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Diogène à Paris

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En 1742, on vit à Paris un hardi mendiant qui, dit-on, avait du génie, de la force dans les idées et dans l’expression. Il demandait publiquement l’aumône, en apostrophant ceux qui passaient, et faisant de vives sorties sur les différents états, dont il révélait les ruses et les friponneries.

Ce nouveau Diogène n’avait ni tonneau ni lanterne. On appela son audace effronterie, et ses reproches des insolences. Il s’avisa un jour d’entrer chez un fermier général avec son habillement déchiré et crasseux, et de s’asseoir à table, disant qu’il venait lui faire la leçon et reprendre une portion de ce qui lui avait été enlevé. On ne goûta point ses incartades, et comme il avait le malheur de n’être pas né il y a deux mille ans, il fut arrêté et mis en prison.

Ce mendiant aurait dû savoir que ce qu’on regardait à Athènes comme une hardiesse héroïque est regardé à Paris comme une folie punissable, et qu’en France plus qu’ailleurs toute vérité n’est pas bonne à dire.

« Tableau de Paris. » Louis-Sébastien Mercier. Neuchâtel, 1781.
Illustration : Jean-Léon Gérôme.
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Ruses innocentes

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Robert-Nanteuil.

Robert Nanteuil, le célèbre graveur du XVIIe siècle, eut, comme beaucoup d’artistes, des commencements difficiles. Né à Reims, où, en se livrant aux études qui recevaient alors le nom d’humanités, il avait acquis, presque de lui-même, une grande habileté dans le dessin, il devait chercher, pour suivre fructueusement sa vocation, un autre théâtre qu’une ville de province.

Charles Perrault qui lui donne avec raison une place dans son recueil des Hommes illustres raconte ainsi l’ingénieux expédient qu’il employa.

Comme ses talents, quoique très beaux, n’étaient pas d’une grande utilité dans son pays natal, et que, s’étant marié fort jeune, ils ne lui fournissaient pas de quoi soutenir les dépenses du ménage, il résolut d’aller chercher ailleurs une meilleure fortune. Il laissa donc sa femme et vint à Paris, où, ne sachant comment se faire connaître, il s’avisa de cette invention :

Ayant vu plusieurs jeunes abbés à la porte d’une auberge proche de la Sorbonne, il demanda à la maîtresse de cette auberge si un ecclésiastique de la ville de Reims ne logeait point chez elle. Il en avait oublié le nom malheureusement, mais elle pourrait bien le reconnaître par le portrait qu’il en avait fait. En disant cela il lui montra un portrait très bien dessiné, et qui avait tout l’air d’être fort ressemblant. Les abbés qui l’avaient écouté et qui jetèrent les yeux sur le portrait en furent si charmés qu’ils ne pouvaient se lasser de l’admirer et de le louer à qui mieux mieux.

Si vous voulez, Messieurs, leur dit-il, je vous ferai vos portraits pour peu d’argent, aussi bien faits et aussi bien finis que celui-là.

Le prix qu’il demanda était si modique qu’ils se firent tous peindre l’un après l’autre, et ces abbés ayant amené  leurs amis, les clients lui vinrent en si grand nombre qu’il n’y pouvait suffire. Cela lui fit augmenter le prix qu’il en prenait. En sorte qu’ayant amassé en peu de temps une somme d’argent assez considérable, il s’en retourna à Reims trouver sa femme, à qui il conta son aventure et lui montra l’argent qu’il avait gagné.

Ils vendirent aussitôt ce qu’ils avaient à Reims et vinrent s’établir à Paris. En peu de temps son mérite fut connu de tout le monde…

 » Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.
Illustration : Autoportrait de Robert Nanteuil.