Rudyard Kipling

Kipling  

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kiplingThe Kipling Society, fondée à Londres par les admirateurs du grand écrivain, donnait son deuxième banquet annuel. On y remarquait les plus hautes personnalités britanniques, mais le principal invité, Rudyard Kipling, brillait une fois de plus par son absence. 

Celui que lord Birkenhead, secrétaire d’Etat pour les Indes, appela dans son allocution « un grand conteur, un grand poète et un grand patriote » a, en effet, horreur de toute publicité personnelle. 

Il y a quelques années, on le vit avec étonnement abandonner sa charmante propriété de Rottingdean. Lord Birkenhead révéla la cause de ce départ : il y avait devant la porte un défilé continuel de voitures dont les occupants s’efforçaient d’apercevoir le père de Mowgli par-dessus le mur du jardin ! 

Jaloux de sa solitude, Kipling s’est fixé au pied d’une colline du Sussex, dans une retraite mieux défendue contre les curieux. 

A ce banquet, le directeur d’une grande publication conta qu’il avait proposé récemment des conditions exceptionnelles à Rudyard Kipling. 

Je lui offrais pour un article cinq shillings le mot. Un tel tarif n’a jamais été proposé à un autre écrivain anglais à pleine se conçoit-il au pays du dollar ! Kipling, pourtant, déclina mon offre avec dédain, déclarant qu’il n’écrivait jamais sur commande. 

« Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques. » Paris, 1928.
Pour en savoir plus : https://lireditelle.wordpress.com/2018/05/08/kipling-autour-du-monde/

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On ne prête qu’aux riches

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rudyard-kiplingLe grand écrivain anglais Rudyard Kipling, l’auteur illustre du Livre de la Jungle, avait été, vers la fin de sa vie, victime d’une mystification. 

Un inconnu avait envoyé au Times, en le signant du nom du poète, un poème intitulé La vieille garde… Le Times l’inséra. 

Kipling ne se fâcha pas. Il dit simplement au directeur du Times

 Ce poème est détestable.
— C’est bien mon avis, dit le directeur. Mais comme il était signé de vous, nous avons cru devoir le publier tout de même !

« Lectures pour tous. » Paris, 1936. 
Illustration : « L’enregistreur de la jungle. »  Adrien Barrère.

Kipling l’Indien

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r-kipling-john-collierDans l’hommage, si juste, rendu universellement à Rudyard Kipling revient, sous toutes les plumes, comme un leitmotiv, ces expressions : le chantre de l’Empire, le grand Anglais, l’incarnation de l’âme et de l’esprit britanniques. 

Je me demande si cela correspond, rigoureusement, à la réalité. J’ai l’impression que de telles formules ont été exactes, à un certain moment de l’évolution du noble écrivain, qu’elles ont exprimé une coïncidence, mais que, depuis, il y a eu comme qui dirait un aiguillage, et c’est dans une autre direction que s’est engagé le père de Kim. Pour tout dire en un mot, je pense qu’il existe un autre Kipling, et que celui-là est le plus profond, le plus vrai des deux. 

Je l’appelle Kipling l’Indien. 

Il ne faut pas, en effet, oublier ses origines. Elles ont joué dans sa formation un rôle très important. Et songez que, jusqu’à six ans, ce petit sauvage n’avait pas prononcé un mot d’anglais. Remarquez d’autre part que s’il a rendu hommage souvent à la tenue, au courage anglais (surtout de l’officier, du colonial), c’est beaucoup plus à la manière d’un adversaire loyal que d’un authentique concitoyen. Et c’est tout le contraire quand il s’agit de choses d’Asie. Ici, le contact est direct, les cœurs sont vus du dedansrudyard-kiplingJe pense notamment à certains contes dont M. Arnold Van Gennep a souligné le caractère folklorique. Mais est-ce seulement du folklore ? Je vois là bien plutôt une connaissance directe, intuitive, de certaines réalités dont l’Orient a l’immémoriale habitude, connaissance plus ou moins sourde au début, mais que le chagrin et toutes les expériences de la vie avaient à la fois clarifiée et approfondie. 

Ainsi c’est sur une sorte de malentendu que la gloire de Kipling est basée. Les Anglais croyaient pouvoir honorer en lui leur type le plus représentatif, alors que, depuis nombre d’années, réfugié dans son Orient intérieur, il n’était plus, peut-être, que le plus affranchi des citoyens de l’Univers.

Francis de Miomandre. « Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques. » Paris, 1936.