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La clef des songes

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S’il est difficile de prouver la vertu des songes au point de vue de la prédiction de l’Avenir, il est au moins aisé de constater que beaucoup de personnes croient aux rêves et aux présages. 

Les uns y voient des phénomènes étranges, annonciateurs des événements, et s’appuient, pour y ajouter foi, sur les croyances de cette nature, en honneur chez les peuples anciens. Par ce que ces croyances ont résisté à la civilisation et au temps, et pour taquiner un peu les incrédules, nous allons conter une aventure arrivée à Honoré de Balzac, le célèbre romancier : 

Un matin, il arrive chez Théophile Gautier, où il se rencontre avec Jules Sandeau et Laurent Jan. Il leur expose qu’il vient de découvrir, en rêve, une mine d’une richesse incalculable, au Cap, et leur propose d’aller l’exploiter de compagnie. Séduits par la description mirifique qu’il fait de sa trouvaille, ils acceptent. 

Et les voilà partis acheter une provision sérieuse de pelles, de pioches, de tous les instruments nécessaires, au magasin qu’a remplacé La Ménagère, boulevard Bonne-Nouvelle. Au moment de se mettre en route, Laurent Jan veut, par prévoyance, faire faite un traité en bonne et due forme, désignant la part de chacun dans l’opération. 

Balzac, comme promoteur de l’idée, comme « découvreur » de la mine, exige énergiquement la moitié des bénéfices. Les trois autres s’arrangeront du reste. Devant cette exigence, l’affaire n’a pas de suite, et les quatre explorateurs restent à Paris, au coin de leur feu. 

Or, trente ans après, à l’endroit indiqué, on trouvait une mine de diamants, bien connue, exploitée à l’heure actuelle. Et, de nos jours, à faible distance de là, on profite également de gisements d’or.

Que ce soit de la divination, de la seconde vue, soit ! Tout ce que l’on voudra… mais sûrement pas du hasard. 

« Almanach des coopérateurs. » 1925.

Le mystère des rêves

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Les rêves ont toujours éveillé la curiosité des hommes. A Delphes, dans l’ancienne Grèce, on endormait la Pythie au moyen de vapeurs méphitiques qui s’échappaient d’une ouverture naturelle et les paroles incohérentes de son cauchemar dictaient les décisions aux heures graves que traversait le pays. Cela, ni mieux ni pis qu’aujourd’hui. Depuis Joseph et Putiphar, les clefs des songes se sont disputé avec les tarots et le marc de café la faveur des foules. Les marchands d’espoir n’ont jamais été à la baisse.

Le sommeil n’est pas toujours une petite mort. Nous vivons parfois dans nos rêves une vie intense dont le réveil ne nous laisse généralement qu’un assez vague souvenir. Fantasmagories qui se déroulent avec la rapidité de l’éclair, les rêves qui nous paraissent les plus longs ont à peine duré quelques secondes. Ainsi que les vagues d’une mer tumultueuse, mille visions, sentiments ou souvenirs s’agitent plus ou moins incohérents lorsque cesse le contrôle de notre débandade d’écoliers affranchis de la surveillance du maître.

Et cependant, pour qui regarde bien, leur incohérence cache parfois une signification. Beaucoup de rêves sont liés à notre état de santé : une digestion pénible, une gêne circulative ou pulmonaire, la compression d’un membre, et voici notre sommeil agité de douloureux cauchemars. Nous rêvons d’un poids qui nous écrase la poitrine, d’un animal qui nous ronge un membre, ou bien nous sommes poursuivis par un danger que nos jambes se refusent à fuir. Ou encore nous nous balançons dans l’espace, nous faisons, une chute dont le choc nous réveille en sursaut. Les mêmes troubles de nos organes provoquent des images très comparables, comme si le rêve avait son langage symbolique.

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Les poisons ont leur cauchemar : l’alcoolique voit courir des rats, l’opiomane ramper des serpents. Les sorciers indiens du Mexique utilisent, pour certaines pratiques, une plante sacrée, le pavot, qui déroule devant les yeux émerveillés le plus étonnant mirage de couleurs. Il y a même des rêves annonciateurs de maladies et le docteur Allendy, dans son intéressant ouvrage sur le rêve, cite le cas d’une fillette qui rêvait qu’un étau lui serrait la tête quelques jours avant que sa méningite fût déclarée.

Tout n’est pas obscurité et incohérence dans nos songes. Il semble que parfois une intelligence supérieure préside à notre sommeil. Ne vous est-il pas arrivé de voir s’imposer le matin, en toute clarté, à votre esprit, la solution d’un problème que vous avez inutilement cherché la veille ? C est souvent dans un état de demi-conscience que l’inspiration se manifeste chez les artistes. Tous les poètes l’ont éprouvé et Jean de la Fontaine composa en rêve sa fable des Deux Pigeons. Il semble qu’en rentrant dans le repos du sommeil, notre intelligence nous ouvre la porte d’un monde mystérieux où se manifestent d’étranges possibilités.

Les somnambules accomplissent la nuit, à l’état de rêves, les actes les plus périlleux avec une précision étonnante.

Il y a de nombreux exemples rigoureusement contrôlés de personnes qui reçoivent pendant le sommeil l’avertissement d’un malheur. Une angoisse inconnue ou une hallucination les réveille à l’instant même où meurt un être qui leur est cher, comme si les fils invisibles qui les reliaient étaient brusquement rompus. Certains médiums possèdent, à l’état de sommeil, la faculté de voir et de sentir à distance, et bien d’autres puissances qui échappent encore à la psychologie officielle.

Docteur Bertrand. « L’Union de Limoges. » 1928. 
Peinture : Battista Dossi, Allégorie de la Nuit.
Peinture : William Blake, The Night of Enitharmon’s Joy.

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Impressions du grand penseur Léon Tolstoï sur le rêve se rapportant à l’Au-delà

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Léon_TolstoïNous vivons en rêves presque avec la même intensité qu’en réalité. Pascal dit : « Je crois que si nous pouvions nous voir en rêve constamment dans la même position, tandis qu’elle diversifierait dans la vie réelle, nous considérerions le rêve comme la réalité, et la réalité comme un rêve ».

Ce n’est pas tout à fait exact.

La réalité se distingue du rêve parce qu’elle est plus vraie. Je dirai donc autrement : si nous n’avions pas connu une vie plus réelle que le rêve, nous considérerions le rêve comme la vraie vie et nous n’aurions jamais douté qu’il ne fut plus la vie vraie.

Toute notre vie, depuis la naissance jusqu’à la mort, n’est-elle pas avec tous ses rêves également un rêve que nous prenons pour la réalité ? Ne sommes-nous pas certains de sa réalité, uniquement parce que nous ne connaissons pas une autre vie qui soit plus réelle ? Non seulement je le pense, mais je suis convaincu que c’est la seule raison de cette certitude.

De même que les rêves de notre vie terrestre constituent un état pendant lequel nous vivons d’impressions, de sentiments, de pensées, appartenant à notre vie antérieure et faisons provision de forces pour le réveil, pour les jours à venir, toute notre vie actuelle constitue un état pendant lequel nous vivons sous une sorte d’incarnation de l’âme vers les vies successives; ou de la vie antérieure plus réelle, et faisons provision de forces pour la vie future, plus réelle et dont nous sommes sortis.

De même que nous vivons des milliers de rêves pendant notre vie terrestre, celle-ci est l’une des milliers de vies dans lesquelles nous entrons en sortant de l’autre vie, plus réelle, plus authentique et à laquelle nous revenons après notre mort.
tolstoi_chevalNotre vie terrestre est l’un des rêves d’une autre vie, plus réelle, et ainsi de suite jusqu’à l’infini, jusqu’à la dernière vie, qui est la vie de Dieu,

La naissance et l’apparition des premières notions sur le monde peuvent être considérées comme le commencement  du sommeil; toute la vie terrestre, comme le sommeil complet ; la mort comme le réveil.

La mort prématurée, c’est lorsque l’homme est réveillé avant d’avoir dormi tout son sommeil.

La mort dans la vieillesse, c’est lorsque l’homme à bien dormi et qu’il s’est réveillé de lui-même.

Le suicide, c’est un cauchemar qu’on fait évanouir en se souvenant qu’on dort; on fait un effort et on se réveille.

L’homme qui est tout absorbé par la vie présente, qui n’a pas le pressentiment d’une autre vie, c’est celui qui dort profondément.

Le sommeil profond sans rêves est comparable à l’état de demi-bestialité.

Le dormeur qui sent pendant le sommeil ce qui se passe autour de lui, qui a le sommeil léger et qui est prêt à se réveiller à tout instant, c’est celui qui a conscience, quoique vaguement de la vie dont il est sorti et à laquelle il est en train de revenir.

Pendant le sommeil, l’homme est toujours égoïste, vit solitaire, sans participer à la vie de ses semblables, sans aucun lien avec eux.
leon-tolstoyDans la vie que nous considérons comme réelle, notre lien avec nos semblables est déjà plus grand: il y existe une
apparence de l’amour du prochain.

Dans la vie dont nous sortons, et à laquelle nous retournons ce lien est plus étroit; l’amour du prochain n’est plus une simple aspiration, mais une réalité.

Dans la vie pour laquelle celle dont je viens de parler n’est qu’une préparation, le lien entre tous est plus étroit et l’amour de tous plus grand encore.

Cette fois, dans ce rêve, nous sentons déjà tout ce qui se réalisera peut-être dans la nouvelle vie.

La forme corporelle dans laquelle nous surprend ici-bas le réveil de notre conscience de la vraie vie, apparaît comme la limite au libre développement de notre esprit.

La matière est la limite de l’esprit. La vraie vie commence lorsque celle limite est abolie.

Cette notion renferme toute la connaissance de la vérité, et qui donne à l’homme la conscience de la vie éternelle. Je ne m’amuse pas à imaginer une théorie. Je crois de toute mon âme en ce que je dis. Je sens, je sais avec certitude qu’en mourant je serai heureux, que j’entrerai dans un monde plus réel.

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Léon Tolstoï