Révolution française

Bonaparte et tonton Louis

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napoleon

On a beaucoup plaisanté le père Loriquet pour une phrase qu’il n’a vraisemblablement pas écrite, celle dans laquelle il aurait déclaré que Napoléon 1er avait été le lieutenant général de Louis XVIII. La plaisanterie était un peu forte, grossière même, et elle a persisté jusqu’à ces derniers temps.

Mais on aurait pu rire à plus juste raison d’un mot étrange de Napoléon 1er, mot vraiment extraordinaire. Quelque temps après son second mariage Napoléon Ier se promenait avec son beau-père l’empereur d’Autriche. Ils causaient de la Révolution Française.

Elle arrivait de bien loin, dit Napoléon 1er, toutefois il eût été facile d’en prévenir les grandes catastrophes, si la faiblesse n’avait pas été le fond du caractère de mon oncle.

L’empereur d’Autriche chercha un moment pour essayer de comprendre de qui Napoléon 1er voulait parler : c’était de Louis XVI, mari de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise. C’est l’empereur d’Autriche lui-même qui répéta ce mot au marquis de Castellentini qu’il avait invité à dîner.

Je fus tout étourdi, ajouta l’empereur François, et bien autrement interdit, lorsqu’après un moment de réflexion, je vis qu’il entendait parler de Louis XVI..

Napoléon Ier se réclamant, comme neveu, de Louis XVI, c’est absolument original.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

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La populace sera bientôt reine !

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Le sujet de toutes les discussions, à cette époque, roulait éternellement sur l’abaissement de l’autorité royale, sur les droits du peuple, sur les dilapidations supposées de la cour, sur le besoin d’une stricte et sévère économie, qu’on ne pouvait attendre que d’un gouvernement populaire.

D’encore en encore, Mirabeau, qui avait à la fois la volonté et le don de se faire écouter, en vint à trancher nettement la question en faveur du républicanisme, c’est-à dire, à formuler franchement l’abolition de la royauté, de cette manière si connue et si rebattue depuis lui, que la souveraineté ne pouvant être que dans la volonté générale, le peuple seul était roi. Rivarol, dont les idées et les principes étaient si opposés à ceux de son antagoniste, soutint la thèse opposée avec cette brillante dialectique, cette faconde qu’on lui connaissait; et cette solennelle discussion, qui pouvait rappeler celle de Maxime et de Cinna, en présence d’Auguste, cette lutte enfin du sophisme contre la logique, ramenait sans cesse à la bouche de Mirabeau, son aphorisme favori qui terminait toutes ses périodes… Vous voyez donc bien que le peuple seul doit être roi !

Si, comme on l’assure, il n’y a personne de plus difficile à réveiller qu’un homme qui ne dort pas, de même, y a-t-il personne de plus difficile à convaincre que celui qui est bien décidé à ne pas céder, et qui a ses raisons pour cela. Rivarol, jugeant alors qu’il en avait dit assez pour les auditeurs, et qu’il perdrait son temps vis-à-vis de son adversaire, saisissant, comme à la volée, ce perpétuel refrain de peuple roi, lui répondit vivement :

Eh bien ! soit, comme vous voudrez; mais, je vous avertis que si le peuple est roi, la populace sera bientôt reine !

Ce mot fit fortune, et parut trancher la question, ou plutôt termina la solennité de la discussion. Mirabeau lui-même, s’exécutant de bonne grâce, lui répondit :

Eh ! mon maître, c’est précisément ce que nous voulons.

Ceci se passait avant la réunion des États-Généraux; mais, cinq ou six mois après, les deux mêmes personnages se trouvant encore réunis, Rivarol dit à Mirabeau qui venait d’obtenir on ne sait quel grand succès de la tribune et du dehors, comme cela lui arrivait souvent :

 — C’est bien, Mirabeau, je vous souhaite une heureuse chance; mais rappelez-vous qu’avec le peuple chaque ovation rapproche du supplice, et qu’il n’y a qu’un pas du Capitole à la Roche-Tarpéïenne !

Bravo, mon maître, s’écria le fougueux tribun en tirant son calepin, je vais prendre note de celle-là, et je m’en souviendrai dans l’occasion.

On sait comment il tint parole et en quelle circonstance.

« Annales de la Société d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres d’Indre-et-Loire. »  Tours, 1840. 

La Carmagnole n’est pas une danse

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la-carmagnole

A l’origine, la Carmagnole n’est pas une danse, c’est un vêtement porté par les habitants du village italien de Carmagnolia, dans le piémont.

Veste courte, son sommet est découpé en angle aigu, rabattu sur la poitrine avec plusieurs rangées de boutons en métal, des revers courts et des poches. Elle gagne le sud de la France et, par l’intermédiaire des fédérés marseillais, arrive à Paris pendant la Révolution française.

Les sans-culottes l’adoptent tout de suite et en font un de leurs symboles avant de donner son nom au célèbre et anonyme Chant. Celui-ci a été vraisemblablement composé en 1792 après la prise des Tuileries lors de la journée du 10août.

La Carmagnole devient très populaire au moment de la chute de la royauté, après l’arrestation du roi et son enfermement à la prison du temple. Son texte évoque l’atmosphère de ces journées d’insurrection s’en prenant à Monsieur et Madame Veto (surnoms donnés à Louis XVI et Marie-Antoinette) ainsi qu’aux gardes suisses qui furent massacrés après la prise du château.

Ce n’est que plus tard que la chanson est accompagnée d’une danse en ronde qui commence lentement pendant le couplet, en tapant du pied, puis s’accélère de plus en plus au refrain. Symbole révolutionnaire et populaire, cette chanson reflète les joies, les attentes, les tendances ou les rancoeurs de la population, qui la modifie constamment en y ajoutant un couplet au gré des événements. Elle scande ainsi les épisodes de la Révolution, chantée et dansée au moment des fêtes, lors des grands rassemblements populaires, au départ des troupes ainsi qu’aux exécutions, notamment lorsque Robespierre monte à l’échafaud.

Vêtement avant d’être une chanson, c’est également un genre littéraire dans lequel s’est illustré Bertrand Barère. Cet avocat, qui a présidé le procès de Louis XVI, est membre du Comité de salut public. Instigateur de la Terreur et partisan de la guerre à outrance, l’homme s’est surtout fait connaître par ses discours surnommés « carmagnoles ». Epiques, ils transforment un épisode militaire en mythe républicain; lyriques, ils appellent à l’extermination des ennemis de la Révolution en soutenant les colonnes infernales en Vendée ou en réclamant la destruction de villes qui se sont soulevées comme Lyon ou Marseille. Mais c’est le chant populaire qui restera dans les mémoires.

Alors qu’il est premier consul, Bonaparte interdit de chanter et de danser la Carmagnole. Elle fait toutefois sa réapparition à l’entrée des alliés dans Paris en mars 1814 et rythmera les autres épisodes révolutionnaires tout au long du XIXème siècle. Une nouvelle strophe est chaque fois composée, que ce soit en 1848 à la chute de Louis-Philippe, pendant la Commune de Paris en 1871 ou lors de la Révolution russe de 1917 où, à défaut d’endosser la veste, les Soviétiques entonnèrent le célèbre chant français: « Dansons la carmagnole … »

Olivier Tosseri.  « Historia. »

Le 14 juillet ne célèbre pas la prise de la Bastille

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Fichier: Fête de la panorama.jpg de la fédération

À l’imitation des fédérations régionales de gardes nationales qui avaient commencé dans le Midi dès août 1789 et s’étaient étendues à toute la France, La Fayette, commandant de la Garde nationale de Paris, fait organiser à Paris pour l’anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale de la Fédération.

Le 14 juillet commémore, en fait, la fête de la Fédération qui a eu lieu le 14 juillet 1790. Depuis l’été 1789, devant l’affaiblissement du pouvoir central et pour faire face aux troubles, se sont constituées dans les provinces françaises des fédérations de gardes nationaux. Ces milices de citoyens sont formées sur le modèle de la garde nationale de Paris que commande le marquis de La Fayette. Ce dernier décide de créer une grande fédération nationale réunissant les représentants des fédérations locales. S’inspirant des fêtes civiques spontanées qui ont lieu un peu partout dans les départements, il organise le 14 juillet 1790 à Paris sur le Champ-de-Mars une grande fête de la Fédération qui, tout en commémorant la prise de la Bastille, marquera la réconciliation et l’unité du peuple français.

La fête de la Fédération, tableau de Charles Thévenin, musée Carnavalet
La fête de la Fédération, tableau de Charles Thévenin, musée Carnavalet

Dès le 1er juillet 1790 les travaux commencent pour transformer le Champ-de-Mars en un vaste cirque qui doit pouvoir accueillir 100 000 personnes et au centre duquel s’élève l’autel de la Patrie. Les travaux d’aménagement pour lesquels on fait appel à la bonne volonté des Parisiens se déroulent dans un climat de fraternité et d’enthousiasme. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine côtoient les bourgeois sur le chantier. On y voit même Louis XVI donnant un coup de pioche ou La Fayette en bras de chemise.

100 000 Parisiens au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération
100 000 Parisiens au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération

Le jour dit quelque 100 000 soldats fédérés arrivés de tous les départements entrent dans Paris et défilent de la Bastille au Champ-de-Mars. Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin prennent place dans le pavillon dressé en face de l’école Militaire; côté opposé, un arc de triomphe a été élevé. Sur les tribunes se massent 260 000 Parisiens. Une messe est célébrée par Talleyrand. Puis vient le point d’orgue de la cérémonie. La Fayette prête serment de fidélité à la Nation, au Roi et à la Loi, serment que répète la foule. Louis XVI jure fidélité aux lois nouvelles et accepte la Constitution. Un Te Deum conclut cette journée qui se termine sous les vivats et au milieu des embrassades. La monarchie n’est pas contestée, la Révolution est entérinée, et l’union nationale célébrée. Cette unité sera de courte durée. Moins de trois ans plus tard la République est proclamée et Louis XVI exécuté

Fête nationale du 14 juillet 1880, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, place de la République, Paris, 1883 / Roi Boshi
Fête nationale du 14 juillet 1880, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, place de la République, Paris, 1883 / Roi Boshi

Pendant un siècle la commémoration du 14 juillet est abandonnée. La IIIe République cherche à consolider le nouveau régime et souhaite un imaginaire national qui lui soit propre. En 1880 la Marseillaise est adoptée comme hymne et Benjamin Raspail, le député de la Seine, propose de retenir le jour de la prise de la Bastille pour date de la fête nationale. Mais certains députés arguent des violences qui ont marqué cette journée. C’est donc finalement la fête de la Fédération, plus consensuelle, qui est retenue comme événement à célébrer. Le défilé militaire instauré dès cette époque s’inspire en outre du défilé des fédérés.

Si la fête nationale commémore officiellement la fête de la Fédération, le 14 juillet reste dans la mémoire collective la date de la prise de la Bastille.

Olivier Tosseri

« 150 idées reçues sur l’histoire » & « Wikipédia »