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La ruée sur les autographes

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tolstoï

Une ardente curiosité s’attache aux écrivains célèbres. Rien de ce qui vient d’eux ne laisse les amateurs indifférents. Jusqu’ici, les éditions originales atteignaient des prix fort élevés. Il semble que les manuscrits autographes vont leur ravir la palme de la cherté.

A la dernière vente, à Paris, quarante-deux feuillets de M. Paul Valéry ont été adjugés pour 21.000 francs. Le manuscrit de Monsieur Bergeret a trouvé acquéreur pour 27.000 francs; celui de Messieurs les Ronds-de-Cuir, pour 20.500 francs. Un paquet de lettres de Baudelaire est allé à M. Champion, qui  n’a pas hésité à les payer 62.000 francs. Enfin, M. Giraud-Badin a déboursé 116.500 francs pour avoir le droit de posséder Une Vie et Bel-Ami, transcrits de la main même de Maupassant.

Folie ? Mais pas du tout ! Les oeuvres manuscrites tendent à se raréfier. D’ici quelques années, aucun auteur illustre ne saura plus tenir une plume. La « copie » passera de son auguste bouche aux agiles doigts de la dactylo. Autant acheter des autographes pendant qu’il en est temps encore. Ils valent leur poids de platine, mais ce n’est pas une si mauvaise affaire que cela…

singe-dactylo

Et à propos d’autographes, rappelons cette anecdote.

Un collectionneur se lamentait :

J’aurais été si heureux, disait-il, de posséder un autographe de J.-H. Rosny aîné ! Je lui ai écrit, mais hélas !…
— Hélas… quoi ? demanda un ami.
— Eh ! bien, Rosny m’a répondu : « Excusez-moi, Monsieur : je n’ai point le temps de donner des autographes !… »

« La Revue Belge. » J. Goemare, Bruxelles, 1926.

 

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