Rio-de-Janeiro

Citation de Mermoz  à l’ordre de la nation

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jean_mermoz.Sublime figure d’aviateur, 8.200 heures de vol, d’une valeur morale et professionnelle hors de pair; créateur, aux prix d’efforts surhumains, de l’aviation commerciale France-Océanie, a fait de son nom un symbole et de sa carrière une longue suite d’exploits. Allant jusqu’au bout de toute entreprise, envisageant la mort avec sérénité, a mérité l’admiration générale par la grandeur de ses actes. Porté disparu avec l’équipage de la Croix-du-Sud, dont il était le  chef de bord, accomplissait sa 24e traversée de l’Atlantique sur la ligne postale qu’il avait été le premier à tracer. Entre de plain-pied dans la légende et s’inscrit parmi les héros les plus purs de l’aviation française. 

Jacques Mortanes qui fut l’ami de Jean Mermoz, comme il est l’ami de tous les aviateurs auxquels il n’a cessé de témoigner le plus utile dévouement, nous a donné sur le célèbre pilote de précieux renseignements. 

jean_mermozMermoz était né à Aubenton, dans l’Aisne, le 3 décembre 1901. Après son baccalauréat, il s’engagea pour quatre ans dans l’aviation. Il fut envoyé en 1919 à l’école d’Istres, puis en escadrille à Palmyre, en Syrie. Un jour, à cent cinquante kilomètres en pleine dissidence, son avion avait pris feu. On sait quelle suite d’aventures que, durant quatre nuits et quatre jours, les aviateurs vécurent pour rentrer à Palmyre. 

Il est en 1925 à Toulouse, et affecté à la ligne Natal-Buenos-Ayres au début de 1928. Il inaugura tour à tour les lignes Buenos-Ayres-SantiagoBuenos-Ayres-Patagonie, Paraguay et Bolivie et fut le premier à accomplir la traversée du Brésil sans escale. Avec le regretté Pranville, il survole la forêt vierge de Rio-de-Janeiro à Porto-Suarez en Bolivie. 

Le premier il traversa la Cordillère des Andes avec un avion commercial. 

croix_du_sudUn jour, avec le regretté comte Henry de La Vaulx, il dut se poser à 2.800 mètres d’altitude sur une plate-forme en pente menant droit à un précipice. Au lieu de s’arrêter, l’appareil continua le long du toboggan. Sans hésiter, Mermoz sauta hors de son poste et se coucha en travers de la route suivie calant une roue avec son corps d’athlète. 

Une autre fois, volant de Santiago à Copiapo avec son fidèle mécanicien Alexandre Colenot (englouti lui aussi dans l’Atlantique, le 10 février dernier, exactement de la même façon mystérieuse, sans laisser la moindre trace de la tragédie) l’avion fut aspiré par les remous et obligé de se poser sur un pente rocheuse entourée de ravins à pic, à 4.200 mètres au-dessus de la mer, à 160 kilomètres de toute habitation, par une température de 20° au-dessous de zéro.

 J’aime mieux mourir d’un accident d’avion que de froid dans la neige, déclare Mermoz. 

Collenot se met au travail. Mermoz l’aide. Le lendemain, il réussit, après bien des efforts,
à prendre assez d’altitude pour sortir de cette cuvette. 
couzinet_70Il s’intéressa ensuite au problème de l’Atlantique. Auparavant, il battit le record du monde en circuit fermé, couvrant 4.500 kilomètres en 23 heures. Puis il effectua la première traversée postale de l’Atlantique sud sans escale en hydravion, les 12 et 13 mai 1930, avec Jean Dabry et Léopold Gimié, en 23 heures, pour les 3.200 kilomètres. Le 12 juillet, au retour, faute d’huile, à une heure du matin, Mermoz réussit à tenir jusqu’à l’aurore et à se poser auprès de l’aviso Phocée, qui le recueillit, non sans danger, les requins faisant bonne garde. 

Puis, avec Paillard, Mermoz battit le record du monde de durée en circuit fermé, en tenant 57 heures. 

Le 21 février 1932, panne dans la Méditerranée, avec le radio Lucien Régnier. Pendant quatre heures seize l’équipage lutta contre les flots déchaînés, tandis que, grâce à la T.S.F., les secours se dirigeaient vers lui.mermozEn 1933, avec l’extraordinaire Arc-en-Ciel, avion trimoteur de René Couzinet et six personnes à bord : Pierre Carretier, Louis Mailloux, Camille Georges Jousse, Manuel et René Couzinet lui-même, Mermoz réussit la double traversée de l’Atlantique sud, volant de Paris à Buenos-Ayres et retour, effectuant l’étape Saint-Louis-Natal à 230 à l’heure (record) et, dans l’étape Natal-Dakar, volant pendant quatre heures avec deux moteurs seulement sur trois, ce qui n’empêcha pas l’avion d’arriver au but avec exactitude et précision. 

Lorsqu’il a disparu, pour la vingt-quatrième fois il survolait les flots perfides qui devaient nous le ravir avec ces autres grands héros d’Air-France : Alexandre Pichodou, pilote millionnaire de kilomètres aux 38 traversées; le navigateur Henri Ezan, aux 17 traversées; le radio Edgar Cruveilher, aux 10, et le mécanicien Jean Lavidalie, aux 20. 

C’est un grand pilote qui disparaît. Il est de ceux dont le nom restera dans le tragique martyrologe de l’aviation française.

« Le Monde illustré. » Paris, 1936.

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Duguay-Trouin le corsaire

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dugay-trouin-corsaireUn soir de juin 1711, à la nuit tombante, un adolescent regardait les navires contenus dans le port de Brest. Sept vaisseaux de guerre et huit frégates dormaient sur les eaux calmes.

Nul ne connaissait la destination de cette escadre, placée sous les ordres d’un capitaine de vaisseau René Duguay-Trouin, célèbre corsaire. Lorsque minuit tinta, l’adolescent sauta dans une barque amarrée près du quai et se mit à ramer. Enfin, le jeune homme toucha la proue dorée d’un navire nommé le Lys. Une minute après, il se trouvait sur le pont désert. Une écoutille s’offrit à lui et il s’y engouffra.

Le lendemain, l’escadre mettait à la voile. Une demi-heure plus tard, un gabier vint avertir le capitaine qu’un jeune homme avait été trouvé à fond de cale. Ce fut dans la « grand’chambre » que Duguay-Trouin fit comparaître le passager clandestin. Interrogé, le jeune garçon déclara se nommer Jean de Raucourt. Son plus vif désir était  d’accompagner le valeureux capitaine, dont il connaissait le but. Avec lui, il voulait pénétrer dans Rio-de-Janeiro. La ville brésilienne était, en effet, l’objectif de l’escadre, mais le secret avait été bien gardé, aussi le capitaine, surpris, interrogea :

Qui es-tu pour en connaître tant ?
— Mon père était sous les ordres du capitaine Du Clerc, l’année précédente. S’il a été tué là-bas, je veux le venger, s’il vit encore je veux le retrouver.

Cette réponse expliquait tout. Il y avait un an, en effet,Du Clerc avait tenté d’investir Rio-de-Janeiro. Il avait péri dans le combat et les soldats survivants se trouvaient prisonniers et soumis aux tortures. Emu, le capitaine lui permit de demeurer à son bord.

Le 12 septembre, l’escadre se déployait au large de Rio-de-Janeiro. Par un premier trait d’audace, Duguay-Trouin força l’entrée du port. Il parvint à ranger ses vaisseaux, hors de portée des canons, sous les murs de la ville. Pendant les jours suivants, il fit débarquer ses troupes de choc à la Praïa-das Moças, à deux mille à l’ouest de la ville. Le commandant du Magnanime, le chevalier de Courserac, enleva le fortin de l’Ile des Cobras et établit une batterie à la pointe de Nossa-Senhora-da-Sauda. Jean avait demandé et obtenu la faveur de participer à cette action. Alors, le siège de la ville commença.

Le 18, les occupants du fort des Bénédictins firent une sortie que les Français repoussèrent. Le 20, un tambour s’avança jusqu’aux remparts, pour remettre au Gouverneur un pli de Duguay-Trouin. Celui-ci sommait D. Francisco de Castro-Morais de se rendre. La proposition ayant été refusée, le bombardement recommença. Le 21, l’assaut fut donné à l’anse Valangro.dugay-trouinMais, pendant la nuit, une violente tempête s’était déchaînée. Les assiégés en avaient profité pour fuir la cité et se réfugier dans les montagnes avoisinantes. Les troupes françaises pénétrèrent donc dans une ville presque déserte. Ce fut en proie à la plus vive émotion, que Jean s’élança, l’un des premiers, dans Rio-de-Janeiro. Bientôt, Jean comprit que, perdu dans la foule des soldats, il lui serait impossible d’explorer la prison. En toute hâte, il retourna au quartier général de Duguay-Trouin qui venait d’être établi au couvent des Jésuites. Là, un à un, le capitaine fit comparaître devant lui les six cents prisonniers survivants de l’expédition Du Clerc.

Jean dévisageait tour à tour les malheureux. Soudain, il poussa un cri de joie. Il venait de retrouver son père, le capitaine de frégate de Raucourt. Mais des clameurs et des lueurs attirèrent bientôt l’attention du corsaire et de ses officiers. Malgré des ordre sévères, une partie des captifs délivrés, ivres de vengeance, pillaient la ville. Aussitôt, Duguay-Trouin fit mettre fin aux désordres. Mais une armée portugaise, rassemblée à quelque distance, était, attendue par les vaincus comme une dernière ressource. Duguay-Trouin marcha résolument au-devant d’elle, la réduisit à l’inaction par l’énergie de son attitude et traita en maître avec le Gouverneur.

La rançon de la ville fut fixée à une somme de 610.000 cruzades, 5.000 caisses de sucre, de nombreuses têtes de bétail, ainsi que des ballots de coton, de tabac, de café, des peaux de loutres, du cuir et du bois. Sans compter des coffres contenant des diamants et d’autres pierres précieuses. Le tout formait trente millions. Les richesses furent réunies à la base du fort de la Miséricorde et l’on commença à en dresser l’inventaire, ce qui fut de toute cette expédition le travail qui sembla le plus rude au corsaire.

Alors, pendant que sous ses yeux défilaient ces merveilleuses richesses, Duguay-Trouin  dit à Jean, qui se trouvait a ses côtés :

De tout ceci, je ne vois qu’une chose : ces joyaux, cet or seront par le roi convertis en armées, en vaisseaux. Ces hommes, ces navires seront pour la France et lui permettront sans doute d’obtenir la fin de la guerre. La paix sauvera des milliers de vies humaines…

Et Jean, qui venait de vivre l’une des aventures les plus splendides de notre histoire, prit la main du héros et la porta respectueusement à ses lèvres.

« Le Journal de Toto. » Paris, 1937.