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le Bottin des mendiants

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Il y a déjà quelque temps, la police parisienne arrêta un certain Alexandre Pretet, qui avait élevé la mendicité à la hauteur d’une institution. Il prenait, nous a raconté le Tout-Paris du Gaulois, des informations sur toutes les personnes riches et charitables de Paris.

On a trouvé sur lui une liste de noms, lesquels noms étaient invariablement suivis d’une note indiquant une grande connaissance du cœur humain.

Voici un extrait de cette liste :

M. le marquis de Boisgelin, 36, rue Saint-Dominique. – Dire qu’on est de l’Yonne.

M. le général Arnaudeau, sénateur, 53, rue du Four. – Dire qu’on est de la Haute-Vienne.

M. Cornil, sénateur, 19, rue Saint-Guillaume. – Dire qu’on est de l’Allier.

Mme de Tourville, 10, place des Vosges. – Bigote. Ne pas se présenter en personne. Faire une lettre où l’on expliquera sa situation misérable.

Mme la marquise de Talhouët-Roy, 13, faubourg Saint-Honoré. – Lui écrire, mais ne pas aller chez elle.

M. Bernard, directeur de la Belle-Jardinière. – Lui demander seulement des effets.

M. le prince d’Hénin, 18, rue Washington. – Joindre à la demande des certificats.

Mme la baronne Hottinguer, 8, boulevard Malesherbes. – Dire qu’on a beaucoup d’enfants.

« Journal littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : « La Belle et le Clochard. » Capture You Tube. 

Le croissant de Lord Rothschild

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Enfin ! la banque d’Angleterre vient de se décider à émettre des billets de… vingt-cinq millions ! Ce n’est pas trop tôt, car, vraiment, on ne sait rien de plus désagréable que de se promener avec vingt-cinq millions en petite monnaie dans sa poche. C’est incommode, et ça grossit les poches. Fi ! Les vingt-cinq millions réunis en un seul billet, on pourra sortir.

Seulement, hélas ! la banque susdite n’a émis que quatre billets de cette sorte et a détruit aussitôt après les planches sur lesquelles ces humbles banknotes avaient été gravées (toujours des injustices !). Lord Rothschild, de Londres, en possède un; M. Coutts, le grand banquier, en détient un autre; M, Samuel Rogers, le poète millionnaire, a fait encadrer le troisième qui orne sa bibliothèque (voilà ce qu’on appelle « une riche bibliothèque ! »); enfin, le quatrième appartient à la Banque d’Angleterre elle-même…

Du reste, si ces morceaux de papier sont précieux en ce qu’ils permettent de porter sur soi, sans fatigue sensible, une somme, hum ! relativement considérable, ils offrent aussi un inconvénient assez fâcheux. Quelqu’un s’est laissé dire que Lord Rothschild, étant entré récemment chez un boulanger pour acheter un petit pain et n’ayant pas un penny de monnaie, tendit négligemment son billet de vingt-cinq millions au patron de l’établissement. Celui-ci très digne, répondit qu’il n’avait pas de monnaie, et Lord Rothschild dut restituer le croissant.

Ce n’est pas toujours drôle d’être riche !

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.