roi

Le vieux cheval

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charles-d-anjouCharles, roi de Naples, rendait tous les jours, la justice à ses sujets, assisté de ses ministres et de ses conseillers. Dans la crainte que les gardes ne fissent pas entrer les pauvres, il avait fait placer, dans la salle même où il donnait ses audiences, une sonnette dont le cordon pendait hors de la première enceinte.

Un vieux cheval, abandonné de son maître, vint se frotter contre le mur, et fit sonner :  

Qu’on ouvre, dit le roi, et faites entrer.
Ce n’est que le cheval du seigneur Capece, dit le garde en rentrant.

Toute l’assemblée éclata de rire.

Vous riez, dit le prince, sachez que l’exacte justice étend ses soins jusque sur les animaux. Qu’on appelle Capece.

Ce seigneur étant arrivé, le roi demande :

Qu’est-ce que c’est que ce cheval que vous laissez errer ? 
Ah ! mon prince, répond le cavalier, il a été un fier animal dans son temps : il a fait vingt campagnes sous moi. Mais enfin il est hors de service, et je ne suis pas d’avis de le nourrir à pure perte.
Le roi mon père vous a cependant bien récompensé.
Il est vrai, j’en suis comblé.
Et vous ne daignez pas nourrir ce généreux animal, qui eut tant de part à vos services ? Allez de ce pas lui donner une place dans vos écuries, qu’il soit tenu à l’égal de vos autres animaux domestiques. Sans quoi je ne vous tiens plus vous-même pour loyal chevalier, et je vous retire mes bonnes grâces.

Jean-Baptiste Blanchard. « L’école des moeurs, ou Réflexions morales et historiques sur les maximes de la sagesse. » Lyon, 1798.

La naissance d’Henri V

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Naissance-duc-de-bordeaux

Un érudit, M. Albert Malet, agrégé d’histoire, a découvert à la Bibliothèque nationale une copie des Mémoires inédits de la duchesse de Gontaut-Biron.

Née en 1773, elle mourut seulement en 1855. Sous la Restauration, elle devint gouvernante des Enfants de France, et comme telle elle dut assister officiellement à la naissance du duc de Bordeaux. Ici nous laissons la parole à M. Albert Malet, qui nous donne, d’après les Mémoires en question, la bien curieuse anecdote qui suit :

Mme de Gontaut, qui habitait aux Tuileries comme gouvernante de Mademoiselle, venait de se coucher, quand l’on frappa violemment à sa porte :

Venez vite, vite ! lui crie-t-on, Madame accouche ! Dépêchez-vous ! 

Prête à se lever au premier signal, elle prend à peine le temps de passer un peignoir et se précipite dans la chambre de la duchesse. Celle-ci la salue de ce cri :

C’est Henri !

Et les deux femmes s’embrassent éperdument.

Vite des témoins ! ajoute Madame…

Le duc d’Orléans arrivait. Avant d’aller présenter ses félicitations à l’accouchée, il entra dans le salon où l’on avait porté l’enfant. Il le regarda attentivement. Puis, marchant au duc d’Albuféra :

Monsieur le maréchal, lui dit-il, je vous somme de déclarer ce que vous avez vu. Cet enfant est-il réellement le fils de la duchesse de Berry ? 

Mme de Gontaut ne put réprimer un vif mouvement d’impatience.

Dites, Monsieur le maréchal, dites tout ce que vous avez vu. 

Le maréchal attesta énergiquement la légitimité de l’enfant.

Je le jure sur mon honneur ! ajouta-t-il. Je suis plus sûr que monseigneur le duc de Bordeaux, ici présent, est l’enfant de Mme la duchesse de Berry, que je ne le suis que mon fils soit l’enfant de sa mère.

Il y eut un long silence, puis le duc d’Orléans salua et sortit. 

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

A propos de tabac à priser

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tabac-a-priser

Le père Labat raconte dans son voyage aux îles de l’Amérique (1722) que « le tabac fut une pomme de discorde qui alluma la guerre entre les sçavants ».

« En seize cent quatre vingt dix neuf, dit ensuite le bon père dominicain, M. Fagon, premier médecin du Roi, n’ayant pu se trouver à une thèse de médecine sur le tabac à laquelle il devait présider en chargea un autre médecin. Le nez de ce médecin ne fut pas d’accord avec la langue, car on remarqua que pendant tout le temps que dura l’acte il eut la tabatière à la main et ne cessa de prendre du tabac. La conclusion de la thèse était que le tabac abrégeait la vie. »

On sait que Napoléon prisait outrageusement. Avant lui, le jeune Arouet avait de très bonne heure contracté semblable habitude. Il arriva qu’un jour où il faisait sauter sa tabatière pendant la classe, on la lui confisqua, et il fit, paraît-il, une supplique en vers pour la ravoir.

On sait aussi que Voltaire détestait les jeux de mots. Cependant le tabac lui en fit commettre un… bien mauvais.

« Je préfère, aurait-il dit un jour, une once de tabac à un nonce du pape. »

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

Fâcheuses pratiques

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marché

On se plaint fort actuellement des fraudes alimentaires. La chose n’est pas nouvelle.

« Les pauvre gens qui fréquentent les foires et les marchés sont souvent trompés et déçus par les paysans portant les denrées gatées ou fraudées,telles que : œufs pourris et couvés, lait écrémé et mouillé, beurre renfermant navets ou pierres… » Il ne s’agit pas  là,  comme on pourrait le croire, de plaintes d’huy ou d’hier, naïvement exprimées par une cuisinière bourgeoise au début du vingtième siècle.Ces paroles sont empruntées à une supplication que les consuls, bourgeois, manants et habitants de la ville d’Ambert présentèrent en 1481 à messire Jacques de Tourzel,  » seigneur d’Allègre, de  Viverois , de Riols et du pays de Livradois, de Saint-Just, de Somelys et autres terres ». Les quatre consuls en charge, « sages et discrets hommes, maîtres Jehan Bonnefoy, Damien Rolle, Benoist Gautier, François Nicolon », exposaient à Jacques de Tourzel les les « cautèles et larcins » qui se commettaient et se perpétraient dans leur ville : « Sans cesse il y a complaints, procès et différends tumultes, noises et débats y sont mus sur et à l’occasion desdits faits, bourgeois et paysans se chamaillant et se pelaudant les uns les autres. » Ils concluaient en le suppliant de mettre fin par d’énergiques mesures à une situation aussi intolérable.

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Jacques de Tourzel n’hésita pas : voulant à toute force « faire quitter de tant fâcheuses, laides et abominables pratiques et punir aigrement du monde si grand délinquant », il « voulut et ordonna » que, dans les trois cas ci-dessous énumérés, telles punitions soient appliquées.

« A tout homme ou femme qui aura vendu lait mouillé, soit mis un entonnoir dedans sa gorge, et ledit lait mouillé entonné, jusques à tant qu’un médecin ou barbier dise qu’il n’en peut, sans danger de mort, avaler davantage.

« Tout homme ou femme qui aura vendu beurre contenant navet, pierre ou autre telle chose, sera saisi et bien curieusement attaché à nostre pilori du Pontel. Puis, sera ledit beurre rudement posé sur sa tête, et laissé là tant que le soleil ne l’aura entièrement fait fondre. Pourront les chiens le venir lécher, et le menu peuple l’oustrager par telles épithètes diffamatoires qu’il lui plaira (sans offense de Dieu, du roi ni d’autre). Et si le temps ne s’y preste et n’est le soleil assez chaud, sera ledit délinquant en telle manière exposé, dans la grand’salle de la geôle,  devant un beau, gros et grand feu, où tout un chacun le pourra venir voir.

« Tout homme ou femme qui aura vendu oeufs pourris ou gâtés, sera pris au corps et exposé sur nostre pilori du Pontel. Seront lesdits oeufs abandonnés aux petits enfants qui, par manière de passe-temps joyeux, s’ébattront à les lui lancer sur le visage ou dessus ses habillements, pour faire rire le monde. Mais ne leur sera permis jeter austres ordures. »

pilori

Les Archives du Puy-de-Dôme, qui possèdent cette curieuse ordonnance, ne nous indiquent malheureusement pas si de pareilles mesures furent suivies d’un effet salutaire.

« Revue du traditionnisme français et étranger. »  Paris, 1910.

Comme un vase fêlé

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alphonse-X

Ce n’était pas un ancêtre direct du roi Alphonse XIII , mais Alphonse X n’en était pas moins un de ses prédécesseurs. Il est donc intéressant, au moment où le jeune roi va venir à Paris, de rappeler le souvenir de cet Alphonse X, qui fut un monarque remarquable et rédigea de 1256 à 1263, le recueil des lois de son pays. C’est lui qui disait :

L’abus de la parole rabaisse le prix de ce que vous dites, et fait connaître vos faiblesses. Si vous n’êtes pas homme d’un grand mérite, tout le monde le reconnaîtra à votre langage. Car, de même qu’on entend au son quand un vase est fêlé, de même le bon sens de l’homme se juge d’après ses paroles.

Que de vases fêlés n’entendons-nous pas journellement !

 » Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

Trop curieux

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Louis-XV

Louis XV aimait à parler de la mort, quoiqu’il la craignît beaucoup. Mais son excellente santé et son titre de roi lui faisaient probablement espérer qu’il serait invulnérable.

Il disait assez communément aux gens très enrhumés :

Vous avez là une toux qui sent le sapin. 

Chassant un jour dans la forêt de Senart, une année où le pain avait été extrêmement cher, il rencontre un homme à cheval portant une bière.

Où portez-vous cette bière ? s’enquit le roi.
Au village de…, répond le paysan.
Est-ce pour un homme ou pour une femme ?
Pour un homme.
De quoi est-il mort ?
De faim, répond brusquement le villageois.

Le roi piqua son cheval, et ne fit plus de question.

« Dictionnaire encyclopédique. »  Victor Fournel (Mémoires de Mme Campan) Paris, 1872.

Gratitude

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Sancho-IV-de-CastillaDon Sanche, second fils d’Alphonse, roi de Castille, étant à Rome, fut proclamé roi d’Egypte par le pape.

Tout le monde applaudit dans le consistoire à cette élection. Entendant le bruit des applaudissements sans en savoir le sujet, le prince demanda à son interprète qui se trouvait à ses pieds de quoi il était question :

Sire, lui dit l’interprète, le pape vient de vous créer roi d’Egypte. 
Il ne faut pas être ingrat, répondit le prince ; lève-toi et proclame le saint-père calife de Bagdad.

« Hier, aujourd’hui, demain. »  Paris, 1923.