revenants

Fantômes russes

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tombe-tolstoï

Des légendes commencent à courir, chez le peuple russe, au sujet de la mort de Tolstoï. On parle déjà d’apparitions sur la tombe du grand écrivain.

Des paysans qui la gardaient, une des nuits dernières, assurent qu’un vieillard à longue barbe blanche, entièrement vêtu de noir, soudain se montra près d’eux, et que, s’étant agenouillé, il pria longuement. Puis il dit : « N’ayez aucune, crainte ! » et il s’effaça. Ensuite, ce fut une petite vieille, toute ridée, qui descendit du ciel en volant. Un moujik tira des coups de fusil dans sa direction. Mais la petite vieille se mit à rire, d’un rire très doux, frappa trois coups dans ses mains, et l’ombre s’évanouit.

Allons-nous revoir sur le tombeau de Tolstoï les convulsionnaires du diacre Pâris, et se renouveler, à Yasnaïa-Poliana, les miracles du cimetière de Saint-Médard ?

« Eclaireur de l’Est. » 1911.

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Pourquoi je cherche à communiquer avec ceux de l’au-delà

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Thomas Edison
Thomas Edison

Si nous ne connaissons pas la millionième partie des choses de ce monde, si nous ignorons ce qu’est au juste l’eau, la lumière, la gravitation, l’électricité, la chaleur… si nous ne savons rien au sujet du magnétisme, comment pourrions-nous savoir au juste ce qui se passe dans l’au- delà ? On a beaucoup écrit sur le spiritisme; on en a encore plus parlé, mais les méthodes et les appareils employés ne sont, dans ce domaine, nullement scientifiques. Recevoir des communications d’un autre monde (j’admets la bonne foi des médiums) ou avoir le moyen de connaître la méthode précise par laquelle nous pourrons obtenir ces communications sont deux choses fort différentes. Et c’est à cette dernière que je voudrais arriver.

J’ai cherché, pour cela, à construire un appareil scientifique permettant aux morts, si la chose est possible, d’entrer en relations avec nous. Si ce que nous appelons personnalité subsiste après la mort, si les êtres qui ont dépouillé la forme humaine ne peuvent agir et se mouvoir, ils communiqueront, du moins avec ceux qu’ils ont laissés ici-bas, grâce à mon appareil qui leur donnera cette possibilité d’agir. Or, je suis convaincu que notre personnalité subsiste dans l’au-delà car, si elle disparaissait, pourquoi la nécessité d’un au- delà ? Si donc, elle survit, il est logique d’affirmer qu’elle a gardé la mémoire, l’intellectualité ainsi que les autres facultés que nous avons acquises sur cette terre.

A mon avis, nos corps sont composés de myriades et de myriades de petits êtres infinitésimaux. Unités de vie ou atomes, forces indivisibles disséminées dans l’espace et jouissant du don de mobilité, chacune d’elles ayant sa vie propre, ces myriades agissent par essaims. D’autre part, nous voyons, nous touchons des corps qui sont divisibles à l’infini et possèdent aussi la mobilité et le mouvement, donc, tout corps est un assemblage d’atomes groupés d’une certaine manière. Dans tout corps, il y a un atome central exerçant sur les autres atomes une certaine action en vertu de laquelle ils se groupent d’une certaine manière. Ces groupes atomiques sont des forces et non des points géométriques inertes.

Le temps et l’espace sont les composants du mouvement; il n’y a pas de mouvement si ce n’est dans l’espace; or, l’espace étant un rapport entre les atomes, c’est évidemment les atomes eux-mêmes qui se meuvent. Quand nous mourons, ces essaims d’unités, comme un essaim d’abeilles, quittent notre forme humaine et se rendent ailleurs où ils fonctionnent sous d’autres formes.

Et ce sont précisément ces essaims qui communiqueront avec nous. Ces unités de vie sont si petites qu’il est impossible de les percevoir, même à l’aide du plus puissant microscope, mais elles pourraient traverser une muraille de pierre. Si petites qu’elles soient, elles contiennent un nombre suffisant de particules pour former des individualités.

Parmi ces unités, il y en a de plus puissantes les unes que les autres… il y a le troupeau et les conducteurs de troupeaux, absolument comme comme chez les êtres humains. Cette théorie (qui est la mienne d’ailleurs) est confirmée par le fait que certains hommes et certaines femmes ont des facultés, des puissances que d’autres n’ont pas. C’est vrai, non seulement au point de vue intellectuel, mais aussi au point de vue moral. Un individu peut être composé, en effet, d’un large pourcentage des plus hautes unités de vie et la lutte entre les basses unités de vie et les myriades de haute valeur expliquerait les changements qui ont lieu dans le caractère et la personnalité de nombre de personnes au cours de leur existence.

Des médecins affirment que nos corps subissent une transformation tous les sept ans et qu’aucune des particules qui sont entrées dans la composition de nos corps n’est la même, ces sept années écoulées. Ceci revient à dire que certaines unités de vie sont congédiées pour être remplacées par d’autres. Les unités de vie demandent une certaine atmosphère pour fonctionner d’une certaine manière et lorsque cette atmosphère change, elles cherchent d’autres lieux, d’autres demeures vers lesquels elles émigrent.

La mémoire est placée dans une certaine partie du cerveau (le lobe de Droca). Après la mort, si les unités de vie qui composent la mémoire subsistent, il n’est pas impossible de dire que ces essaims de mémoire peuvent garder les pouvoirs qu’ils possédaient et retenir après la dissolution du corps ce que nous convenons de dénommer la personnalité.

Si ma théorie est juste, la mémoire de l’individu devrait agir après la mort comme pendant la vie. J’espère donc, qu’en arrivant à posséder l’instrument idéal que cette personnalité pourrait employer, nous, habitants de ce monde, pourrions recevoir d’elle des messages provenant des demeures ou des milieux nouveaux dans lesquels elle se trouve. Si l’appareil que je construis pouvait être un canal, entrant à flots dans le monde inconnu, nous aurions fait un grand pas vers l’Intelligence suprême.

Mais je ne veux pas en dire plus ! tout ce que je promets, c’est de permettre aux personnalités qui ont passé dans l’Au-Delà de communiquer avec nous si elles le veulent ou le désirent et surtout si elles existent.

Thomas Edison (traduit par Mme W. Sérieyx).

 P. Lafitte, Paris, 1921.

Les lumerettes

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La mare Apia dans la forêt de Fontainebleau, 1861, Louvre, Georg Saal.

Les morts revenaient, c’était une croyance généralement répandue; les âmes en peine, qui gémissaient en purgatoire, qui souffraient en enfer, étaient à redouter.

Fantômes blancs se promenant mélancoliquement au clair de lune; lumerettes fantastiques, sautillant dans les nuits d’été;car le peu de profondeur qu’on donnait aux sépultures, la négligence avec laquelle on laissait les charognes se putréfier à l’air, les eaux croupir dans les mares, donnaient naissance aux feux follets dont on n’avait pas alors l’explication scientifique, la rencontre d’une lumerelte était aussi redoutable que l’étreinte du loup-garou; l’on racontait aux veillées qu’un voyageur attardé, surpris par un de ces esprits infernaux, s’en était débarrassé en s’étendant sur la terre, en y fichant son couteau, la lame en l’air. La iumerette était venue s’y jeter ; le lendemain, une large flaque de sang marquait le théâtre de la lutte.

Sous la prélature de Dom Ansbert Petit, d’après la tradition, l’abbaye d’Hautmont fut le théâtre d’un drame affreux dont les paysans ont gardé le souvenir. Les chanoinesses de Maubeuge étaient en bons rapport avec les religieux, et les visites étaient fréquentes. Plusieurs étaient au couvent en partie de pêche; deux d’entre elles étaient assises sur un saule qui surplombait le grand étang, et, vives, enjouées, se croyant en complète sécurité, plaisantaient agréablement avec leurs compagnes. Tout à coup la fragile et trompeuse passerelle s’effondre, elles disparaissent dans une eau bourbeuse et profonde sans qu’on puisse rien tenter pour les sauver.

Epouvantées, celles qui sont restées sur la berge appellent au secours; les moines et leur personnel arrivent à la hâte; mais il est trop tard : la surface de l’étang a repris sa sérénité première et rien ne décèle l’endroit où sont les victimes. En vain de hardis nageurs plongent dans l’abîme, au risque de périr embarrassés dans les herbes: ils doivent renoncer à retirer les cadavres. L’étang fut vidé quelques jours plus tard, et les malheureuses chanoinesses, avec un immense concours de religieux et de peuple, furent ramenées en grande pompe à Maubeuge au milieu de la désolation générale.

Chaque année, au jour anniversaire de l’accident, les esprits de ces pauvres filles errent dans le voisinage et apparaissent sous ta forme de follets légers: malheur à celui qui, tenté par une vaine curiosité ou par une pitié déplacée, ne fuit pas leur approche. La mort appelle la mort : rien de plus féroce qu’une âme en peine: elle a des instincts de cannibale, des ruses de bête sauvage; il lui faut des compagnes, elle veut peupler le royaume des ténèbres. Le passant est bientôt ébloui par ces lueurs phosphorescentes, il perd toute conscience du danger. Comme dans la célèbre ballade de Goethe, l’eau l’appelle et l’attire; il entre dans les roseaux se croyant au seuil de la Terre promise, il pense y trouver une vie nouvelle et des plaisirs surnaturels. Au lieu de rencontrer la sirène enchanteresse près de qui il videra la coupe des jouissances et goûtera toutes les joies, c’est ta sinistre faucheuse qui l’enserre de ses bras glacés, tandis que l’asphyxie comprime les mouvements de sa gorge et éteint les derniers spasmes de sa poitrine.

Ah ! si vous voyez quelques-uns de ces feux follets par une chaude nuit de juillet, rebroussez chemin, ne vous attardez pas dans ces lieux maudits: et dès le lendemain, pour apaiser le courroux des revenants, demandez pour eux quelques messes qui hâteront ta fin de leur long purgatoire et abrégeront leur expiation.

« La vie dans le nord de la France au XVIIIe siècle : études, scènes et récits. »   René Minon,  E. Lechevalier, Paris, 1898.

Circonstance étrange

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PeachtreeStreet

Sous ce litre, la Revue spirite reproduit le récit suivant, que Mme Stanley a raconté elle-même et qui a été publié dans un journal américain, The Progressive Thinker, par son amie Mlle Gramblay.

Mme Stanley habitait donc, il y a deux ans, un hôtel superbe dans « Peachtree street »,avec son mari et sa belle-soeur. Ils n’avaient pas d’enfant, mais ils avaient acheté, il y a six ans, un jeune chien de chasse irlandais, qui était très affectueux et intelligent; ses maîtres le choyaient beaucoup.

Il y avait deux serviteurs qui quittaient l’hôtel le soir; ils demeuraient en ville.

M. Stanley s’absentait parfois pour une huitaine de jours, de sorte que les deux dames se trouvaient seules avec le chien dans la maison; mais elles n’étaient nullement peureuses. Le jeune ménage habitait le premier étage et leur mère avait sa chambre au rez-de-chaussée. Or, un soir que Mme Stanley était seule, elle se réveilla en proie à une vague inquiétude.

Sa chambre était très grande, et la porte restait ouverte constamment sur une autre pièce où l’on faisait du feu toute la nuit. Le chien avait sa litière près de ce feu, mais il était attaché. Mme Slanley pouvait le voir couché devant le foyer, sans se lever du lit. A la lumière du gaz baissé, elle vit que la pendule marquait minuit cinquante. Il lui sembla tout à coup, dans le silence de la nuit, entendre des pas sourds, quelqu’un qui marchait lourdement; cependant elle n’apercevait rien, les pas semblaient aller de sa chambre au bout de l’autre pièce.

Alors le chien commença à gémir comme s’il était peiné et inquiet. La dame se leva, très inquiète, et alla vers le chien; jamais elle ne l’avait vu en un tel état d’agitation; il voulait sa liberté, elle le détacha donc.

Aussitôt le chien se mit à suivre le bruit des pas qu’il entendait, et il allait d’une pièce à l’autre, tout en grognant et semblait demander ce que cela voulait dire.

Mme Slanley commença à s’effrayer, elle eut recours à la prière et s’écria :

Oh ! Dieu, vous qui savez que je n’ai jamais fait de mal volontairement, protégez-moi contre les puissances des ténèbres; donnez-moi le courage de supporter cette manifestation.

Le son de sa voix semblait amener le calme; les bruits diminuèrent, puis cessèrent tout à fait. Elle se sentit moins nerveuse et attira le chien près d’elle ; il avait la tête couverte de sueur. Elle le caressa et il se recoucha doucement, rien ne le troublait plus.

Le lendemain M. Slanley arriva de voyage; sa femme, encore tout émotionnée, lui fit le récit de ce qui s’était passé dans la nuit, mais elle n’en dit rien à sa belle-mère, et pour cause. Son mari ne voulut rien croire, et lui défendit de lui reparler de « bêtises pareilles. »

Le deuxième jour, Mme Stanley étant couchée se sentit vaguement inquiète; son mari dormait. Elle vit l’heure fatale, minuit cinquante. De nouveau, elle entendit marcher; le chien se mit à pousser des cris plaintifs; elle lui cria de se taire. Tout à coup, M. Slanley s’éveilla el joignant ses mains, s’écria:

Mon Dieu, il y a quelqu’un qui se promène là ! Il voulut se lever, mais sa femme le retint lui disant que c’étaient bien là les pas sourds qu’elle avait déjà entendus une fois. Ils écoutèrent encore, peu à peu les pas cessèrent de se faire entendre. M. Slanley dit alors:

Je connais ces pas; mon père, qui était grand et fort comme moi, avait l’habitude de se promener dans sa chambre en chaussettes, se plaignant d’avoir mal aux pieds. Maintes fois, je l’ai entendu marcher ainsi.

Qu’est-ce que cela signifiait ? Il ne se moquait plus, et était très ému. Sa femme lui répondit, sans le ménager, que c’était un présage pour quelqu’un habitant la maison.

Le jour suivant, à déjeuner, la mère de M. Stanley demanda s’il n’avait pas marché dans la nuit, disant qu’il lui avait semblé aussi entendre des pas étouffés deux jours auparavant, et qu’elle n’y comprenait rien. Mais ses enfants ne répondirent pas sur ce sujet et ne lui donnèrent aucune explication. La vieille dame était en bonne santé. Quelques jours après elle tomba subitement malade et mourut le dixième jour après que l’ eut entendu les pas… à minuit cinquante aussi.

M. Stanley ne veut pas qu’on parle du surnaturel devant lui; mais il ne s’en moque plus.

Depuis ces événements le feu a détruit la maison, qui a été rebâtie mais n’a plus été habitée par les propriétaires qui préférèrent voyager.

La position sociale de la famille Slanley est une garantie de leur bonne foi et ils n’ont aucune raison de raconter ces faits si ce n’est que c’est réellement arrivé.

B. de Laveuzay

«  L’Echo du merveilleux  »   Gaston Mery, Paris, 1907.