Rouen

Détestation

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gustave-flaubertTout le monde sait que Rouen est une des plus jolies villes de France. Si elle paraît telle  aux étrangers qui la visitent, à plus forte raison doit-elle charmer ceux qui y sont nés. 

Mais peut-être l’accoutumance de ses beautés les empêche de les voir. C’est ce qui arriva pour l’un de ses plus glorieux enfants, Gustave Flaubert qui, à vingt ans, l’avait littéralement prise en horreur. Voici ce qu’il écrivait à son sujet : 

« J’exècre cette ville, je la hais, j’attire sur elle toutes les imprécations du ciel parce qu’elle m’a vu naître. Malheur aux murs qui m’ont abrité, aux bourgeois qui m’ont connu moutard, et aux pavés où j’ai commencé à me durcir les talons !« 

« Annales africaines. » Alger, 1926.

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De la tragédie au vaudeville 

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eugene-silvainL’illustre doyen de la Comédie-Française, Eugène Silvain, avait autrefois l’habitude d’emmener ses élèves à la campagne. Une fois, par an, il les réunissait sur son petit yacht, qui filait aussitôt vers Rouen ou vers le Havre. 

Le voyage, le long des bords fleuris de la Seine, était pittoresque et animé. Des scènes classiques étaient interprétées sur le pont et la chlamyde voisinait avec le péplum. A la proue du coquet navire une impressionnante canardière dirigeait son embouchure sur l’une des berges. 

Disons tout de suite qu’elle faisait partie des accessoires dramatiques. De temps à autre, le Maître, se méprenant sur le frémissement des herbes de la rive, lâchait un coup. Les élèves, accourus, voyaient filer à tire-d’ailes quelque poule d’eau ou quelque canard. Ensemble, ils s’écriaient : « Raté, Maître », puis ils reprenaient le cours de leurs ébats. 

Mais il advint qu’une fois il tua (le hasard est si grand) un gentil lapin. D’où procès, l’animal ayant été occis sur un terrain gardé. Et le procès-verbal qui relatait l’incident s’exprimait ainsi :

« Qu’un individu nous avoir dit que le bateau appartenait à un histrion de l’Académie nationale, lequel se prénomme Silvain,  mais dont nous n’avons pu connaître le nom définitif. » 

L’excellent tragédien se souvient-il encore  que cette joyeuse aventure lui valut un franc d’amende devant la Cour de Rouen ? Elle lui permit aussi de méditer sur la vanité de la gloire !

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1918.

Les cheveux à la Jeanne d’Arc

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jeanne-d-arcDans la torture que Jeanne a subie à Rouen, durant les interminables interrogatoires et sur le bûcher, la question des cheveux courts tient une place tragique. M. Emile Hinzelin, dans le récit qu’il publie aux Ed. de la Marche de France, de son pèlerinage au pays de Jeanne d’Arc, revient sur cette question des cheveux. Et d’abord, il pose cette question : « De quelle couleur étaient les cheveux de Jeanne ? »

Les cheveux de Jeanne, écrit-il, étaient noirs.

Les peintres et les poètes qui ont tendance à l’imaginer blonde, doivent s’incliner devant un document authentique et même vivant. La ville de Riom a conservé une pauvre lettre où Jeanne la conjure de lui envoyer des armes, du salpêtre, de l’argent. Circulaire suppliante, ce pli fut scellé d’un cachet de cire où, suivant l’usage, Jeanne mit un de ses cheveux, enlevé depuis par un collectionneur sans scrupule. Ce cheveu est noir comme l’encre. C’est la seule relique de la sainte, puisque le bourreau a jeté ses cendres à la Seine, à la mer, à l’infini.

Ses cheveux noirs, Jeanne les portait coupés en rond. Telle était alors la coiffure des jeunes garçons qui s’essayaient aux armes. Derrière l’oreille, sa peau était marquée d’une tache lie de vin. Ses cheveux n’étaient même pas assez longs pour masquer ce signe. Lorsqu’elle partit de Vaucouleurs, on remarqua qu’elle avait les cheveux taillés, et de quelle manière étaient taillés ses cheveux. Aussi bien, le procès ne nous laisse ignorer, de son costume, de son corps, de sa pensée, aucun détail même intime.

« Cheveux taillés en rond suivant la coupe adoptée par les pages, chemise, braies, gippon, chausses liées au gippon par des aiguillettes (n’est-ce pas ce qu’on appellerait, en 1927, une combinaison ?) souliers haut lacés en dehors, robe courte jusqu’au genou ou environ (curta roba usque ad genu) ». Jeanne avait pris « habit d’homme », cette robe courte était le vêtement masculin à la mode, sous Charles VII, sorte de paletot qui d’ordinaire ne dépassait guère la taille. La robe de Jeanne était beaucoup plus longue. La robe que devait porter, en 1461, Louis XII, successeur de Charles VII, « descendait plus bas que le genou d’un travers de main ».

C’est seulement la veille de son départ de Vaucouleurs que Jeanne se décida à se couper les cheveux. Un de ses compagnons, Jean de Metz, lui avait, en effet, parlé des dangers de la route et lui avait conseillé de prendre un vêtement d’homme.

A Rouen, le jeudi 24 mai 1431, Jeanne, reprenant les habits de femme qu’on lui offrait, se laissa couper ras les cheveux, et c’est la tête rasée et coiffée d’une mitre de carton bariolée de signes diaboliques et de mots injurieux qu’elle monta sur le bûcher où elle souffrit le plus horrible des supplices.

« La Revue limousine. » Limoges, 1930.

Remords de Cauchon

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Le 18 décembre 1442, alors que, de passage à Rouen, il se rasait, l’évêque Cauchon, juge de Jeanne d’Arc, mourut subitement.

Où avait-il été enterré ? Dans la chapelle Jeanne d’Arc (Cathédrale de Lisieux) que, poursuivi par le remords, assurait-on, il avait fait construire à Lisieux ? Mais on n’avait de cela aucune certitude.

Pour mettre d’accord les historiens, on a ouvert, dans cette chapelle, au pied d’un pilier portant les armes du juge de triste mémoire, un tombeau clos depuis cinq siècles. Une crosse d’ivoire est apparue, posée sur un cercueil recouvert d’une chape de plomb, et reposant sur deux barres de fer. 

Les bras étaient croisés sur la poitrine, le tête légèrement penchée à gauche. Les os étaient nus. Derrière le crâne il y avait encore des touffes de cheveux, blonds et fins. On est maintenant certain, qu’il s’agit bien du corps de l’évêque Cauchon.

Les ossements ont été remis dans l’enveloppe de plomb, puis replacés dans le tombeau.

« Chantecler. » Tananarive, 1931.
Illustration : https://www.la-nrh.fr/2010/11/pierre-cauchon-comment-on-devient-le-juge-de-jeanne-darc/

Paris port de mer

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On parle depuis longtemps d’un projet grandiose qui aurait pour but de creuser un immense canal qui amènerait les gros navires à Paris, et qui ferait de la capitale un grand port de mer.

Nous apprenons que dans l’ordre du jour du congrès qui doit se réunir à Rouen, du 16 au 23 août prochain, pour l’avancement des sciences, on s’occupera très sérieusement de la création de « Paris port de mer », dont le projet sera présenté par l’habile ingénieur hydrographe de la marine, M. Bouquet de la Grye.

Le matériel dragueur, qui sera employé, permettra de faire les déblais à un prix excessivement minime.

« Les Annales politiques et littéraires. »  Paris, 1883.