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Un juron de Henri IV

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Henri IV, devenu roi de France, n’avait pu se défaire de certaines habitudes contractées dans la vie des camps. 

Il jurait fort souvent et son juron favori Jarniadieu ! (je renie Dieu) sonnait assez mal dans la bouche d’un roi très chrétien. 

Son confesseur, le prêtre Cotton, lui dit un jour : 

— Sire, puisqu’il est si difficile à Votre Majesté de s’abstenir de tout juron, je la supplie de renier le nom d’un humble prêtre comme moi, plutôt que celui du Créateur.

Le roi le promit, trouvant l’idée plaisante, et dès lors ne jura plus que par Jarnicoton ! 

Illustration : Marcel Gotlib.

Mal de mer

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Ce qui rend particulièrement sympathique le roi d’Espagne aux Parisiens, c’est sa crânerie. Celui qui reste, malgré sa longue taille, le « petit roi », est familier à notre pays.On a pu le voir, à Biarritz, dans ces voitures de place, accompagné d’amis qui se pressaient en grappes, dans la capote, sur le marchepied.

Personne n’a oublié l’ovation qui l’accueillit après l’alerte tragique qui secoua Paris lors de son premier voyage. Et pourtant, malgré son indéniable bravoure, le « petit roi » eut, en France, un instant d’émotion. Il devait s’embarquer à Cherbourg. Il s’enquit avec inquiétude de l’état du ciel. Il paraissait hanté par le fantôme du mal de mer. Et comme un chambellan lui faisait remarquer que, l’année précédente, il avait passé la revue de la flotte espagnole dans la rade de Carthagène, par un très gros temps, et qu’il lui rappelait qu’il n’avait eu aucune préoccupation, il répondit :

— Carthagène est en Espagne. Si je suis malade en Espagne, c’est sans importance. Si demain je suis malade sur un bateau anglais, auprès d’officiers anglais, je serai ridicule.

Le lendemain, la mer était forte, mais Alphonse XIII ne fut nullement ridicule.

« L’Homme libre. » Paris, 1913.

Superstitions

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Les anciens attachaient des idées superstitieuses à l’intempérie des saisons. Ainsi, les Hérules massacraient leur roi quand des pluies détruisaient les biens de la terre.

« Six choses, disent les anciennes lois d’Irlande, témoignent de l’indignité d’un roi : opposition illégale dans le conseil, infraction aux lois, disette, stérilité des vaches, pourriture du fruit, pourriture du grain mis en terre. Ce sont là six flambeaux allumés pour faire voir le mauvais gouvernement d’un roi. » 

L’historien espagnol Antonio de Solís y Ribadeneyra raconte que lorsque l’empereur du Mexique montait sur son trône, on lui faisait jurer que, pendant son règne, les pluies auraient lieu suivant les saisons, qu’il n’y aurait ni débordement des eaux, ni stérilité de la terre, ni maligne influence du soleil.

En Chine, c’est aussi une maxime reçue que, si l’année est bonne, c’est que l’empereur est béni du ciel, et ses sujets lui en tiennent compte. Mais il court grand risque d’être détrôné s’il survient quelque tremblement de terre ou une suite d’inondations ou d’incendies, car alors on croit, voir un arrêt du ciel dans ces désastres.

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

Le roi et son peuple

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Lorsque se déclara la maladie de George V qui devait l’emporter, sir Stanley Hewell, médecin du roi depuis 1914 et lord Dawson of Den, médecin ordinaire depuis 1907, affichèrent tous les jours, à la grille du palais de Buckingham, des bulletins de santé ardemment attendus par une foule énorme.

Un Anglais, désireux d’avoir des nouvelles du roi et voulant accélérer sa course à pied jusqu’au palais de Buckingham, héla un taxi. Arrivé, il ordonna au chauffeur de l’attendre. Il fit la queue durant une heure, parvint finalement à lire le bulletin et revint vers son taxi. Le taximètre indiquait la même somme que lorsqu’il avait quitté la voiture.

 Votre compteur ne marche pas, chauffeur !
— C’est moi qui l’ai arrêté exprès ! Pensez-vous que je vais vous faire payer le temps d’arrêt parce que vous avez attendu pour lire le bulletin ? S’il est votre roi, il est aussi le 
mien… Seulement, service pour service, dites-moi ce qu’il y avait sur ce bulletin !

« Lisez-moi Historique. » Paris, 1936.

Le vieux cheval

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Charles, roi de Naples, rendait tous les jours, la justice à ses sujets, assisté de ses ministres et de ses conseillers. Dans la crainte que les gardes ne fissent pas entrer les pauvres, il avait fait placer, dans la salle même où il donnait ses audiences, une sonnette dont le cordon pendait hors de la première enceinte.

Un vieux cheval, abandonné de son maître, vint se frotter contre le mur, et fit sonner :  

Qu’on ouvre, dit le roi, et faites entrer.
Ce n’est que le cheval du seigneur Capece, dit le garde en rentrant.

Toute l’assemblée éclata de rire.

Vous riez, dit le prince, sachez que l’exacte justice étend ses soins jusque sur les animaux. Qu’on appelle Capece.

Ce seigneur étant arrivé, le roi demande :

Qu’est-ce que c’est que ce cheval que vous laissez errer ? 
Ah ! mon prince, répond le cavalier, c’a été un fier animal dans son temps : il a fait vingt campagnes sous moi. Mais enfin il est hors de service, et je ne suis pas d’avis de le nourrir à pure perte.
Le roi mon père vous a cependant bien récompensé.
Il est vrai, j’en suis comblé.
Et vous ne daignez pas nourrir ce généreux animal, qui eut tant de part à vos services ? Allez de ce pas lui donner une place dans vos écuries, qu’il soit tenu à l’égal de vos autres animaux domestiques. Sans quoi je ne vous tiens plus vous-même pour loyal chevalier, et je vous retire mes bonnes grâces.

Jean-Baptiste Blanchard. « L’école des moeurs, ou Réflexions morales et historiques sur les maximes de la sagesse. » Lyon, 1798.

 

La naissance d’Henri V

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Un érudit, M. Albert Malet, agrégé d’histoire, a découvert à la Bibliothèque nationale une copie des Mémoires inédits de la duchesse de Gontaut-Biron.

Née en 1773, elle mourut seulement en 1855. Sous la Restauration, elle devint gouvernante des Enfants de France, et comme telle elle dut assister officiellement à la naissance du duc de Bordeaux. Ici nous laissons la parole à M. Albert Malet, qui nous donne, d’après les Mémoires en question, la bien curieuse anecdote qui suit :

Mme de Gontaut, qui habitait aux Tuileries comme gouvernante de Mademoiselle, venait de se coucher, quand l’on frappa violemment à sa porte :

Venez vite, vite ! lui crie-t-on, Madame accouche ! Dépêchez-vous ! 

Prête à se lever au premier signal, elle prend à peine le temps de passer un peignoir et se précipite dans la chambre de la duchesse. Celle-ci la salue de ce cri :

C’est Henri !

Et les deux femmes s’embrassent éperdument.

Vite des témoins ! ajoute Madame…

Le duc d’Orléans arrivait. Avant d’aller présenter ses félicitations à l’accouchée, il entra dans le salon où l’on avait porté l’enfant. Il le regarda attentivement. Puis, marchant au duc d’Albuféra :

Monsieur le maréchal, lui dit-il, je vous somme de déclarer ce que vous avez vu. Cet enfant est-il réellement le fils de la duchesse de Berry ? 

Mme de Gontaut ne put réprimer un vif mouvement d’impatience.

Dites, Monsieur le maréchal, dites tout ce que vous avez vu. 

Le maréchal attesta énergiquement la légitimité de l’enfant.

Je le jure sur mon honneur ! ajouta-t-il. Je suis plus sûr que monseigneur le duc de Bordeaux, ici présent, est l’enfant de Mme la duchesse de Berry, que je ne le suis que mon fils soit l’enfant de sa mère.

Il y eut un long silence, puis le duc d’Orléans salua et sortit. 

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

A propos de tabac à priser

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Le père Labat raconte dans son voyage aux îles de l’Amérique (1722) que « le tabac fut une pomme de discorde qui alluma la guerre entre les sçavants ».

« En seize cent quatre vingt dix neuf, dit ensuite le bon père dominicain, M. Fagon, premier médecin du Roi, n’ayant pu se trouver à une thèse de médecine sur le tabac à laquelle il devait présider en chargea un autre médecin. Le nez de ce médecin ne fut pas d’accord avec la langue, car on remarqua que pendant tout le temps que dura l’acte il eut la tabatière à la main et ne cessa de prendre du tabac. La conclusion de la thèse était que le tabac abrégeait la vie. »

On sait que Napoléon prisait outrageusement. Avant lui, le jeune Arouet avait de très bonne heure contracté semblable habitude. Il arriva qu’un jour où il faisait sauter sa tabatière pendant la classe, on la lui confisqua, et il fit, paraît-il, une supplique en vers pour la ravoir.

On sait aussi que Voltaire détestait les jeux de mots. Cependant le tabac lui en fit commettre un… bien mauvais.

« Je préfère, aurait-il dit un jour, une once de tabac à un nonce du pape. »

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.