roi de Bavière

Souvenir wagnérien

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M. Angelo Neumann, le directeur du Théâtre allemand de Prague, a célébré le soixante-dixième anniversaire de sa naissance. Ses admirateurs lui ont offert à cette occasion un album contenant les portraits de tous les compositeurs, poètes, chefs d’orchestre, chanteurs, acteurs et virtuoses avec lesquels il a été en relations, soit en qualité de directeur de théâtre, soit en qualité d’organisateur de concerts. M. Angelo Neumann a publié un livre intitulé Souvenirs sur Richard Wagner, dont a été tirée cette anecdote :

Au printemps de 1864, Neumann, qui ne connaissait pas encore Wagner, se trouvant à Stuttgart pour chanter Don Juan, était descendu à l’hôtel Marquardt. Désireux de se livrer à quelques études et de travailler dans le recueillement, il fut très désagréablement surpris de constater que son voisin de chambre se promenait du matin au soir à grands pas, ayant aux pieds des bottes qui faisaient sans relâche un bruit infernal. 

 Quel est donc le personnage que j’ai à côté de moi, dît-il au garçon, il se démène comme un lion dans sa cage.
—  C’est un nommé Richard Wagner, lui fut-il répondu.

Rencontrant peu d’instants après le propriétaire de l’hôtel, Neumann lui dit sa satisfaction d’avoir Wagner pour voisin, ajoutant qu’il supporterait bien volontiers les bruits qui l’avaient d’abord exaspéré. 

 Je suis bien aise que cet artiste vous soit sympathique, dit alors Marquardt, car je dois vous avouer confidentiellement qu’il est en ce moment dans de cruels embarras d’argent. Il n’ose plus venir à la table d’hôte parce que l’usage ici est de payer immédiatement après chaque repas. Allez donc le trouver et dites-lui que mes deux meilleures chambres sont à sa disposition et que je l’invite à la table d’hôte sans qu’il ait rien à débourser. Je suis trop heureux d’avoir chez moi un homme de sa valeur.

Neumann n’osa pas faire la commission lui-même. Il en chargea les époux Eckert, qui étaient dans l’intimité de Wagner. Ceux-ci avaient déjà écrit à Vienne pour faire venir une somme de 700 florins qu’ils voulaient offrir à Wagner pour lui permettre de retourner en Suisse.

Le soir même de ce jour, Wagner assistait à la représentation de Don Juan et s’en montrait entièrement satisfait. Le lendemain, il recevait l’offre du roi de Bavière de se rendre à Munich et partait aussitôt pour cette ville.

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1908.

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Mon train à moi !

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On connaissait des souverains qui se payaient la coûteuse fantaisie d’un théâtre pour eux tout seuls. On connaît sur ce point les originales exigences du feu roi de Bavière, Louis II.

Voici qu’un lord anglais, le marquis de Dewonshire, s’est offert le luxe d’un chemin de fer qu’il exploite en personne. Il s’est fait construire une voie ferrée qui, avec des sinuosités, passe à travers ses propriétés sur une longueur de dix milles anglais. Le matériel consiste en une locomotive, un tender et un wagon pour les voyageurs, décoré princièrement.

A chaque départ, les plus jeunes membres de la famille, y compris les dames mêmes remplissent les fonctions de garde-voie ou d’aiguilleurs en se tenant avec leurs pavillons à signaux près de leurs maisonnettes de gardes. Le marquis chauffe lui-même la chaudière, il monte ensuite sur la locomotive et la lance à travers l’espace avec tous ses hôtes, à la vitesse de quarante milles anglais à l’heure.

Très souvent, il donne l’alarme à son personnel de chemin de fer, c’est-à-dire à sa famille, au beau milieu de la nuit. Ses hôtes se jettent à bas de leur lit, courent au wagon, qui bientôt dans une course folle dévore l’espace sous les flots de lumière électrique qui éclaire le paysage.

« Le Réveil de la Haute-Saône. »   Vesoul, 1895.
Illustration : activitesbebes.com