt, chacun sortant de sa poche un gros sandwich, se mit en devoir de manger.

Le garçon qui revenait avec la bière commandée, resta ébahi devant, ce spectacle inattendu. N’osant pourtant pas risquer une observation, il vint me demander conseil. Je m’avançai vers l’étrange client, et très poliment je lui donnai à entendre que mon établissement était un restaurant et qu’on n’y pouvait apporter son manger.

Il parut ne pas saisir le sens de mes paroles, en tout cas, il ne dut y attacher aucune
importance, car au lieu de répondre, il m’interpella à son tour.

Qui êtes-vous ? me demanda-t-il.
— Moi, monsieur, répondis-je d’un ton un peu irrité, je suis le propriétaire de ce restaurant.
— Ah ! parfait ! fit-il. Vous êtes la personne que je désirais justement voir.

Et, désignant l’estrade qui se trouve au fond de la salle : 

Comment se fait-il que l’orchestre de tziganes ne joue pas ce soir ?

« Le Pêle-mêle. »  Paris, 1907.
Illustration : peinture de Henri Gervex.

La médaille de Brébant

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Brébant vient de mourir : rappelons une anecdote sur ce célèbre traiteur qui mérita le nom de « restaurateur des lettres ».

Il les restaura surtout pendant le siège. A une époque où Paris mourait de faim, il trouva moyen de donner bonne chère à quelques hommes de lettres et journalistes habitués de son célèbre restaurant.

Le siège fini, ces gastronomes eurent, chose rare, la reconnaissance du ventre (pardon du vilain mot, mais il est consacré par l’Académie en son dictionnaire) et ils firent graver une médaille sur l’une des faces de laquelle on lisait :

Pendant
le Siège de Paris
quelques personnes ayant
accoutumé de se réunir chez
M. Brébant tous les quinze jours
ne se sont pas une fois aperçues,
qu’elles dînaient dans une ville
de deux millions d’âmes
assiégée

Cela est très flatteur pour le maître d’hôtel, mais peu pour les signataires de cette égoïste déclaration.

Sur le revers de la médaille, figurent les noms des hôtes ordinaires de ces dîners bimensuels :

A PAUL BRÉBANT

Ernest Renan.                    Thurot
P. de Saint-Victor.              J. Bertrand
M. Berthelot.                     Morey
Ch. Blanc.                         E. de Goncourt
Schérer.                             T. Gautier
Dumont.                           A. Hébrard
Nefftzer.                            …………………
Charles Edmond.

En tout quinze convives.

Un jour, l’un d’eux a eu un remords et il a gratté son nom sur la fameuse médaille qui est aujourd’hui au musée Carnavalet. Mais, grattage inutile, ce document désormais historique fait partie des annales culinaires et des annales de l’égoïsme. On ne le détruira plus et il faut que les signataires en prennent leur parti.

Ils ont mis leur nom au bas de cette manifestation de l’individualisme satisfait au milieu des affres d’une grande ville. Ces noms y resteront.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.
Illustration : Henri Pille (1844-1897).

Un cas de divorce

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Le fait, pour un mari, de constater que par trois fois, au cours d’un repas, sa femme se sert du verre de son voisin de table, constitue-t-il un cas de divorce ?

Oui ! vient de déclarer le tribunal civil, le geste de par sa répétition même, ne pouvant être considéré comme le fruit d’une distraction, est bien une attitude injurieuse à l’égard du mari.

Il ne faut donc boire dans le verre de son voisin que si le mari n’est pas là.

« La Revue limousine. »  Limoges, 1926.

Les boules

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Dans un restaurant de la place de l’Opéra, la confiance ne règne pas particulièrement. Les employés, à l’heure de la fermeture, étaient, jusqu’à ces jours derniers, minutieusement fouillés; mais la Direction vient de reconnaître ce qu’il y avait de vexant dans cette petite opération, et, un système nouveau a été mis en pratique.

On remplit un sac de boules, les unes sont blanches, les autres noires, et, le personnel est appelé à puiser dans le sac sans regarder. Ceux qui retirent de ce sac une boule noire, sont immédiatement fouillés, les autres s’en vont… en paix.

Or, depuis quelques jours, un des maîtres d’hôtel a découvert une imperfection dans une boule blanche. Ce défaut étant sensible au toucher, il est devenu si habile qu’il la trouve toujours et peut ainsi rentrer chez lui sans être jamais inquiété.

Et, l’on affirme que sa cave personnelle est fort bien composée…

« Audaces : revue de Paris. »  Paris, 1934 

Orthographe commerciale

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Tout n’est pas rose dans le métier de mystificateur. Protot, le jovial commis voyageur qui passe son temps à fumister ses contemporains, en a fait l’autre jour la triste expérience. Après un excellent déjeuner dans le meilleur restaurant de Pontoise, il demande l’addition. A peine le garçon la lui a-t-il remise que Protot se récrie :

  Il y a une erreur … une grave erreur, clame-t-il.

Le patron lui-même vient s’enquérir :

  Une erreur, monsieur… Vous m’étonnez.
— Oui, monsieur, une erreur considérable même… Vous avez oublié quelque chose … 
— Cette caissière est d’une négligence … Voulez-vous avoir l’amabilité de me signaler cet oubli ?…

Et Protot, jubilant de sa bonne farce, souligne du doigt, sur le carton: « Veau aux carotes. »

Tenez, ici, monsieur, on a oublié un « t » !

Mais le patron n’a pas bronché. Il reprend l’addition des mains de Protot :

  Donnez, monsieur; je vais rectifier.

Et, deux minutes après, il rapporte au mauvais plaisant la note au bas de laquelle Protot, stupéfait, constate cette inattendue adjonction :

« Un thé, 75 centimes. »

Léon Valbert.  » Ma Revue « , Paris, 1907.