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Charles X et la routine

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Le roi de France est un homme remarquable, pour son âge. Sa Majesté se lève tous les jours à 7 heures, en hiver comme en été; elle entend la messe à 7 heures et demie, et déjeûne à 8 heures précises : ce repas consiste en viandes, végétaux, et en une bouteille de vin…

A neuf heures, le roi vaque aux affaires; à 10, il donne audience aux ministres et aux gens de cour. Tous ses jours sont invariablement consacrés aux affaires de l’État; il sait tout ce qui se passe aussi bien que ses ministres; il lit les journaux de toutes les couleurs, de toutes les opinions, et même les journaux anglais, et le Standard n’est pas oublié. Il dîne à cinq heures et demie ou six heures, se lève immédiatement après le dîner, fait tous les soirs sa partie de whist, et se retire à dix heures et demie.

Il est rarement indisposé; sa vie régulière et sa sobriété soutiennent sa santé. Il monte à cheval comme un homme de 30 ans, et avec beaucoup de grâce et d’aisance. Il est infatigable à la chasse et joue le whist dans la perfection; c’est presque le seul jeu auquel il s’adonne. Il est très beau joueur, mais il ne met jamais plus d’un louis à la partie. Beaucoup de personnes le croient catholique fanatique, mais on se trompe : le roi serre la main à un protestant avec cordialité. Ses soirées ne sont pas brillantes. Sa Majesté ne parle pas beaucoup; mais quand elle parle, elle a toujours quelque chose d’agréable à dire.

 » Le Pirate : revue hebdomadaire de la littérature et des journaux. » Paris, 1830.
Illustration : Baron François Gérard.
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Louis XI, curieux homme.

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C’est volontiers que Louis XI invitait à sa table les étrangers dont il espérait tirer quelques connaissances utiles. Il y recevait même des marchands qui lui donnaient des lumières sur le commerce, et il se servait, dit-on, de la liberté du repas pour engager ceux-ci à parler avec confiance.

Un certain maître Jean, simple marchand, séduit par les bontés du roi qui le faisait souvent manger avec lui, s’avisa de lui demander des lettres de noblesse. Ce prince les lui accorda mais, lorsque le nouveau noble parut devant lui, il affecta de ne pas le regarder.

Maître Jean, surpris de ne pas trouver le même accueil, s’en plaignit :

Allez monsieur le gentilhomme, lui dit le roi. Quand je vous faisais asseoir à ma table je vous regardais comme le premier de votre condition; mais, aujourd’hui, je ferais injure aux nobles si je vous accordais la même faveur.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

Illustration : Reproduction de gravure de l’Histoirede France pour le cours élémentaire S.U.D.E.L.

Le café, la reine et les religieuses

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L’édition en un volume du Traité des dispenses du carême d’Hecquet contient quelques anecdotes que la réimpression en deux volumes (Paris, 1741) ne renferme point. Ainsi au chapitre dix de la troisième partie l’auteur, examinant la tache prétendue originelle avec laquelle le café est venu en Europe de rendre les hommes « impropres » et les femmes infécondes, rapporte :

Une reine de Perse, ne sachant ce qu’on voulait faire d’un cheval qu’on tourmentait pour le renverser à terre, s’informa à quel dessein on se donnait et à cet animal tant de mouvements. Les officiers firent honnêtement entendre à la princesse que c’était pour en faire un hongre.

« Que de fatigues, répondit-elle. Il ne faut que lui donner du café ! »

Elle prétendait en avoir la preuve domestique dans la personne du roi son mari, que le café avait rendu indifférent pour elle. Comme l’ouvrage en question se lisait au réfectoire de Port-Royal, ce trait scandalisa les religieuses. Aussi Hecquet s’empressa-t-il de retrancher le passage dans son édition en deux volumes.

« Hier, aujourd’hui, demain. » Paris, 1923.

Il y a des jours comme ça…

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courrier

Madame la Dauphine, belle-fille de Louis XV, était accouchée d’un prince, et comme la Cour était alors à Choisy-le-Roi, aucune personne de la Maison de France ne put assister à la naissance de cet enfant royal.

Le courrier qui en portait la nouvelle à Paris, tomba de cheval à la barrière Saint-Honoré, et mourut de sa chute.

L’abbé de Lanjon, qui avait mission d’ondoyer le nouveau-né, tomba en paralysie sur le grand escalier de Versailles.

Et enfin, des trois-nourrices recrutées par le Dauphin, deux moururent en huit jours, et la troisième eut la petite vérole.

Voilà qui n’est pas d’heureux augure, s’écria Louis XV.

L’enfant ainsi salué des mauvais présages, à son entrée dans cette vallée des larmes, devait s’appeler Louis XVI.

« Magazine universel. » Paris, 1903.

Les sans-culottes au théâtre

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Les sans-culottes se piquaient de républicanisme, mais non d’atticisme. Ils mettaient de la politique partout; et quand ils allaient au théâtre, c’était moins pour admirer de beaux vers que pour entendre des anathèmes contre les tyrans.

On les servait à souhait ; les pièces du temps n’ont, pour la plupart, ni intérêt, ni style, mais elles sont brûlantes de patriotisme. Les acteurs revenaient quelquefois à l’ancien répertoire, et le public daignait encore supporter Racine ou Corneille, pourvu qu’ils fussent, comme les spectateurs, déguisés en sans-culottes.

Les transformations étaient parfois fort extraordinaires. Par exemple, le mot de roi était proscrit et remplacé invariablement par le mot tyran. Dans le Père de Famille, de Diderot, le premier acte commence par une partie d’échecs: Molé ne disait plus : Échec au roi, mais : Échec au tyran. Dans le Déserteur, de Sedaine, au lieu de ces mots : Le roi passait, et le tambour, etc., l’acteur chantait : La loi passait ; et, comme de juste, le chœur reprenait ensuite, non pas: Vite le roi ! mais Vive la loi !

Il va sans dire qu’on ne pouvait plus jouer la dernière scène du Tartuffe telle que Molière l’a écrite. Dorat-Cubière la remplaça par cet excellent distique, qu’il plaçait dans la bouche de l’exempt:

« Traduisez sur-le-champ cet insigne faussaire

A notre tribunal révolutionnaire. »

« Du temps de la terreur. »  L. Hachette, Paris, 1863.

Le conteur du roi

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Un roi avait un conteur de fabliaux qui l’amusait beaucoup. Un soir qu’il était au lit, il le fit venir, et lui demanda un conte. Celui-ci, qui mourait d’envie de dormir, fit tous ses efforts pour s’en dispenser; mais il eut beau faire, il fallut obéir. Il prit donc son parti, et commença de la sorte:

Sire, il y avait un homme qui avait cent sous d’or. Avec son argent il voulut acheter des moutons; et chaque mouton lui coûta six deniers; il en eut deux cents; et il s’en revint à son village avec ses deux cents moutons; et il les chassait devant lui. Mais en revenant à son village, il trouva que la rivière était débordée; car il avait beaucoup plu, et les eaux s’étaient répandues dans la campagne; et il n’y avait point de pont; et il ne savait comment passer avec ses moutons. Enfin, à force de chercher, il trouva un bateau; mais ce bateau était si petit, si petit, qu’il n’y pouvait passer que deux moutons à la fois….

Alors le conteur se tut.

Eh bien, quand il eut passé ces deux-là, dit le Roi, que fit-il ?

Sire, vous savez que la rivière est large, le bateau fort petit, et qu’il y a deux cents moutons. Il leur faut du temps; dormons un peu tandis qu’ils passent; demain je vous conterai ce qu’ils devinrent.