révolution

La cour des Grands Hommes

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louis-philippeCroirait-on qu’un certain nombre de statues des généraux de la Révolution et des maréchaux de l’Empire, qui décorent la cour d’honneur de Versailles sont truquées ?

Lorsque Louis-Philippe eut décidé de dédier Versailles « à toutes les gloires de France », il s’en alla visiter le dépôt des marbres, espérant y trouver quelques statues de guerriers illustres, propres à figurer dans la cour du Palais. Or, il n’y trouva que les statues des généraux Colbert, Despagnes, Roussel, commandées par Napoléon 1er. Le roi trouva que les uniformes étaient très bien, mais que les personnages n’étaient pas suffisamment célèbres, c’est pourquoi il acheta à bas prix tout le stock des généraux, moins les têtes.

On éleva sur les socles les statues ainsi décapitées, et l’on commanda d’autre part, les têtes de Masséna, Lanne, Jourdan, etc. Il ne restait plus qu’à raccorder ces têtes aux troncs et à graver une inscription sur le socle.

Il faut de l’économie en tout !

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Toujours kif-kif

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trotskyVoici une anecdote racontée par Jean Béraud dans son livre Ce que j’ai vu à Moscou qui a fait tant de bruit.

A Kiev, M.Trotsky prononça un discours. On donna ensuite la parole aux contradicteurs. Chose surprenante, il s’en trouva un seul, l’ouvrier Efimoff… Ce travailleur parut à la tribune, une canne à la main. 

— Camarades, dit-il vous voyez cette canne. Elle va raconter l’histoire de la Révolution russe. Avant la Révolution, le pays était gouverné par les aristocrates, que vous représente la poignée de cette canne. Le fer que voici, c’étaient les forçats. Le milieu, c’étaient les ouvriers et les paysans. 

Il se tut, retourna la canne : 

— La Révolution est faite, camarades. Les aristos sont en bas, les forçats en haut… et vous n’avez pas changé de place. 

J’allais oublier ce détail, consigné par le narrateur : L’ouvrier Efimoff, de Kiew, fut passé par les armes dans la semaine qui suivit.  

Phénomènes séditieux

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sans-culotteTous les journaux ont fait mention d’une petite fille des environs de Longwy, dans les yeux bonapartistes de laquelle on peut lire cette légende, Napoléon empereur, écrite distinctement. On a aussi parlé d’un enfant dont l’oeil présente un petit cadran de montre avec les heures en chiffres romains. Enfin, il a été question d’un troisième marmot qui porte sur la poitrine une auréole semblable à celle qui entoure le Saint-Sacrement.

Tous ces faits sont attribués à la force de l’imagination maternelle, frappée durant le temps de la grossesse. Un phénomène de ce genre, et non moins bizarre, a existé à Valenciennes dans les premières années de la révolution. Il a été constaté par un arrêté des représentants du peuple, alors en mission dans cette ville. L’arrêté fut imprimé et distribué. Et il en existe encore quelques exemplaires. En voici le contenu : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ OU LA MORT.

A Valenciennes, le 13 nivôse, l’an III de la république française, une et indivisible. Les représentants du peuple près les armées du Nord, Sambre-et-Meuse et départements frontières, vu la pétition de la citoyenne Magdeleine Bouché, épouse de J.-B. Mercier, volontaire au 1er bataillon du Nord, chargé de plusieurs enfants, qui n’échappa qu’avec beaucoup de peine à la férocité des Autrichiens lors du premier siège de Valenciennes, laquelle vient d’accoucher d’une fille portant sur le sein gauche le bonnet de la liberté, en couleur et en relief, dont la pétition nous a été renvoyée par le comité de salut public. 

Vu le rapport du général divisionnaire Jacob, qui a été par nous chargé de vérifier ce dernier fait.

Considérant qu’il résulte du rapport du général Jacob, qu’il est constant que la fille dont vient d’accoucher la citoyenne Mercier porte sur le sein gauche le bonnet de la liberté, en couleur et en relief. 

Considérant que le peuple français n’a brisé ses antiques idoles que pour mieux honorer les vertus. Que le jour de la liberté, en dissipant les ténèbres mensongères du fanatisme, rend tout leur éclat aux oeuvres de la nature, qui s’est plu, pendant le cours de notre révolution, à nous prodiguer ses bienfaits. Que si les miracles inventés par l’imposture sacerdotale étaient accueillis par l’ignorance et la sottise, il n’appartient qu’aux esprits éclairés et à la raison, d’observer attentivement les prodiges variés du moteur secret de l’univers.

Considérant que le phénomène dont la fille de la citoyenne Mercier offre le premier exemple, prouve, non-seulement que la nature aime à marquer de son sceau le règne de l’indépendance, mais encore l’attachement intime que la mère de cet enfant porte aux  signes sacrés de la liberté. 

Arrête que, sur le vu du présent arrêté, le receveur du district du Quesnay paiera à la citoyenne Mercier, la somme de quatre cents francs, à titre de secours provisoire.

Arrête, en outre, que le présent arrêté sera adressé au comité de salut public et d’instruction publique de la convention nationale. Le présent arrêté sera imprimé et affiché.

Signés, Roger-Duclos et J.-B. Lacoste. Pour copie conforme : Grosley, secrétaire. 

La Pandore, Paris, 1830.

Le poltron

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rognolet

Quand Robespierre, pour s’organiser une apothéose, eut décrété une fête à l’Être-Suprême, il voulut se mettre à même de figurer dignement dans cette solennité de son invention. Y paraître à pied eut été trop bourgeois. Dans un char eut été trop empereur romain. C’est donc à cheval qu’il fallait qu’il se montrât. Malheureusement l’avocat d’Arras manquait de tout talent équestre.

« Qu’à cela ne tienne, se dit-il , avec un peu de temps, d’argent et d’adresse, j’y parviendrai bien. »

Il oubliait le courage. Il en faut peu, mais il en faut toutefois pour affronter la vaillante bête. Et ce peu de courage, Robespierre ne l’eut pas. C’est au parc de Mousseaux qu’il allait pour prendre ses leçons et pour se donner, à tant le cachet, la dignité réclamée pour sa future dictature. On avait choisi le cheval le plus soumis, une vraie haquenée de noble dame. N’importe, Robespierre eut peur. Vingt fois il renouvela l’épreuve, et toujours inutilement. Il dut y renoncer. Aussi, à la fête de l’Être-Suprême, il parut à pied, un bouquet à la main.

Ne croyez pas que cette anecdote a été inventée. Un historien de la révolution, M. Paganel, a parlé de ce fait trop inconnu :

« C’est une chose bien étrange, dit-il, que Robespierre, si hardi d’ailleurs, n’ait jamais pu se résoudre à monter à cheval. Qu’il ait osé de loin, aspirer au pouvoir suprême, et qu’il soit resté glacé de frayeur devant l’animal le plus courageux et le plus nécessaire pour les grandes entreprises. Qu’il ait tracé et presque exécuté un système de dépopulation, dont la simple conception suppose le sang-froid le plus imperturbable, et qu’après plusieurs épreuves faites au jardin de Mousseaux, il ait, timide et tremblant, renoncé à guider les rênes d’un cheval doux et docile. »

On en parla dans Pari , mais bien bas et sans rire, quoique la chose y prêtât bien. Pas un théâtre n’osa risquer le plus petit trait contre le cavalier poltron. Le Cirque eut seul le courage de la parodie. Il est vrai que seul aussi il avait les moyens de la faire complète. Et cette parodie, cette farce, s’est jouée pendant plus de soixante ans devant un public ignorant ce qu’elle cache, et qui dans les premiers temps en eût certes tremblé, s’il eût pu le savoir.

Le cavalier peureux porte encore aujourd’hui un costume à peu près pareil à celui que devait porter Robespierre. On aurait bien voulu pouvoir aussi lui donner son nom, mais c’eût été trop d’audace, on n’osa pas. On s’en tint pour la ressemblance à la première syllabe. Le tailleur, héros de cette farce terrible, s’appelle Rognolet.

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1857.

Une simple faveur

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lavoisier-tribunal

Lavoisier, le créateur de la nouvelle théorie chimique , quoique bien plus occupé de recherches savantes que d’affaires politiques, avait été, comme tant d’autres victimes de la révolution , jeté dans un cachot. Condamné à mort, sans murmurer, il avait demandé une seule grâce : que l’exécution n’eût lieu que dans quelques jours, qui lui suffiraient pour terminer un ouvrage très utile peut-être à la science.

La république , lui avait répondu le farouche accusateur public, n’a pas besoin de science, mais elle veut que la justice ait son cours.

Et le lendemain, Lavoisier devait être guillotiné.

L’Athénée, malgré les orages révolutionnaires, tenait encore quelques séances. Fourcroy arrive à la réunion qui avait lieu le jour de cette cruelle condamnation, et, les larmes aux yeux, il annonce qu’il n’a pu l’empêcher. Lalande, Berthollet, Darcet, Desaulx, Lamarck, Lebrun, Cuvier, Brongniart, qui étaient présents , sont consternés. On se demande d’abord, mais en vain, s’il n’y avait aucun moyen d’arracher à la mort l’illustre chimiste.

Eh bien, s’écrie l’un d’eux, si nous ne pouvons sauver cette tête vénérable, nous pourrons, du moins, la couronner. Qu’une députation du  Lycée (l’Athénée) pénètre dans le cachot de notre pauvre collègue, et lui donne ce dernier témoignage de nos regrets et de notre admiration !

Ce projet, dont l’exécution était si menaçante pour ceux qui s’y dévoueraient, fut accueilli d’une voix unanime. Nous n’avons pu savoir quels furent les hommes qui exposèrent leur vie dans cette députation funèbre ; ce qu’il y a de certain, c’est qu’ils réussirent à parvenir jusqu’au malheureux condamné ; c’est que son cachot retentit de leurs généreuses acclamations ; et Lavoisier, en marchant à la mort, emporta l’assurance qu’il laissait un grand souvenir, des amis et des admirateurs. Du reste, le dévouement des membres du Lycée ne fut fatal à aucun d’eux.

Le lendemain de l’exécution de Lavoisier, le grand mathématicien Louis de Lagrange commente : 

Il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête et cent années, peut-être, ne suffiront pas pour en reproduire une semblable.

« Journal des beaux-arts et de la littérature. »Paris, 1839.

Le Vengeur

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le-vengeur-jean-jacques-francois-taurel

Au début des guerres de la Révolution, un vieux navire faisait encore partie de la marine française. Ce vaisseau avait été offert au roi, dans les premières années du XVIIIe siècle, par une riche châtelaine bretonne, qui voulait ainsi venger la mort de son fiancé, officier de marine, tué par les Anglais.

En 1791, ce navire était rattaché à une escadre chargée d’escorter un convoi de blé qui venait d’Amérique. Les Français rencontrèrent les Anglais et un combat s’engagea au large de Brest. De même qu’un corps débile peut renfermer une âme indomptable, la carcasse pourrie du Vengeur, animée par l’esprit héroïque et la foi ardente de ses défenseurs, résista à outrance : mais le navire succomba malgré sa courageuse défense et s’abîma dans les flots aux cris de « Vive la République ! » poussés par une grande partie de l’équipage qui n’avait pas quitté le bord.

Ce fut aussi aux cris de « Vive la République ! » que des vaisseaux ennemis furent capturés par des escadrons français. Ce fait d’armes invraisemblable fut accompli par les hussards de Pichegru qui s’emparèrent pendant le rude hiver de 1792, de la flotte hollandaise prise dans les glaces du Zuyderzée.

« Maman les petits bateaux. » Texte & dessins par André Hellé. Paris, 1928.
Peinture attribuée à Jean-Jacques-François Taurel.